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ITW - Julien Absalon : 'Deux titres aux Jeux Olympiques, c'est pas mal' Photo : @UCI_MTB

ITW - Julien Absalon : "Deux titres aux Jeux Olympiques, c'est pas mal"

Année olympique oblige, Cyclism'Actu vous accompagne jusqu'aux Jeux de Tokyo avec des athlètes ayant participé à ce rendez-vous quadriennal incontournable. En route vers Tokyo, épisode 2, avec Julien Absalon, double champion olympique de VTT. Le natif de Remiremont mérite incontestablement sa place au sein du panthéon du cyclisme. Sacré à Athènes (2004) et Pékin (2008), Absalon reste à ce jour le seul vététiste masculin à compter deux médailles d'or aux Jeux. Toujours actif depuis l'annonce de sa retraite en 2018, le quintuple champion du monde brille désormais en VTT à assistance électrique - vice-champion de France et médaillé de bronze aux Mondiaux l'an dernier. Le Vosgien replonge dans son histoire olympique pour Cyclism'Actu.

Jeux Olympiques - En route vers Tokyo... avec Julien Absalon

 

En 2000, vous avez 20 ans et vous êtes remplaçant pour les Jeux Olympiques. Comment gérez-vous ce statut un peu particulier ?

C'était déjà une découverte de l'équipe olympique. En tant que remplaçant, je savais que j'avais très peu de chances de courir mais ça m'a permis de participer au stage olympique et d'accompagner, à moins de 20 ans, ceux qui allaient participer aux Jeux. Ça m'a permis d'apprendre et de me rendre compte de l'importance des Jeux Olympiques, de pouvoir rêver d'y participer quatre années plus tard.

 

Vous participez justement pour la première fois en 2004. Comment appréhendez-vous cet événement ?

Ma préparation a été parfaite. Je n'étais pas du tout favori, je n'avais pas encore gagné de course internationale, et ce statut de non-favori m'a permis de ne pas trop subir la pression des Jeux Olympiques, de rester concentré, totalement dans ma bulle, et de faire ce que j'avais à faire. Que ce soit physiquement ou mentalement, il n'y a pas eu un accroc, ça s'est déroulé comme sur un nuage. Finalement, je me suis rendu compte de l'importance des choses seulement une fois la course terminée, lorsque je me suis retrouvé dans le tourbillon médiatique. Je n'imaginais pas, je n'étais pas préparé à l'après-Jeux puisque je n'avais pensé qu'à une chose, c'était la course, faire la meilleure course possible, mais je n'avais pas du tout imaginé ce que ça voulait dire de gagner une médaille, qui plus est l'or olympique, et ce que ça allait engendrer derrière. Finalement, ça a été assez dur derrière de garder pied. Je ne touchais plus vraiment terre, je n'ai pas trop compris ce qui m'arrivait après les Jeux Olympiques.

 

Une fois qu'on est sur place, c'est difficile de se mettre dans sa bulle quand on a autour de soi l'effervescence d'un tel événement ?

Bizarrement, en 2004, j'étais tellement concentré sur la course que j'ai vu, j'ai observé un petit peu, mais j'ai réussi à rester totalement concentré, ce qui n'était pas facile puisque l'épreuve de VTT s'est à chaque fois déroulée à la toute fin des Jeux jusqu'à présent. Ce n'est pas évident de se retrouver au village olympique, de voir tous les athlètes, de voir les athlètes qui ont fini leurs compétitions, qui sont en décompression. Ce n'est vraiment pas évident de rester concentré, surtout lorsqu'on est jeune. Mais en 2004, c'est ce que j'ai fait vraiment parfaitement, à tel point que j'ai peu de souvenir de ce qui s'est passé avant. J'étais un peu comme en mode automatique, je savais jour par jour, heure par heure ce que j'avais faire, sans trop me préoccuper de ce qui m'entourait.

 

Vous avez remporté la course avec 1 minute d'avance. Dans le dernier tour, que se passe-t-il dans votre tête ?

Je n'ai pas fait l'erreur de me déconcentrer avant la ligne d'arrivée franchie. Je pense que je réalise seulement dans la dernière ligne droite, lorsque je prends le drapeau et lorsque je me laisse rouler vers la ligne. Là, à ce moment-là, j'ai fortement pensé à mon père, disparu quelques années plus tôt. Je pense que si je suis resté dans cet état d'esprit, si j'avais tellement envie de gagner, c'était pour lui. Finalement, c'est seulement à lui que j'ai pensé, et pas tout de suite au fait que je venais de remporter la plus grande course qui puisse exister quand on fait du VTT.

 

Devenir champion olympique a changé votre vie ?

Oui et non ! J'ai continué à vivre de la même chose mais effectivement, mon statut a changé puisque je suis passé d'un jeune coureur en devenir, qui commençait à avoir des résultats prometteurs, au champion olympique en titre, et 15 jours après champion du monde. Ça a été le début de quelques années de suprématie dans ma discipline donc mon statut a forcément changé. Ce qui a également changé, c'est que lorsqu'on est champion du monde en VTT, on est connu dans son milieu, dans le milieu du VTT et du cyclisme. Mais lorsqu'on est champion olympique, on devient un peu plus connu au niveau du grand public. C'est un formidable coup de projecteur et ça m'a fait énormémént plaisir aussi de faire découvrir le VTT de compétitionau plus grand nombre. Le VTT, tout le monde sait ce que c'est, pratiquement tous les Français en ont un à la maison, mais beaucoup de Français ne savaient pas ce que c'était de le pratiquer en compétition. Ça a été un coup de projecteur sur moi, certainement, mais également sur le VTT. Ça a été un grand honneur, surtout de voir les gamins qui me disaient : "Je t'ai vu gagner les Jeux, du coup je me suis inscrit dans un club, moi aussi je veux faire des compétitions, etc."

 

En 2008, vous avez le statut de tenant du titre et vous réussissez le doublé. Est-ce que ce titre a une saveur différente par rapport au premier ?

Tout à fait, le deuxième était beaucoup plus dur. Là, j'arrivais en tant que favori, après quatre années de domination sans trop de partage. Une deuxième place aurait été synonyme de défaite, j'étais condamné à gagner. La pression était vraiment différente, également la pression médiatique puisqu'en tant que champion olympique en titre, qu'ultra-favori de la course, tous les espoirs étaient mis sur mes épaules. J'étais comptabilisé dans les chances de médaille d'or de l'équipe de France donc c'était très différent, beaucoup plus dur, vraiment un stress totalement différent. Là, la sensation n'a pas été la même. Lorsque je franchis la ligne, je me dis : "Voilà, j'ai réussi, j'ai accompli le job". 

 

On peut dire qu'il y avait plus de fierté à obtenir ce deuxième titre, compte tenu des attentes ?

Oui, et puis je pouvais me dire que grâce à ce deuxième titre, j'étais certain de pouvoir marquer ma discipline et d'avoir réussi certainement une partie de ma carrière.

 

Partager le podium avec Jean-Christophe Péraud, ça a rajouté de la valeur à ce moment ?

Oui, bien sûr. On était dans la même équipe et en fin d'Olympiades, le VTT qui ramène deux médailles à la France, c'était encore plus fort.

 

Vous devenez alors le premier vététiste double champion olympique. Vous aviez à coeur, dans un sens, de marquer l'histoire ?

Je ne le faisais pas pour marquer l'histoire, je le faisais avant tout parce que j'enchainais les victoires à cette époque et que j'avais soif de victoire, je voulais tout gagner. Forcément, la course la plus importante, qui a lieu une fois tous les quatre ans, je voulais absolument la gagner. La préparation en 2008 a été beaucoup plus compliquée puisque j'ai eu une grosse désillusion un mois avant les Jeux lorsque je me loupe aux Championnats du monde. Cet échec aux Championnats du monde m'a permis de me remettre en question et m'a relancé. Sans cet échec, je n'aurais certainement pas été champion olympique un mois après.

 

Votre mère et votre épouse étaient à Pékin. Comment se sont passées vos retrouvailles après cette victoire ?

Après les Jeux, on n'a pas le temps de voir sa famille en fait. Après Pékin, je n'avais qu'une idée : retrouver mon calme, retrouver ma famille, mes proches, profiter avec eux, mais en fait c'est impossible. Il y a les sollicitations médiatiques, on est trimballé de droite à gauche, on doit ensuite au retour rester à Paris pour les plateaux TV, etc. Donc on ne peut pas du tout profiter avec ses proches, il faut attendre quelques jours, même plus, avant de pouvoir retrouver un petit peu de calme. Donc ce n'est pas évident à gérer justement cet après-olympique, et ce vide également qui se fait sentir. Pendant des années, on se prépare pour une chose, c'est-à-dire les Jeux Olympiques, et lorsqu'on l'obtient, bizarrement, on a un grand vide. Lorsqu'on parle de dépression post-olympique, je pense que c'est la même chose pour quasiment tous les athlètes. Même si on a réussi, on pourrait être content mais il y a un grand vide qui s'installe et qui n'est pas évident à gérer.

 

En 2012, vous pouviez devenir le premier Français sacré trois fois d’affilée dans une même discipline aux JO. Vous ressentiez cette pression ?

Oui, même si à Londres je partageais la pression avec Nino Schurter, qui était mon challenger à cette époque-là. Je n'étais pas le favori unique, j'étais même le n°2. Nino était favori n°1, j'étais favori n°2. J'avais à coeur de bien faire et c'est la dure loi du sport, la dure loi aussi du sport mécanique. Une grosse frustration de ne pas avoir pu défendre mes chances suite à un incident mécanique. Ça, ça a vraiment été très dur. Finalement, sur les quatre Jeux auxquels j'ai participé, j'ai 50% de réussite puisque j'ai deux médailles d'or, mais il y a deux fois où il reste de la frustration de ne pas avoir fait ce que j'aurais voulu faire. A Londres, partir avec une crevaison lente et immédiatement ne pas pouvoir défendre mes chances, ça restera l'une des plus grandes désillusions de ma carrière. Mais c'est aussi ce côté impitoyable des Jeux Olympiques qui fait la beauté des Jeux et la beauté des courses d'un jour.

 

En arrivant à Rio en 2016, vous saviez que vous disputeriez alors vos derniers Jeux ?

Oui. On ne peut jamais être certain parce j'avais déjà pensé que 2012 serait mes derniers mais en 2016, à 36 ans, je me doutais bien qu'il y avait de grandes chances que ce soit mes derniers. D'ailleurs, la frustration c'est qu'en 2016, je suis sour tous les podiums des courses internationales et puis aux Jeux, cette 8e place. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais, forcément.

 

Refermer votre chapitre olympique sur ces frustrations à Londres et Rio, vous n'avez pas eu de problème à l'accepter ?

C'est sûr que c'est difficile à avaler sur le coup mais il faut assez rapidement tourner la page et se fixer de nouveaux objectifs. Quand on est sportif, qu'on réussisse ou qu'on ne réussisse pas, il faut tourner la page et penser à la course d'après.

 

Est-ce que vous avez quelques regrets de ne pas avoir réussi à conquérir ce 3e titre olympique ?

Des regrets, non, parce que deux titres olympiques, c'est pas mal ! Sur une course d'un jour, tout le monde peut gagner, ce n'est pas évident. Pour le moment, je suis encore le seul à avoir gagné deux fois. Ce serait quand même difficile de dire d'avoir des regrets d'avoir gagné deux fois. Si on prend l'ensemble de ma carrière, je ne peux pas dire que j'ai été malchanceux durant ma carrière. Forcément, il y a des fois où on a plus ou mois de chance mais ce qui est important, c'est de faire la moyenne. Et sur la moyenne de toute ma carrière, j'ai plutôt été épargné par les gros soucis techniques. J'ai eu quelques soucis physiques parce qu'on fait un sport à risque, avec des chutes, mais je n'ai pas trop été blessé non plus, donc je n'ai pas de regrets.

 

En 4 participations aux Jeux, vous avez croisé beaucoup d'autres athlètes. Est-ce que certaines rencontres vous ont particulièrement marqué ?

Oui, c'est aussi ça la magie des Jeux, de rencontrer les athlètes d'autres nations et de tous les horizons, des sportifs qu'on n'a pas l'habitude de voir. De grands champions ultra-médiatisés se mélangent avec des champions qui sont amateurs, dans des sports beaucoup moins connus et finalement, tout le monde est au même niveau. Quand on voit Federer qui échange des balles avec Nadal sur le court d'entraînement de tennis de Rio, ça reste forcément en mémoire. Ou lorsqu'on se retrouve dans l'ascenseur avec l'équipe de France de basket, on se sent un peu tout petit !

 

Vous avez été reçu par deux Présidents de la République. Quel souvenir gardez-vous de ces moments ?

A l'Elysée, en 2004, pour la remise de la Légion d'honneur par Jacques Chirac, c'était un grand moment. Le lieu est prestigieux, et le président Chirac en imposait par sa prestance. En 2008, c'était à l'INSEP, avec Nicolas Sarkozy. C'était différent mais forcément, c'est toujours impressionnant d'être reçu par le Président de la République. J'ai eu la chance également de rencontrer le président François Hollande un peu plus tard dans ma carrière. C'est ça la magie des Jeux, permettre de marquer le grand public et d'être reconnu par la France et par son représentant le plus important, le Président.

 

Vous avez un gymnase et une rue à votre nom. Être reconnu aussi en dehors du monde du sport, c'est important pour vous ?

Oui, surtout pour ma discipline. Le VTT n'est pas assez médiatisé à mes yeux donc l'opportunité des Jeux Olympiques, l'opportunité de mettre en lumière mon sport, c'est quelque chose qui me fait plaisir. Avoir participé à ça, ça me fait plaisir. C'était assez particulier d'inaugurer un gymnase à mon nom, en général les gymnases portent des noms de personnes qui sont décédées (rires). C'était un peu bizarre mais forcément, j'étais honoré. 

 

Pour terminer, qui voyez-vous remporter l'or à Tokyo cet été ?

Les deux favoris sont clairement Mathieu van der Poel et Nino Schurter. Ça va être intéressant, c'est difficile de miser plus sur l'un ou sur l'autre. Ils ont chacun leurs spécificités, leurs points forts. Ça va être très intéressant.

 

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Publié le par Quentin BALLUE

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