Tour de France - Jean-René Bernaudeau : «Paul Seixas ? Il y a une grosse attente…»
Par Jules STEPHO le 08/07/2026 à 20:48
À l'occasion de son 70e anniversaire fêté sur les routes de Pau ce mercredi, Jean-René Bernaudeau a dressé un premier bilan positif pour sa formation TotalEnergies au micro de Cyclism'Actu (et en exclusivité !). Mais à la veille de la terrible 6e étape menant à Gavarnie-Gèdre via le Tourmalet, le manager s'est surtout épanché sur la pression colossale qui pèse sur les épaules du jeune prodige français Paul Seixas (Decathlon CMA CGM Team). Entre nostalgie des grands moments passés dans les Bet analyse lucide du cyclisme moderne, JR livre son regard d'expert.
"Je suis très heureux que les gens soient contents de notre parcours"
Bonjour René. Je sais que tu adores ce moment, mais il ne faut pas être né en juillet ! C'est déjà un bon anniversaire, même si je sais que tu t'en fiches...
Non, pas du tout ! C'est tous les ans comme ça, on le dit à la télé. J'ai 132 messages à lire ce soir, comme tous les ans. Donc je suis très heureux que les gens soient contents de notre parcours, du fait qu'on représente l'éducation, qu'on représente une équipe humaine, surtout humaine. C'est sans doute pour ça qu'il y a plein de gens qui m'en parlent toute la journée. Je pense que vous, les médias, vous y êtes pour quelque chose. C'est la vie, je suis un peu habitué, ça fait quelques années qu'on me le fait, et parfois j'ai eu de très beaux cadeaux.
Comment va le président Bernaudeau et comment vit-il ce début de Tour ?
Je suis fier des gars, fier de la sélection. Il y a de l'engagement, chacun a un poste bien établi et le rôle est bien pris à cœur, avec tous les soirs un débriefing. On est très contents. Aujourd'hui, on a aussi la chance que personne ne soit tombé. C'est important pour le massage, pour la récupération d'avoir, au bout de quatre jours d'un Tour exigeant, une équipe en bonne santé. C'est le plus important, parce que si demain on doit recocher des étapes collectivement importantes, on doit être en pleine santé. Donc pour l'instant, on croise les doigts, on touche du bois. Et ce soir, on va manger quelques huîtres pour fêter mes 70 ans.
"On attend que Paul Seixas ouvre les hostilités"
On arrive au premier grand rendez-vous du Tour. Parle-nous du Tourmalet. Quand on dit "le Tourmalet", ça t'évoque quoi ?
Ça m'évoque Anthony Charteau, qui a été meilleur grimpeur du Tour et qui a sauvé son maillot à l'arrivée du Tourmalet il y a quelques années. On savait qu'Anthony serait en maillot à pois sur les Champs-Élysées, donc c'est une belle récompense pour le team. Ce maillot, je l'ai dans mon bureau tous les jours, je le vois. Donc oui, c'est ça mon premier réflexe : le maillot de meilleur grimpeur d'Anthony Charteau.
Tu n'es pas devin, mais tu connais le vélo par cœur. Il faut s'attendre à quoi entre les cadors et les favoris du Tour ? Ils vont se matraquer ? Pogačar va essayer d'enfoncer le clou ? On sait qu'Evenepoel, ça ne lui porte pas bonheur, car par deux fois il a coincé sur le Tourmalet (sur la Vuelta et le Tour) en y laissant du temps, et l'année dernière il avait abandonné. Comment tu vois les choses pour demain ?
Je pense qu'on connaît les deux immenses favoris. On attend que Paul Seixas ouvre les hostilités, j'espère pour lui, parce qu'il y a une grosse attente. Maintenant, si l'étau se desserre, ce que je vois, c'est encore une belle échappée avec des coureurs à 6 ou 7 minutes au général qui auront le droit de se disputer la victoire d'étape. J'espère que dans ce scénario, l'équipe sera présente.
Tu parlais de Paul Seixas, c'est son premier grand rendez-vous aussi sur ce Tour de France...
C'est son premier rendez-vous, et j'aimerais pas être à sa place. Il y a une grosse attente, une grosse pression. Moi, j'aurais plutôt eu les mêmes ambitions, mais de manière un peu plus secrète, pour pouvoir simplement donner du plaisir aux gens. Paul Seixas est quelqu'un de bien, il donne une bonne image et le cyclisme français a besoin de lui. Je lui souhaite un grand Tour de France, mais il y a quand même une grosse pression et une grosse attente autour de lui. S'il s'en sort bien, ça voudrait dire qu'on a le champion qu'on attend depuis des années et des années.
La Decathlon CMA CGM Team a conscience du défi qui les attend sur cette 6e étape !
"D'avoir Seixas, c'est très bon pour notre cyclisme français"
Ça fait du bien au cyclisme français d'avoir un tel prodige ?
D'avoir Seixas, c'est très bon pour notre cyclisme français. Puis j'oublie pas le champion de France, Romain Grégoire, qui est représentatif des types bien et bien élevés. Moi, je veux des gens qui ont des aspérités, qui ont des valeurs, une valeur de famille. Quand je vois la famille de Seixas, quand je vois la famille du champion de France, je me dit qu'il y a encore des bons ambassadeurs de notre sport. Moi, je veux vivre dans un sport qui va bien, plutôt que de gagner dans un sport qui va mal.
On finit par toi. 70 ans, tu l'as dit. Si on doit retenir un truc de ces 70 années, ce serait quoi Jean-René ?
Mes deux anniversaires où on prend le maillot jaune, et puis mes cinq anniversaires où on gagne une étape ce jour-là. Donc voilà, aujourd'hui c'est foutu, mais c'est comme ça, ce sera pour l'an prochain !
