Tour de France - La réponse d'ASO aux critiques de Tom Pidcock sur le parcours
Par Nathan DELODDERE le 16/07/2026 à 21:26
Le coup de gueule de Tom Pidcock de l'équipe Pinarello Q36.5, après sa chute et les propos de Paul Seixas qui avait qualifié de "patinoire" les mystérieuses bandes de peinture blanche appliquées sur le goudron du Tour de France 2026, ne sont pas restés sans réponse. Interpellée par nos confrères belges de la RTBF, la direction de course, ASO, a tenu à éteindre l'incendie médiatique en apportant un éclairage purement technique. Loin d'être une initiative improvisée, ce badigeon de chaux s'imposait comme une manœuvre de sauvetage face à un bitume en pleine agonie thermique.
L'urgence du thermomètre : Quand le bitume menace de se liquéfier
Derrière les machines qui s'activent de quelques jours à quelques minutes avant le passage des coureurs, il y a la réalité implacable des chiffres. Lorsque la température de l'air flirte avec les 40°C à l'ombre, le revêtement routier, de par sa couleur noire, absorbe l'énergie solaire jusqu'à devenir un véritable radiateur. Pour l'organisation, laisser faire la nature reviendrait à envoyer les coureurs au casse-pipe. C'est le sens de la mise au point ferme d'André Bancala, responsable des routes pour ASO, l’organisateur du Tour de France : "Ce n'est pas par plaisir que nos équipes techniques blanchissent la chaussée, c'est une intervention d'urgence vitale pour la survie de l'étape. Lorsque le thermomètre affiche 40°C à l'ombre, le goudron noir absorbe la chaleur et sa température peut grimper jusqu'à 60°C. À ce niveau-là, le bitume commence à fondre et à se liquéfier. C'est ce qu'on appelle le ressuyage, et c'est un danger bien plus grand pour la stabilité du peloton." Sans cette barrière protectrice, les résines liant l'asphalte remonteraient à la surface, créant une pellicule huileuse extrêmement collante et propice aux décollages de boyaux ou aux chutes collectives destructrices. Il précise aussi que cela n'est pas une technique nouvelle et que ce choix ne dépend pas que de lui :"La décision est prise par les départements qui vont inspecter et identifier les endroits potentiellement problématiques. On ne traite pas des kilomètres mais essentiellement des virages, des passages délicats pour monsieur tout le monde et évidemment pour le passage d’un peloton"
Tour de France - Chris Harper a perdu une partie de son pouce : "J'ai perdu 10g" #RaceSharp #TDF2026 #TDF #Harper #Pidcock #TV https://t.co/50XLZP6nv7
— Cyclism'Actu (@cyclismactu) July 16, 2026
L'effet albédo comme bouclier : Le choix de la responsabilité collective
Pour répondre précisément aux accusations du champion britannique, qui déplorait une perte totale d'adhérence sur ces zones blanchies, ASO insiste sur la nature du produit et les tests rigoureux effectués en amont. L'objectif est scientifique : utiliser le blanc pour réfléchir la lumière ce que l'on appelle l'effet d'albédo tout en préservant le grip nécessaire pour des vélos lancés à tombeau ouvert. Face au dilemme de la sécurité, la position des organisateurs se veut pragmatique et protectrice pour la communauté des coureurs : "Le mélange utilisé, principalement composé d'eau et de chaux, est conçu pour exploiter l'effet d'albédo en réfléchissant les rayons solaires. Cela permet de faire baisser instantanément la température de l'asphalte de 10°C à 15°C et d'empêcher les boyaux des vélos de s'engluer ou de s'arracher. Nos services veillent à ce que la rugosité de la route soit préservée. Entre le risque d'une glissade locale et celui d'un bitume qui s'effondre sous les roues de 170 coureurs lancés à pleine vitesse, le choix de la prévention est le seul responsable". Une manière de rappeler que, face aux caprices du climat, le Tour de France doit parfois troquer son costume de fête pour celui de la gestion des risques d'autant plus lorsque l'on parle de la sécurité du peloton mais aussi des centaines de véhicules que la Grande Boucle entraine avec elle.
