Tour de France - Marc Madiot : «Le seul sport qui accepte des contrôles à 2h…»
Par Titouan LABOURIE le 21/07/2026 à 20:48
Alors que le Tour de France entame sa dernière semaine décisive, Marc Madiot a livré son regard sur les enjeux des prochains jours au micro de Cyclism'Actu. Le président de la Groupama-FDJ United est revenu sur les ambitions de son équipe, la course au podium de Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), mais aussi sur la question des contrôles antidopage nocturnes qui ont fait débat ces derniers jours autour de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG) et Jonas Vingegaard (Visma | Lease a Bike).
"Le Tour n'est jamais plié..."
On fait un petit point sur ce Tour de France avant d'aborder la troisième et dernière semaine. Le chrono n'était pas forcément un objectif pour l'équipe ?
C'est un objectif où on essaie de donner un bon aperçu de ce qu'on peut réaliser. C'est aussi un moyen de se situer et de se relancer avant la dernière semaine. Il vaut mieux être dans la première page du classement que dans la deuxième. On sait qu'on n'a pas de super spécialistes, mais faire une performance autour de la 20e place (avec Ewen Costiou 19e, ndlr), c'est toujours sympa à prendre.
Qu'est-ce qu'on espère de cette troisième semaine pour votre équipe ? Depuis le début, ça passe un peu à côté à chaque fois...
Oui, mais on est comme beaucoup d'équipes. On essaie d'aller dans les coups et de jouer une gagne d'étape. On va essayer de faire ça d'ici la fin de semaine, et encore jusqu'à Paris.
Est-ce que le Tour est déjà plié ?
Le Tour n'est jamais plié. Quand on est leader du Tour, même si on a beaucoup d'avance, il faut toujours être vigilant, toujours être aux aguets. Le principal ennemi, ça peut être soi-même, donc il faut faire attention à ce qu'on fait. Je crois que Pogacar est dans cet état d'esprit-là. Il connaît le chemin à parcourir pour gagner le Tour, il l'a déjà gagné quatre fois. Il sait que c'est compliqué, que c'est difficile et qu'il faut être concentré sur chaque mètre du parcours pour pouvoir assurer le coup jusqu'à Paris.
On voit aussi Paul Seixas à l'avant. Il vous surprend ?
Il est au niveau physique qu'on supposait et qu'on imaginait, donc ça se vérifie sur le terrain. Après, il reste une semaine de course. C'est la semaine de tous les dangers pour lui. En plus, il joue à domicile, donc c'est à la fois bien et pas bien. Parce que quand on joue à domicile, on peut aussi surjouer parfois. Donc il faut être lucide. Je pense qu'il est dans de bonnes dispositions. Il est en bonne forme et il maîtrise bien sa situation. Normalement, il devrait jouer le match pour le podium. Après, on verra ce qui se passera.
On l'a vu coincé sur le plateau de Solaison...
Oui, mais les autres aussi ont coincé à un moment ou à un autre. Il ne faut donc pas en tirer des conséquences définitives. Il reste des terrains qui lui sont favorables. Il va y avoir une belle bagarre entre la place de 2 et la place de 5. Il y a aussi le classement par équipes qui, mine de rien, intéresse. Je pense que l'UAE est concernée, et nos amis de Lidl-Trek ne veulent pas lâcher.
"Si on avait contrôlé les footballeurs à 2h du matin, je ne suis pas sûr du résultat..."
On en parlait aussi avec notre chroniqueur Cyrille Guimard : les contrôles nocturnes. Qu'en pensez-vous ?
C'est dans le règlement, c'est autorisé, c'est réalisable, ce qui a été le cas d'ailleurs. Un juge a validé cette opération. Moi, je n'en pense pas grand-chose. C'est dans le règlement, il y a le droit de le faire, il faut le faire. Après, le seul bémol que je mettrais, c'est que si on décide de faire des contrôles en plein milieu de la nuit, je pense qu'il faut traiter tout le monde à égalité. C'est-à-dire que les dix premiers du classement général, par exemple, devraient être contrôlés à 2h du matin. Si le premier l'est, le neuvième ou le dixième devraient l'être aussi.
Il faut une forme d'équité aussi dans ce domaine, parce que si on contrôle qui on veut à ces heures-là et pas les autres, il y a une forme de décalage qui s'installe et une iniquité qui se met en place. Moi, je suis pour l'équité et l'égalité de traitement. L'égalité de traitement devant le dopage, c'est valable aussi pour tous les sports. On est sûrement le seul sport au monde qui accepte d'avoir des contrôles à 2h du matin. Je ne suis pas sûr que, pendant la Coupe du monde de ces derniers jours, on aurait réveillé les joueurs qui faisaient les demi-finales ou les finales. Si on les avait contrôlé à 2h du matin, je ne suis pas sûr du résultat...
Certains ont évoqué un possible impact de ces contrôles sur la chute de Jonas Vingegaard...
Moi, ce qui me gêne le plus, c'est l'iniquité de traitement entre tous les coureurs. Sauf s'il y a vraiment un cas avéré de forte suspicion pour les deux coureurs concernés. Là, il n'y a pas de débat. Mais si c'est juste pour faire de la lutte antidopage pure, à ce moment-là, j'aurais été à l'inverse, j'en aurais contrôlé plus à 2h du matin.
Tu parlais des autres sports. Pourquoi le cyclisme a accepté ce règlement-là ?
C'est le règlement de l'ITA. C'est le règlement international qui veut qu'on puisse faire ces contrôles. C'est normal aussi que ce ne soient pas les coureurs ni les équipes qui décident de ça. Moi, franchement, je trouve que c'est le boulot des instances de gérer cette situation. Ce n'est ni aux équipes, ni aux coureurs de gérer ça.
On peut toujours débattre, discuter sur le sujet. Comme disait Coluche : "tout dépend d'où on se place par rapport à l'idée qu'on s'en fait". Il y a matière à débattre. Encore une fois, je pense que ce n'est pas aux acteurs directs de dire ce qui doit être réalisé. C'est le boulot des instances, c'est leur rôle. Ils sont élus pour ça. C'est à eux de légiférer et de réguler la situation.
