Tour de France - Cyrille Guimard : «Paul Seixas... c'est un échec»

Par Titouan LABOURIE le 13/07/2026 à 16:45

Tour de France - Cyrille Guimard : «Paul Seixas... c'est un échec»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Après neuf étapes et une première semaine déjà riche en enseignements, Cyrille Guimard dresse le bilan du Tour de France 2026 au micro de Cyclism'Actu. Le "Druide" revient sur la domination de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG), estime que la victoire finale est déjà jouée, livre son analyse sur le début de Tour de Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), évoque les performances des Français et se projette sur la suite de l'épreuve. Un entretien sans détour, fidèle au franc-parler de l'ancien sélectionneur national.

 

"Arrêtons de réécrire l'histoire"

Qu'as-tu pensé de cette première semaine ? Est-ce que tu as pris ton pied sur ces neuf premières étapes ?

Prendre mon pied, c'est une expression peut-être un peu forte. Je ne me suis pas ennuyé. On a vu beaucoup de choses intéressantes et, comme je le dis à chaque fois, on a eu des scénarios qui n'étaient pas obligatoirement ceux qu'on pouvait imaginer. On a assisté à une course animée, avec des épisodes relativement intenses, ne serait-ce que la victoire de Mathieu Van der Poel sur une étape qui a été extraordinaire. D'ailleurs, quand je dis "extraordinaire", c'est parce que personne n'a compris les tactiques des autres. Et je trouve ça très bien. Si on ne comprend pas les tactiques, est-ce que ça ne voudrait pas dire qu'on recommence enfin à faire de la tactique ? Quand on ne les comprend pas, c'est qu'on est passé à côté de quelque chose. Ça a donc été très intéressant. Les Pyrénées sont passées et, aujourd'hui, le petit côté un peu gris, c'est qu'on a déjà un classement général bien établi, tout du moins pour le Top 10. Quant à la victoire finale, personne ne se fait d'illusions, sauf accident.

 

Le Tour est-il plié ?

Pour la première place, je réponds oui, sauf accident. Ensuite, il reste de l'intérêt pour le Top 10 et pour tous ceux qui n'ont plus rien à espérer au classement général mais qui sont des coureurs de talent. On parlait de Van der Poel tout à l'heure : il peut encore exister. Il reste aussi des sprints, avec un Tim Merlier absolument époustouflant, extraordinaire de force, de puissance, mais aussi doté d'une merveilleuse vision du sprint, du placement et de l'aspiration. Aujourd'hui, on a Pogacar d'un côté et Tim Merlier de l'autre. On a deux coureurs qui dominent chacun leur domaine. L'intérêt demeure donc pour les classements annexes : le classement de la montagne, le classement par points... Même si, pour le maillot à pois, excusez-moi, mais si Pogacar veut le garder, il le gardera. S'il n'a pas envie de le garder, il n'en fera qu'à sa tête, ce qui n'est d'ailleurs pas complètement idiot.

 

Il y a 2'42" entre Pogacar et Vingegaard au classement général. C'est un gros écart après seulement une semaine. On se rappelle des déclarations de Christian Prudhomme et Thierry Gouvenou, qui expliquaient vouloir un Tour qui se joue lors de la troisième semaine, avec une bataille serrée jusqu'au bout. Est-ce que, selon toi, le parcours était bien dessiné pour cela ou le fait de placer le Tourmalet aussi tôt rendait-il les choses plus compliquées ?

Ça va être très simple. Les organisateurs pensent à une chose, mais ce sont les coureurs qui font la course et qui écrivent le scénario. Je ne pense pas qu'ils espéraient qu'il y ait autant d'écart entre le premier et le deuxième. Cela prouve bien que ce sont les coureurs qui décident, et non pas Thierry Gouvenou ou Christian Prudhomme.

 

Surtout, quand on a un coureur qui est tellement au-dessus des autres, peu importe le parcours. Tadej Pogacar, s'il veut avoir deux minutes d'avance au bout de neuf jours, même avec un parcours beaucoup moins difficile, il peut les prendre...

La course se gère en fonction des potentiels individuels et collectifs. Je ne pense pas qu'il n'y ait que des imbéciles dans les équipes. Aujourd'hui, avec tous les capteurs et toute la technologie utilisée, tout le monde sait comment exploiter un parcours. Et puis, arrêtons de réécrire l'histoire. Avec Jacques Anquetil, c'était la même chose. Avec Eddy Merckx aussi. Quand on voit Pogacar partir à 40 kilomètres de l'arrivée dans le Tourmalet, il faut quand même se souvenir que, dans ces mêmes Pyrénées, Eddy Merckx était parti à 120 kilomètres de l'arrivée en 1969 et avait gagné avec huit minutes d'avance. Vous avez vécu cinq victoires de Merckx où sa domination était aussi outrageante que celle de Pogacar aujourd'hui. Et il avait lui aussi la meilleure équipe, parce que les plus grands coureurs ont généralement la meilleure équipe. Il ne faudrait quand même pas oublier l'histoire. Je sais qu'aujourd'hui, on essaie de vendre, de vendre, de vendre... Quand tu me demandais tout à l'heure si j'avais pris mon pied, je t'ai répondu que je ne m'étais pas ennuyé. Mais ce qui se passe aujourd'hui, je l'ai déjà vécu avec Bernard Hinault, avec Eddy Merckx, avec Jacques Anquetil. J'ai commencé à suivre le Tour de France en 1957. J'avais dix ans et je l'écoutais à la radio. C'était la première victoire de Jacques Anquetil. Anquetil, Merckx, Hinault, puis Indurain, qui en a gagné cinq lui aussi... Ce sont toujours un peu les mêmes histoires, avec des coureurs différents. À l'époque où il y avait de vrais contre-la-montre, Indurain n'avait pratiquement besoin que de ça pour s'imposer. Anquetil les utilisait aussi. Hinault et Merckx également. 

 

"Je n'attends pas plus de Seixas"

Après neuf jours de course, Paul Seixas est 6e du classement général à 3'55". Es-tu satisfait de son début de Tour ?

Ma vision sur Seixas, c'est que Decathlon CMA CGM a gagné. Ils sont à l'antenne tous les jours, ils ont quatre papiers dans tous les journaux du monde entier et, en plus, ils ont une victoire d'étape au sprint. Le retour sur investissement est donc réussi. Comme ils l'avaient annoncé en début de saison, "on ne peut pas aller sur le Tour sans exister". Ils existent. Le retour sur investissement est parfait. Sur le plan humain, on en reparlera peut-être dans quelques années. Mais aujourd'hui, je n'attends pas plus de Seixas. Il est à son niveau, à sa place. Maintenant, il reste encore un petit bout de chemin. Est-ce qu'il pourra venir sur le podium ou dans le Top 5 ? Il y a des étapes suffisamment difficiles pour que, s'il a de super jambes, il puisse le faire. Si ça grippe un petit peu, ce sera plus difficile. Mais, pour l'instant, il est parti pour faire un Top 10, et tout le monde s'en contentera.

 

Toi, tu t'en contenteras moins. On connaît ton avis sur la question : tu n'étais pas forcément favorable à ce qu'il dispute le Tour dès cette année. Tu voulais qu'à l'image d'Hinault ou d'autres très grands, il arrive sur son premier Tour pour le gagner. Cette année, on voit bien que ce ne sera pas le cas. Est-ce que cela te conforte dans ton analyse ?

Donc, c'est un échec. Pas sur le plan de la communication. Quand on a le talent de ce coureur, dont on sait qu'il gagnera des Tours de France, on le prépare pour gagner son premier Tour et on prépare une équipe pour qu'il gagne son premier Tour. Ça n'a pas été fait parce qu'on est trop pressé, parce qu'on veut tout consommer tout de suite. C'est dommage, mais je le dis, c'est ce que je pense.  Je persiste à dire qu'il était trop jeune pour faire le Tour.

 

Un mot également sur les autres Français. Toujours pas de victoire d'étape, mais deux coureurs figurent dans le Top 10 : Paul Seixas et Lenny Martinez, actuellement 8e. Le maillot vert semble hors de portée, le maillot à pois paraît également compliqué... Quel bilan tires-tu des Français jusqu'à présent ?

Le maillot à pois, c'est mort. C'est mort. Il faudrait que Pogacar en fasse cadeau, et je ne pars pas de ce principe-là. Le bilan des Français est plus qu'acceptable, avec deux coureurs dans les huit premiers. Ce n'est pas une surprise. Lenny Martinez a déjà connu deux Tours de France galères qu'il n'aurait jamais dû faire, surtout le premier. On pourrait revenir sur le cas Seixas, mais, pour l'instant, ça se passe mieux. Martinez confirme le potentiel qui est le sien. C'est un coureur capable de terminer dans le Top 10 et, pour l'instant, il est dans les clous. Il suit un tableau de marche qui doit pouvoir l'amener à ce niveau-là. Cela dit, il a une équipe qui reste quand même très, très faible. Pour les sprints, on est plus que très léger. Il n'y a pas Paul Magnier, donc il n'y a pas de concurrence.

 

"Il n'y a plus de place pour les petits"

Si on se projette un peu sur la suite, il nous attend une belle étape dans le Massif central, puis deux sprints, avant de terminer cette deuxième semaine avec trois étapes de montagne dans l'Est. Qu'attends-tu de cette deuxième semaine ?

Quand on voit ce qui s'est passé ces derniers jours, on constate que de plus en plus d'équipes savent qu'elles sont déjà fanées pour le classement général. Alors elles vont reprendre l'expression de Decathlon : "Comment va-t-on faire pour exister ?" Quelles stratégies vont-elles mettre en place ? Quels plans vont-elles élaborer ? Non pas pour attaquer Pogacar, parce que ça ne peut même plus germer dans leur esprit, mais pour aller chercher une victoire d'étape. D'autant qu'il reste encore deux sprints où Tim Merlier pourrait bien faire la razzia. Toutes les étapes destinées aux baroudeurs, vont être, à mon avis, extrêmement disputées. Mais pas obligatoirement en lien avec le classement général. Il ne faudra simplement pas qu'un des favoris ait un jour des jambes de laine, parce que, là, il sera sanctionné. On verra déjà l'étape de demain (mardi), qui est un peu dans le même esprit que celle disputée avant la journée de repos. Elle peut être très dangereuse. Avec la chaleur qui s'accumule au fil des jours, je ne suis pas certain que, comme souvent après la journée de repos, certains moteurs ne commencent pas à gripper. Et puis, sinon, on reviendra en troisième semaine avec l'étape du Salève (15e étape), dont personne ne parle alors que, pour moi, c'est l'un des cols les plus difficiles que nous ayons en France.

 

Quand on regarde les vainqueurs d'étape depuis le départ, on retrouve Visma sur le contre-la-montre par équipes, Isaac del Toro, Tadej Pogacar, Mads Pedersen, Olav Kooij, encore Pogacar, Tim Merlier à deux reprises, Mathieu Van der Poel... Hormis les immenses stars du peloton mondial, il n'y a finalement de la place pour personne. Plus que jamais, on a l'impression qu'il est devenu très difficile de voir un "petit" gagner une étape du Tour.

Il n'y a pas de place pour les petits, mais c'est logique : c'est le Tour de France. Plus que jamais, oui. Impossible, ce n'est pas français, donc il faut toujours conserver un peu d'espoir. Mais aujourd'hui, on est sur le Tour pour exister. On ne va quand même pas faire cadeau d'une victoire à un coureur de second plan qui est peut-être arrivé au départ du Tour un peu par hasard dans son équipe. C'est terminé, ça. D'autant qu'aujourd'hui, tout le monde connaît les données de tout le monde. Le grand sport favori du cyclisme moderne, c'est de partager ses datas. "C'est extraordinaire, j'ai fait 450 watts pendant quinze bornes !" Très bien... Mais si tu as fait ça, quand tu attaques, tout le monde sait exactement à quelle vitesse il faut rouler derrière toi. Il n'y a plus de secret d'entraînement, plus de secret de préparation, plus de secret sur les données. J'ai presque envie de dire qu'à cause de ça, on ne peut plus se tromper. Tout le monde possède les données de tout le monde. Quand Tim Wellens roule, il sait pratiquement à combien les autres sont derrière lui. Et lui, il n'est même pas toujours à fond. Il y aura donc de moins en moins de surprises. Il n'y a plus de place pour les petits.

Tour de France - Classement général provisoire après la 9è étape

1SLOTadej POGACARUAE Team Emirates XRG32:17:04
2DANJonas VINGEGAARDTeam Visma | Lease a Bike+ 02:42
3MEXIsaac DEL TOROUAE Team Emirates XRG+ 03:27
4BELRemco EVENEPOELRed Bull-BORA-hansgrohe+ 03:30
5ESPJuan AYUSOLidl-Trek+ 03:34
6FRAPaul SEIXASDecathlon CMA CGM+ 03:55
7ALLFlorian LIPOWITZRed Bull-BORA-hansgrohe+ 04:00
8FRALenny MARTINEZBahrain Victorious+ 04:21
9DANMattias SKJELMOSELidl-Trek+ 04:57
10COLEgan BERNALNetcompany INEOS+ 09:12
11NORTobias Halland JOHANNESSENUno-X Mobility+ 09:30
12USASean QUINNEF Education-EasyPost+ 09:35
13GBRTom PIDCOCKPinarello-Q36.5 Pro Cycling Team+ 09:40
14BELIlan VAN WILDERSoudal Quick-Step+ 09:45
15ITADavide PIGANZOLITeam Visma | Lease a Bike+ 10:46
16BELLennert VAN EETVELTLotto-Intermarche+ 10:51
17FRAJordan JEGATTotalEnergies+ 10:56
18SUIYannis VOISARDTudor Pro Cycling Team+ 12:21
19BELRamses DEBRUYNEAlpecin-Premier Tech+ 13:15
20USASepp KUSSTeam Visma | Lease a Bike+ 13:33
21ESPPablo CASTRILLOMovistar Team+ 13:37
22GBRAdam YATESUAE Team Emirates XRG+ 14:31
23EQURichard CARAPAZEF Education-EasyPost+ 15:24
24USABrandon MCNULTYUAE Team Emirates XRG+ 18:42
25BELTiesj BENOOTDecathlon CMA CGM+ 26:17
26USAMatteo JORGENSONTeam Visma | Lease a Bike+ 32:54
27FRANicolas PRODHOMMEDecathlon CMA CGM+ 35:26
28ESPCarlos VERONALidl-Trek+ 39:53
29ESPIon IZAGIRRECofidis+ 40:45
30FRAKevin VAUQUELINNetcompany INEOS+ 40:57

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