Tour de France - Cyrille Guimard: «Qu'est-ce qu'a appris Paul Seixas sur le Tour ?»

Par Esteban DA COSTA / Titouan LABOURIE le 30/07/2026 à 13:48. Mis à jour le 30/07/2026 à 21:11.
Tour de France - Cyrille Guimard: «Qu'est-ce qu'a appris Paul Seixas sur le Tour ?»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Comme après chaque grand rendez-vous, Cyclism'Actu retrouve Cyrille Guimard pour sa chronique consacrée au Tour de France. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France et directeur sportif livre son analyse de cette 113e édition, remportée pour la cinquième fois par Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG). Le gel des temps sur la dernière étape, la domination du Slovène, les performances de Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) et de Paul Seixas (Decathlon CAM CGM), le bilan des coureurs français ou encore l'influence grandissante des capteurs de puissance : fidèle à son franc-parler, "le Druide" a passé en revue les principaux enseignements de ce Tour de France.

 

"Pogacar ? À partir du moment où vous dominez, quoi que vous fassiez, cela devient critiquable"

Ça y est, le Tour de France est terminé. Trois semaines de course éprouvantes sous la chaleur, dominées par Tadej Pogačar, qui se sont conclues ce dimanche par la victoire de Mathieu van der Poel, au terme d'une belle bataille avec Tadej Pogačar notamment. Une question se pose : pourquoi avoir gelé les temps sur cette dernière étape, alors même qu'on avait ajouté la triple ascension de la Butte Montmartre ? De ton point de vue, est-ce qu'il est préférable de geler les temps sur cette dernière étape ou faut-il laisser la course aller jusqu'au bout ?

C'est une question intéressante. Elle est un petit peu philosophique, on va dire. Les premières fois où il y a eu des temps gelés sur les Champs-Élysées, ça remonte à 1977, ou tout du moins 1975, je ne sais même plus. Bref, il y avait eu une grosse chute et c'était Bernard Thévenet qui était maillot jaune. Quand on arrive sur les Champs-Élysées et qu'il pleut, ça devient une patinoire liée au trafic automobile permanent. Tout le monde avait adhéré à cette idée. Depuis, il y a plein de choses qui se sont générées : s'il y a du vent, s'il pleut, on ne fait pas le circuit final. Il y a donc des choses qui sont un petit peu rentrées dans les mœurs. Est-ce logique ou n'est-ce pas logique ? Si on se place sur un plan purement éthique et sportif, il y a une ligne de départ et une ligne d'arrivée. La ligne de départ, c'est le premier jour, et la ligne d'arrivée, c'est le dernier jour. Donc, logiquement, les temps doivent être pris jusqu'à la ligne d'arrivée, sauf, effectivement, dans les conditions non maîtrisables que j'évoquais tout à l'heure. Mais là, dimanche, elles étaient maîtrisables. On aurait très bien pu faire l'arrivée finale et prendre les temps sur la ligne.

Déjà, il faudrait peut-être commencer par autre chose : ne pas faire tous ces protocoles au départ de l'étape. Le départ est donné et il n'y a pas de course. La course est neutralisée puisqu'on fait une sorte de défilé, on boit une coupe de champagne... avec modération quand même. Moi, personnellement, et je l'ai déjà dit, il y a une ligne de départ. On ne fait pas un protocole photo après une ligne de départ. C'est comme si, le jour de la finale de la Coupe du monde de football, tous les joueurs arrivaient avec leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs mamies, qu'on dise bonjour à tout le monde, puis qu'au bout de vingt minutes on se dise : "Tiens, si on commençait à jouer au ballon ?" C'est un peu ça. Après, il y en a d'autres qui vont vous dire : "Oui, mais vous comprenez, ils ont fait trois semaines, on ne va quand même pas casser la tradition..." Moi, dès que les gens disent : "Oui, vous comprenez", là, je ne comprends plus. On ne reviendra sans doute pas en arrière aujourd'hui, mais sachez que si les chronos avaient été pris sur la ligne d'arrivée, Seixas aurait peut-être été sur le podium.

 

C'est ce que j'allais dire, avec la crevaison d'Isaac Del Toro notamment, qui a perdu, je crois, plus de onze minutes.

Oui, mais ces onze minutes ne veulent rien dire puisqu'il n'y avait pas les temps. La course ne se serait pas déroulée de cette façon-là. Pogacar n'aurait pas attaqué avec Van der Poel dès le premier tour, ni au deuxième, ni au troisième. Toute l'équipe se serait arrêtée pour attendre Del Toro et le ramener. Donc oui, on peut dire que c'était possible. Maintenant, est-ce que c'était souhaitable ? Je ne le crois pas. Mais une course doit aller à son terme. Et là, on s'organise de plus en plus, par une forme de corporatisme, à faire en sorte que les arrivées ne se jouent plus réellement sur la ligne d'arrivée.

 

Parlons maintenant de Tadej Pogacar. Il est entré dans le club des cinq, avec cinq victoires sur le Tour de France. Qu'as-tu pensé de ses trois semaines de course ?

Pogacar a marqué son territoire d'entrée, dès la sixième étape, à Gavarnie, où il a fait les écarts qu'il fallait faire. À partir de ce moment-là, il a démontré que c'était lui le vrai patron, pour ceux qui en doutaient encore. Ensuite, au fil des étapes, on s'est rendu compte que personne ne pouvait véritablement l'attaquer sans prendre de gros risques. Il y a eu la montée du Lioran, où il a précisé les choses de façon définitive. Puis, dans les points clés du Tour, il y a bien sûr la chute et l'abandon de Jonas Vingegaard, mais cela n'aurait rien changé au classement général final, sauf si l'on avait inversé la situation et que ce soit Pogacar qui chute. Les choses étant ce qu'elles sont, on a eu un Pogacar qui a parfaitement bien géré sa course pendant trois semaines, avec des managers de qualité et un état d'esprit que j'ai presque envie de qualifier de chevaleresque, dans la mesure où il a laissé la course se dérouler en dehors du classement général. Cela a permis de voir des étapes absolument extraordinaires, avec un Mads Pedersen énorme sur ce Tour de France. Il a laissé les échappées se développer, il a laissé la course se faire.

Pour les spectateurs, et plus encore pour les téléspectateurs, cela a été, à mon avis, un Tour très plaisant. On ne s'est pas ennuyés. Tous les jours, il y avait une nouvelle course. Pour le classement général, il restait les places d'honneur à attribuer, et elles se sont fixées naturellement. Donc oui, un Tour plaisant. Et puis, pour moi, le très grand moment de cette édition, ça a été cette arrivée sur les Champs-Élysées avec Pogacar et Mathieu van der Poel. Cela a été absolument sublime. Mathieu van der Poel a, une nouvelle fois, démontré qu'il était capable de monter à des niveaux de lactate que seuls certains coureurs sont capables d'atteindre. Il a fait quelque chose d'extraordinaire. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il réalise ce genre de performance, mais c'est dommage qu'on n'ait pas mesuré son taux de lactate dans les minutes qui ont suivi l'arrivée. On aurait sûrement été très surpris, surtout pour un routier. En cyclo-cross, il avait déjà développé cette qualité, et c'est ce qui lui permet de réaliser un exploit absolument extraordinaire. Et puis, comme je suis un petit peu chauvin, j'ai été longtemps l'équipier de Raymond Poulidor. C'est un peu une victoire française.

 

Pour revenir à Tadej Pogacar, est-ce qu'on ne peut pas vivre ça, en tant que spectateur, comme une forme d'insolence de sa part, lorsqu'il laisse la victoire à son coéquipier Isaac Del Toro ou qu'il roule carrément pour lui sur des étapes de montagne ?

Non, c'est logique. Tout à fait logique. Il n'y a rien d'anormal dans le comportement de Pogacar. Le problème, c'est que lorsque vous avez un coureur qui domine comme c'est son cas depuis sept ans — cinq victoires et deux deuxièmes places sur le Tour — on disait la même chose de Jacques Anquetil, d'Eddy Merckx... À partir du moment où vous dominez, quoi que vous fassiez, cela devient critiquable. Aujourd'hui, en plus, les réseaux sociaux ont pris la place de toute autre forme de commentaire, avec tous les excès que l'on connaît, et surtout un certain nombre de commentaires de gens qui ne sont ni experts ni connaisseurs, qui, en termes très clairs, n'y connaissent rien et ne parlent qu'au travers de leurs émotions, de ce qu'ils ressentent. Mais la réalité de la course est tout autre. J'ai vu Anquetil offrir des étapes à ses équipiers, j'ai vu Laurent Jalabert le faire, Bernard Hinault également. Cela fait partie de la vie d'une équipe. Si vous ne savez pas comment fonctionne une équipe, quelle est son ambiance, quelle est sa culture, vous ne pouvez pas tout comprendre de l'extérieur.

On a même vu Paul Seixas le faire l'an dernier sur le Tour des Alpes avec l'un de ses équipiers (Nicolas Prodhomme). Ce n'était pas sur le Tour de France, mais le nombre de fois où des coureurs rendent service parce qu'ils ont de l'affect pour tel ou tel équipier, cela fait partie d'un esprit tout à fait normal. Quand on voit, par exemple, sur les Champs-Élysées, Seixas rouler pour Olav Kooij, on dit : "Ah, c'est formidable, il sait aussi être équipier." Mais il faut être imbécile pour dire ça. Ça n'existe pas. Quand tu es leader et que tu te mets au service d'un équipier, oui, certains ne le font pas. Mais tous les plus grands l'ont fait. Donc Pogacar fait cadeau d'une étape, c'est vrai, mais c'est formidable. Et s'il l'avait gagnée, on aurait dit : "Ah oui, mais enfin, il aurait pu laisser gagner son équipier..." Et merde !

 

"Lenny Martinez... Il a fait n'importe quoi"

On va parler maintenant de Paul Seixas. Tu n'étais pas forcément favorable à ce qu'il dispute le Tour de France pour la première fois à 19 ans. Après avoir vu ses trois semaines de course, ton avis est-il toujours le même ou penses-tu finalement que c'était une bonne chose, notamment avec sa 4e place ?

Non, je n'ai pas changé d'avis. Je vais le répéter : on ne perd pas de temps quand on est patient. Il part sur un Tour où l'on sait qu'il y a un coureur qui va dominer les débats et deux ou trois autres qui sont au minimum à son niveau, voire supérieurs. Il a appris quoi sur ce Tour ? Moi, je vais vous dire ce qu'il a appris. C'est extraordinaire : il connaît bien le cul de Pogacar et bien le cul de Del Toro. Il a passé son Tour dans leur roue. Ça, il les connaît par cœur. Il connaît leur coup de pédale par cœur. Et après ? Il a appris que c'était dur. Pas besoin de faire le Tour pour apprendre que c'était dur. Qu'il attende le moment où il sera mûr pour venir tenter de gagner le Tour. Pour moi, je ne change pas d'avis. Il pouvait attendre. Et je vais répéter ce que j'ai déjà dit : on fera le bilan dans dix ans. Je ne serai peut-être plus là...

 

Pourtant, il remplit évidemment toutes les qualités pour gagner le Tour de France un jour.

Oui... peut-être. Vous prenez Juan Ayuso. Au même âge, il fait troisième, de La Vuelta en 2022. Et aujourd'hui, il est largué dans toutes les grandes étapes de montagne.

 

En ce qui concerne le bilan des Français, il n'y a eu aucune victoire française cette année sur le Tour de France. Qu'est-ce qu'ils auraient dû faire ?

Rouler plus vite. Ou bien courir. On aurait pu avoir une victoire française, mais pour gagner, il faut être le plus fort quand on est dans une échappée. Ça, c'est une évidence. Et quand on est le plus fort, il ne faut pas faire n'importe quoi. On a un coureur qui aurait pu aller chercher une victoire d'étape dans l'Alpe d'Huez. Il a fait n'importe quoi. Vous savez, quand on prend le départ du Tour — et là je parle de Lenny Martinez — et qu'on ne sait pas si on fait le classement général, le classement de la montagne ou les victoires d'étapes, je vais encore me répéter : quand on ne sait pas ce qu'on vient chercher, on ne va pas le trouver. Ou il venait pour le classement général, ou il venait uniquement pour les étapes. Et s'il venait pour une étape, on ne commence pas à refuser les relais au pied de l'Alpe d'Huez alors qu'en plus il était le plus fort et le plus rapide au sprint.

 

En plus, il y a Pogačar qui attaque derrière et qui revient...

Oui, mais si je vais plus loin dans le raisonnement, s'il collabore dès le pied de l'Alpe avec ses deux compagnons d'échappée, Richard Carapaz et Sepp Kuss, je ne suis pas certain, je suis même presque sûr, que Pogacar ne les rejoint pas. Il serait venu mourir à deux portées d'arquebuse, mais il ne serait pas revenu. Le plus fort dans cette échappée, et le plus fort au sprint, c'était Martinez. Donc Martinez gagnait l'étape. Mais pour ça, il fallait encore qu'il roule. Ou peut-être qu'il ait des conseillers qui lui disent ce qu'il fallait faire. Vous savez, quand vous voulez le beurre, l'argent du beurre, sans savoir qu'il faut aussi une crémière, vous vous retrouvez avec le papier gras.

 

J'avais juste une dernière question concernant l'évolution du cyclisme actuel. Tu parlais tout à l'heure de Paul Seixas, qui est resté dans le sillage de Pogačar et de Del Toro. Est-ce que ce n'est pas justement à cause des capteurs de puissance que ces coureurs ont tout le temps le nez dans leurs données ? Est-ce que cela ne tue pas un peu le cyclisme de panache que l'on voyait il y a quelques années ?

Oui, ça, je l'ai déjà traité mille fois à peu près. Mais on ne changera rien. Il y aurait pourtant des moyens de changer les choses : il suffirait d'appliquer la loi, pour des raisons de sécurité. Mais dès qu'on parle de ça, hop, il n'y a plus personne. Envolée de moineaux. Il ne faut surtout pas toucher à cela. Pourtant, on n'arrête pas de parler de sécurité. Aujourd'hui, tous les coureurs du niveau professionnel sont formatés. Pratiquement, ils ne sont même plus capables de monter sur un vélo sans tous leurs supports technologiques. S'ils n'ont pas leur compteur sur le guidon avec le GPS, la puissance, la fréquence cardiaque, la cadence de pédalage, etc., ils ne savent plus faire du vélo. Donc, si vous leur retirez tout ça, ça va être compliqué.

Les seules courses où ils n'ont pas le droit à ces informations, ce sont les championnats nationaux, tout du moins en France, les Championnats du monde et, je crois, les Jeux olympiques. Et pourtant, on y voit de belles courses. Le fait d'avoir leurs watts en permanence pour savoir s'ils vont sauter ou non... Ils se disent : "À 420 watts, je tiens vingt minutes. À 410, je vais tenir vingt-cinq minutes." Je caricature. Mais, en revanche, ils savent que Pogacar, lui, à 450 watts, il peut distribuer des bonbons sur le bord de la route. Donc ils ne bougent plus. Ils ne prennent plus de risques. Même aujourd'hui, regardez : quand Pogacar attaque, on ne va même plus le chercher. Parce qu'on sait que si on prend sa roue pendant 400 mètres, on est mort. Encore faut-il déjà réussir à la tenir pendant ces 400 mètres. Et après, on prend trois minutes.

En fait, on fait un contre-la-montre avec les watts. Pogacar attaque. On sait qu'il a, de toute façon, trente watts de plus que nous. Donc ce n'est pas la peine. Moi, je vais me mettre à mon seuil et faire un petit contre-la-montre jusqu'à l'arrivée. Je sais que, selon que Pogacar attaque à trois, cinq ou sept kilomètres de l'arrivée, je vais perdre tant de temps. Puis, derrière, la course bougera un tout petit peu parce qu'il faudra aller chercher les accessits. Ça, c'est un petit peu gênant. C'est aussi pour ça que j'aime bien des coureurs comme Mathieu van der Poel ou Mads Pedersen. Ils sont généreux dans l'effort. S'ils se font éclater les cuisses, eh bien elles éclatent, mais au moins ils font la course. Et puis, vous avez les épiciers qui vendent des watts toute la journée... Mais on ne changera rien.

Tour de France - Classement général

1SLOTadej POGACARUAE Team Emirates XRG74:52:33
2BELRemco EVENEPOELRed Bull-BORA-hansgrohe+ 06:26
3MEXIsaac DEL TOROUAE Team Emirates XRG+ 09:42
4FRAPaul SEIXASDecathlon CMA CGM+ 11:56
5FRALenny MARTINEZBahrain Victorious+ 13:02
6DANMattias SKJELMOSELidl-Trek+ 14:59
7ESPJuan AYUSOLidl-Trek+ 17:48
8EQURichard CARAPAZEF Education-EasyPost+ 20:00
9GBRTom PIDCOCKPinarello-Q36.5 Pro Cycling Team+ 29:28
10FRAJordan JEGATTotalEnergies+ 33:21
11SUIYannis VOISARDTudor Pro Cycling Team+ 38:02
12NORTobias Halland JOHANNESSENUno-X Mobility+ 56:37
13USASepp KUSSTeam Visma | Lease a Bike+ 01:01:23
14ITADavide PIGANZOLITeam Visma | Lease a Bike+ 01:03:43
15AUSJai HINDLEYRed Bull-BORA-hansgrohe+ 01:23:28
16FRANicolas PRODHOMMEDecathlon CMA CGM+ 01:25:01
17BELTiesj BENOOTDecathlon CMA CGM+ 01:32:56
18USAQuinn SIMMONSLidl-Trek+ 01:35:28
19USASean QUINNEF Education-EasyPost+ 01:47:05
20COLEgan BERNALNetcompany INEOS+ 01:47:58
21GBRAdam YATESUAE Team Emirates XRG+ 01:51:59
22NEDThymen ARENSMANNetcompany INEOS+ 02:02:42
23ESPCarlos VERONALidl-Trek+ 02:05:22
24USAMatthew RICCITELLODecathlon CMA CGM+ 02:11:09
25CANDerek GEE-WESTLidl-Trek+ 02:12:59
26COLHarold TEJADAXDS Astana Team+ 02:19:47
27BELMaxim VAN GILSRed Bull-BORA-hansgrohe+ 02:24:09
28AUSBen O'CONNORTeam Jayco AlUla+ 02:31:38
29ESPPablo CASTRILLOMovistar Team+ 02:31:43
30USAMatteo JORGENSONTeam Visma | Lease a Bike+ 02:33:29

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