Tour de France - Arthur Vichot : «Le vélo a changé, il y a moins d'improvisation»
Retraité depuis 2020, Arthur Vichot est toujours présent sur les routes du Tour de France ! Profitant de son passage sur le Tour dans le cadre de quelques prestations pour Leclerc, l'ancien double champion de France (2013 et 2016) a accordé quelques minutes à Cyclism'Actu. Dix ans après son dernier sacre tricolore, le Franc-Comtois revient sur sa nouvelle vie après le cyclisme professionnel alors que le Tour de France va passer sur ses routes d'entrainement ce vendredi 17 juillet entre Dole et Belfort à l'occasion de la 13e étape de ce Tour. Le double champion de France en 2013 et 2016 chez FDJ à l'époque, tout comme l'est aujourd'hui Romain Grégoire de la Groupama-FDJ United de Marc Madiot mais aussi tous les deux Bisontins, nous donne son avis sur cette Grance Boucle avec l'impressionnante domination de Tadej Pogacar. Sans oublier d'évoquer également les débuts prometteurs du Français Paul Seixas sur le Tour de France.
"Les anciens diront toujours que c’était mieux avant"
Arthur, ça fait longtemps. Comment va le double champion de France sur route de 2013 et 2016 ?
Très bien. La vie est belle. La vie de retraité sportif, ce n’est pas trop mal. En plus, on arrive sur mes terres, entre Dole et Belfort, donc forcément, ça fait quelque chose.
Ça fait quoi de revenir sur tes routes d’entraînement à l’occasion du Tour de France ?
Oui, c’est toujours sympa de revenir à la maison sur le Tour de France. Même si, là, je ne suis plus sur le vélo, je conduis une voiture avec Leclerc. C’est toujours sympa de retrouver ses routes d’entraînement, ses anciens parcours qu’on pouvait faire de temps en temps. Là, c’est sur la plus grande course du monde, et c’est toujours un plaisir.
Ça fait quoi d’être double champion de France ? Le dernier maillot remonte quand même à dix ans.
En vrai, j’ai l’impression que ce n’était pas moi, c’était une autre vie. Avec le temps qui passe, et puis le fait de revenir maintenant sur le Tour de France des années après, j’ai l’impression que c’était une autre personne.
Le champion de France actuel est de ta région et de ton ancienne équipe. Un petit conseil à lui donner, lui qui va débarquer sur vos terres ?
Romain Grégoire aussi, donc ça fait plaisir qu’il ait réussi à gagner ce maillot. Le conseil, je pense qu’il sait mieux que tout le monde comment faire. Il faut se battre, ne jamais rien lâcher, et espérer que, le jour J, toutes les étoiles s’alignent et qu’il remporte l’étape.
Romain Grégoire, actuel champion de France, lors de la première journée de repos du Tour
C’est compliqué pour Groupama-FDJ depuis le début de ce Tour. Ça va peut-être changer sur vos routes ?
C’est compliqué pour quatorze équipes sur vingt, je pense. Là, ils ont de belles journées qui approchent et il va falloir scorer, parce qu’après ce sera terminé avec la haute montagne. Malheureusement, ils sont un peu justes, donc il ne faudra pas se louper. Mais je pense que ce sera le même discours dans beaucoup d’autres bus, donc il faudra être très bon.
Ça fait six ans que tu as mis un terme à ta carrière. Le vélo a bien changé ?
Le vélo a changé. Les bases restent les mêmes, mais on a encore bien progressé dans beaucoup de domaines, notamment le matériel et la nutrition. Ça se retranscrit sur les courses, notamment sur le Tour de France, où l’on voit que la course est de plus en plus cadenassée. Il y a de moins en moins de place à l’improvisation. Ça change, ça évolue. Je pense que, quand je suis passé professionnel, si on avait interviewé Frédéric Guesdon, qui était dans mon équipe, quand les watts sont arrivées, ça a dû lui faire tout drôle. Maintenant, on est sur de nouvelles choses, il faut vivre avec son temps.
Qu’est-ce qu’en pense l’ancien coureur ? C’était mieux avant ou pas du tout ?
Les anciens diront toujours que c’était mieux avant (rires).
Comme toi ?
Oui. Mais je pense que si vous posez cette question à Romain Grégoire dans quinze ans, il dira la même chose. Je pense que c’est l’être humain qui est comme ça : on aime la nostalgie.
Paul Seixas ? "Vas-y, mec, croque la vie à pleines dents"
Comment vois-tu la suite de ce Tour de France ? Est-ce que Tadej Pogacar a déjà gagné le Tour ou pas ?
S’il n’a pas de souci — et on ne lui en souhaite pas —, je pense qu’il a montré qu’il était au-dessus. Même si la dernière semaine comportera de très grosses étapes, on n’est jamais à l’abri de rien. Mais s’il n’y a pas de problème, je pense qu’il reste le grand favori, sans surprise.
Cette ultra-domination de Pogacar et de son équipe, ça te dérange ? Ou c’est comme ça, ça a toujours été l’histoire du Tour ?
Tu l’as dit, ça a toujours été l’histoire du Tour. Il y a dix ans, on a subi Sky. Avant, c’était d’autres équipes. Il y a toujours eu la domination, sur une période plus ou moins longue, d’une équipe ou d’un coureur. Maintenant, c’est sûr que ça dérange toujours un petit peu d’avoir ce scénario-là, parce qu’en tant que suiveur, on aimerait que ce soit la guerre, qu’il y ait des changements de maillot, que ce soit épique. Mais ça reste du sport, et le plus fort est devant.
La France a un petit prodige. Toi qui connais le vélo par cœur, que penses-tu de Paul Seixas ?
Il est impressionnant. On pourrait lui attribuer tous les superlatifs, notamment celui de la précocité. Je n’invente rien. C’est génial qu’un Français soit à ce niveau-là et fasse rêver autant. Que ce soit vous, les journalistes, le Tour de France, les suiveurs, les équipes… tout le monde va profiter de cette locomotive s’il arrive un jour à décrocher le Graal. Je lui souhaite tout le meilleur et j’espère qu’il prendra du plaisir sur le vélo et qu’il atteindra ses objectifs.
Tu es pour qu’à 19 ans il fasse le Tour, ou il fallait attendre ? Quel est ton avis ?
Moi, je suis pour. Je pense qu’il a le niveau. Il a montré ses qualités. Cela faisait vingt ans qu’un Français n’avait pas gagné une course par étapes WorldTour. Je pense qu’on est arrivé à une époque où l’âge ne veut plus dire grand-chose. Au contraire, sa précocité est un avantage. Le premier Tour, même si lui a énormément de pression — je ne vais pas me comparer à lui, on ne sait pas vraiment ce que c’est —, on a l’innocence et la candeur de la jeunesse. Vas-y, mec, croque la vie à pleines dents, et tu verras bien. De toute façon, s’il finit huitième ou dixième, personne ne lui en voudra cette année.
Un petit mot sur ce que devient Arthur Vichot au quotidien ?
Je reviens de temps en temps pour faire quelques prestations, comme ici avec Leclerc. J’essaie surtout de profiter de la vie. Après toutes ces années de sacrifices, j’avais besoin de voir autre chose, de prendre un peu de temps pour moi et de profiter de la vie. Je fais des choses un peu à droite, à gauche, mais j’essaie aussi de prendre du temps pour moi.
