Tour de France - Chris Froome : «Tout est plus facile avec les Français désormais»
Désormais retraité des pelotons, le quadruple vainqueur du Tour de France Chris Froome arpente les routes de la Grande Boucle dans un tout autre costume, notamment comme ambassadeur. Avant le départ de la 10e étape de cette Grande Boucle, ce mardi 14 juillet à Aurillac, un jour anniversaire qui l'a vu lever les bras à deux reprises au cours de sa carrière, le Britannique s'est confié sur les changements majeurs du cyclisme ces dernières années, sur la plus belle victoire de sa vie, sur l'éclosion du jeune Paul Seixas, mais aussi sur ses projets futurs, après avoir sacrifié plus de 20 ans de sa vie aupour le cyclisme professionnel. Un entretien sans langue de bois pour Cyclism'Actu.
"Le 14 juillet dans le Ventoux en 2013, c'est peut-être le plus beau jour et la plus belle victoire de ma carrière sur le Tour"
Chris, ça fait longtemps ! Comment ça va déjà ? Et ça ne fait pas un peu bizarre d'être sur le Tour avec un autre maillot, une autre casquette et une autre chemise ?
Très bien, très bien, merci. Je suis très content d'être ici au Tour avec une autre vue sur la course. Non, ce n'est pas bizarre, c'est chouette en fait. Je suis ici avec tout le monde du Tour de France, ce monde que je connais très bien, mais sans la pression ni le stress d'être encore dans la compétition. Ça me fait toujours plaisir de regarder, de suivre les coureurs et les équipes. Ça change un peu quand tu connais les personnes derrière le visage.
Nous sommes le 14 juillet. Il y a dix ans jour pour jour, en 2016, vous couriez à pied sur les pentes du Mont Ventoux. C'est un souvenir qui restera à vie ?
Bien sûr, ça reste avec moi pour toute la vie. L'image qui restera me suit toujours. Sur le coup, c'était un grand moment de stress, de panique. J'ai pensé à garder le maillot, mon vélo était cassé, c'était un moment complètement fou. Maintenant on peut en rigoler un peu, mais sur le coup, on ne rigolait pas. Un 14 juillet, j'ai aussi gagné sur le Ventoux en 2013, c'est peut-être le plus beau jour et la plus belle victoire de ma carrière sur le Tour. J'avais ma femme qui m'attendait en haut, tellement de choses se mélangeaient ce jour-là.
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Vous avez gagné quatre Tours de France. Tadej Pogacar en a déjà quatre à son palmarès à seulement 27 ans. Pensez-vous qu'il va vous dépasser et, surtout, est-il plus fort que vous ne l'étiez à votre époque ?
Oui, sans doute. S'il reste sur son vélo pour les deux semaines qui arrivent, il gagnera son cinquième Tour, bien sûr. Et peut-être je ne sais pas combien de plus encore, parce qu'il a 27 ans. Physiquement, il peut continuer à le faire pendant au moins dix ans. Mais ça dépendra vraiment de lui, de ce qu'il veut faire personnellement et mentalement. Est-il plus fort que moi ? Oui, bien sûr. On a vu tous les chiffres, les temps de montée sur les cols. Il bat presque tous les records, c'est impressionnant. Mais c'est la marque que le cyclisme a beaucoup changé depuis dix ans : le matériel, les pneus, les vélos, les combinaisons, l'entraînement, l'alimentation. Tout le monde va plus vite en ce moment, mais Tadej encore plus.
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— Cyclism'Actu (@cyclismactu) July 10, 2026
L'équipe UAE Team Emirates est-elle devenue la Team Sky de votre époque ?
Oui, mais ce n'était pas toujours comme ça. Quand Tadej a commencé à gagner, il n'avait pas l'équipe qu'il a maintenant. C'est parce qu'il gagne qu'ils ont ensuite construit cette équipe autour de lui pour le supporter. Ce n'était pas le cas au début.
En France, nous avons un jeune talent qui fait sensation, Paul Seixas. Quel conseil lui donneriez-vous pour la suite de ce Tour ?
C'est un coureur super fort, formidable. Mais ce n'est pas le moment de lui mettre toute la pression et des attentes démesurées. Il faut attendre deux ou trois ans avant de revenir ici sur le Tour pour vraiment jouer la carte du maillot jaune. Bien sûr qu'il devait venir cette année, il doit être ici pour prendre l'expérience, pour comprendre comment ça marche de courir trois semaines à fond avec les meilleurs mondiaux. S'il fait 3e, 5e, 15e ou 50e, peu importe. Il doit prendre le temps nécessaire, apprendre son style, trouver son rythme et apprendre à communiquer pour tirer le maximum. C'est le moment d'apprécier le Tour, de faire monter la passion, pas d'avoir du stress. Est-ce qu'il peut faire un podium à Paris ? Oui, bien sûr qu'il le peut, mais ce n'est peut-être pas le moment, on verra. À mon avis, il doit penser avec deux ou trois ans d'avance.
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"Maintenant, je peux profiter de la chaleur de la France. Je le sens vraiment sur les routes aujourd'hui"
Vous avez pris votre retraite. Comment s'est prise cette décision et comment vivez-vous votre relation actuelle avec le public français, qui semble vous adorer maintenant ?
Cela faisait déjà cinq ans que je savais que c'était le moment : je signais mon dernier contrat et après c'était fini. Ça s'est terminé l'an dernier, donc c'était clair pour moi. Quant au public, oui, c'est un peu bizarre ! (rires) Quand je gagnais, tout le monde ne voulait pas que je gagne, mais je comprends, je ne suis pas Français. Au moins maintenant, je peux profiter de la chaleur de la France. Je le sens vraiment sur les routes aujourd'hui. C'est super gentil, je ressens le soutien de tout le monde. Ce n'était pas toujours facile pendant ma carrière, mais au moins aujourd'hui on peut en profiter et partager des moments de cyclisme ensemble.
Quels sont vos projets pour la suite de votre vie ? Quel est votre rêve désormais ?
J'ai beaucoup de passion pour le sport, spécialement au niveau "grassroots", pour les jeunes. J'ai grandi en Afrique et j'ai vraiment envie de monter des projets là-bas.
Au final, si on doit résumer votre carrière, votre vie, vous avez eu des hauts, des bas, des accidents... vous avez toujours rebondi. Qu'est-ce qui anime Chris Froome ?
C'est mon caractère, pas qu'au niveau du sport, il faut toujours trouver des objectifs dans la vie. Mais mon rêve maintenant, c'est surtout de passer plus de temps avec ma famille. C'est le moment. J'ai sacrifié 20 ans pour le sport. Maintenant, il est temps de vivre un peu et de profiter des plus belles petites choses de la vie.
