Chronique
Chronique - Cyrille Guimard : 'Attention aux moutons à deux têtes !' Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Chronique - Cyrille Guimard : "Attention aux moutons à deux têtes !"

Vuelta al Tachira, Tour Down Under, Tropicale Amissa Bongo... La saison 2020 est désormais lancée ! L'occasion de faire un point avec Cyrille Guimard au sujet des membres du peloton ayant changé d'équipe. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France livre son regard sur les principaux transferts de l'intersaison, de Nairo Quintana à Vincenzo Nibali, en passant par Philippe Gilbert et Mark Cavendish

Philippe Gilbert et sa préparation avec Lotto-Soudal

 

Le transfert de Nairo Quintana chez Arkea-Samsic a été l'un des faits marquants de l'intersaison. Son association avec Warren Barguil, ça peut marcher pour vous ?

J'ai toujours été très réservé sur les moutons à deux têtes. Les moutons à deux têtes, ça finit souvent en bas de la falaise. Tout dépend quels ont été les vrais deals : comment s'est déroulé le recrutement, comment Barguil a été impliqué dans le système de décision, et qui s'est engagé à quoi, par rapport à qui. C'est ça qui va déterminer la capacité à avoir une véritable communion entre Barguil et Quintana. En tout cas, ce n'est pas étonnant que Quintana soit parti de Movistar. Depuis deux voire trois ans, on sentait bien qu'il était un peu à l'étroit de par la personnalité et les résultats des autres coureurs de l'équipe. Il est encore en pleine possession de ses moyens, ça peut être un bon challenge. En fait, son véritable challenge est peut-être d'être seul leader, ce qu'il n'a encore jamais été. Il y a des cultures d'équipe qui font que d'accord, sur le papier tu es le leader mais dans la réalité, tu n'as pas les automatismes et la responsabilité.

 

Nacer Bouhanni sera lui aussi très attendu au sein de cette équipe Arkea-Samsic. Vous pensez que les conditions sont réunies pour le revoir performer au plus haut niveau en 2020 ?

De toute façon, il est clair qu'on ne perd pas ses qualités. Il a 29 ans, il n'a pas perdu ses qualités de sprinteur, même si depuis quelques années il tourne en rond. Je crois que la balle est dans son camp, pas dans le camp de son équipe. S'il s'adapte à l'équipe et aux éléments qu'il aura autour de lui, ça va marcher. Là aussi, ça dépend de ce qui a été dealé avec Nacer. Les pourparlers ont quand même duré assez longtemps, on savait depuis un an que Nacer était sur le départ compte tenu des relations très compliquées qu'il pouvait avoir au sein de l'équipe Cofidis.

 

La formation Cofidis retrouve le WorldTour, avec des recrues comme Elia Viviani et Guillaume Martin. Vous êtes impressionné par l'évolution de l'équipe depuis l'arrivée de Cédric Vasseur ?

Non, elle est logique. Cédric Vasseur n'est pas venu là pour faire du conservatisme, il est venu pour faire grandir l'équipe, c'était son objectif et aussi celui de l'équipe. L'objectif était de monter en WorldTour donc à partir du moment où on rentre dans cette configuration, il doit se donner les moyens d'aller chercher les coureurs capables de briller à ce niveau. Des coureurs comme Viviani, qui est la base du recrutement de l'équipe, ça parait tout à fait logique. On ne peut pas passer en WorldTour et garder une équipe de deuxième division, aussi sympathique soit-elle. Viviani est une pointure. C'est un garçon qui a beaucoup voyagé déjà, il a beaucoup d'expérience. Il a déjà fait cinq ou six équipes, il est capable d'appréhender ce type de transfert. Martin est en progrès constant et c'est quelqu'un qui peut assumer un statut intéressant sur les grandes courses par étapes. Gagner le Tour, faut pas rêver non plus mais il peut apporter une stabilité et une capacité à Cofidis d'être présent au classement général. Parce qu'il faut bien le dire, les résultats de Cofidis dans le Tour de France ont toujours été très discrets.

 

Les deux autres équipes WorldTour françaises, AG2R La Mondiale et Groupama-FDJ, ont à l'inverse été relativement calmes sur le marché des transferts.

Il n'y a presque pas de recrutement, c'est assez bizarre d'ailleurs. Les arrivées sont presque uniquement des jeunes de la formation. Je veux bien qu'on fasse rentrer des néo-pros mais il y a une forme de conservatisme. Une rivière a quand même besoin d'eau et là, je trouve qu'il n'y a pas suffisamment d'eau. Par expérience, l'année où je n'ai pas bougé au niveau du recrutement, ça a été ma plus mauvaise année. La seule fois où on n'a pas fait de renouvellement, on s'est planté. C'est un sentiment, je ne veux pas être un oiseau de mauvaise augure. J'espère me tromper ! 

 

Vincenzo Nibali a rejoint l'équipe Trek-Segafredo. Est-il encore capable de remporter un Grand Tour selon vous ?

Aujourd'hui, non. Je pense qu'il n'était pas heureux chez Bahrain, c'est comme ça que je le ressens. S'il retrouve de l'envie et de la motivation, il sera performant, il sera impliqué dans les décisions de course sur les grandes courses. C'est un coureur très intelligent, il sait où il peut aller et comment il peut y aller, mais de là à gagner un Grand Tour... Maintenant, vous avez des mômes d'à peine 23 ans qui tournent autour des oreilles de tout le monde, et Nibali ne va pas progresser.

 

Du côté de Bahrain-McLaren, vous croyez à Mikel Landa sur le podium du Tour de France et Mark Cavendish vainqueur d'étape ?

Cavendish va refaire deux ou trois coups, mais c'est fini. Tu as des mecs qui ont dans les 20 ans qui arrivent et qui ne freinent pas ! Cavendish s'est pris quelques cartons, il a des gosses qui grandissent... Il n'a plus la gniaque. La dernière année où il a marché, c'est quand il a préparé les Jeux. Je ne pense pas qu'il soit le champion du monde de l'entraînement en plus, comme beaucoup de sprinteurs d'ailleurs, qui aiment bien courir sur la classe et pas sur un vrai foncier d'entraînement. Depuis cette année 2016, il n'est plus dedans.

Landa sur le podium du Tour, oui, mais c'est un garçon qui change d'équipe tous les ans et qui a les mêmes problèmes dans chaque équipe. Là, il sera le seul patron et il aura des responsabilités, mais rien ne veut dire qu'en ayant 100% des responsabilités il ne soit pas inhibé. Il a un talent énorme, mais il y a un problème de mental. Entre être le patron à 100% et être entouré d'autres leaders où quelque part on attend qu'ils fassent le boulot pour aller cueillir les fruits, ce n'est pas la même façon de courir, ce n'est pas le même comportement. Il faut aussi qu'il ait l'adhésion de tout le groupe pour qu'ils se mettent à 1000% pour lui. Donc c'est pas gagné non plus.

 

Tom Dumoulin s'est engagé chez Jumbo-Visma et Richard Carapaz chez INEOS. Ces transferts confirment que ces deux équipes sont les plus fortes sur les Grands Tours ?

Si on regarde effectivement la puissance collective, oui, on peut le dire comme ça. Maintenant, attention aux moutons à deux têtes, voire à trois têtes. L'an dernier, sur le papier, l'équipe INEOS avait trois leaders mais seulement deux ont pris le départ. Le calendrier fait qu'il y a toujours un moment où un coureur est éliminé par des problèmes physiques, les deux ou les trois ne sont jamais là à 1000%. Chez INEOS, j'ai beaucoup de mal à penser que Froome va revenir plus fort qu'avant. Pour gagner, il va falloir battre son leader, parce que le vrai leader aujourd'hui n'est ni Froome ni Geraint Thomas, c'est Bernal. Si Bernal n'a pas de problème de santé ou qu'il n'est pas accidenté, je ne vois pas très bien comment les autres vont pouvoir les piéger dans sa propre équipe. 

 

Christopher Froome va reprendre la compétition dans un mois justement. Son objectif de remporter un 5e Tour de France vous semble réaliste ?

C'est tout à fait logique et tout à fait normal qu'il se mette cet objectif en tête, et qu'il essaye d'y croire, ça va être son moteur. Si on essaye d'être objectif, non, ce n'est pas possible. Il est impossible d'imaginer qu'il soit plus fort, et qu'il soit plus fort que des gens plus forts que lui. Ceci dit, il sera quand même un des éléments qui pourra jouer sur un certain nombre de paramètres. Déjà, est-ce qu'il sera au départ du Tour ? J'ai presque envie de dire qu'objectivement, il ne peux plus gagner le Tour, mais laissons la saison vivre. Il y aura des réponses qui seront apportées naturellement.

 

Concernant Philippe Gilbert, désormais chez Lotto Soudal, vous pensez que le fait qu'il ne soit plus chez Deceuninck-Quick Step va changer beaucoup de choses ?

Quelles sont les vraies motivations de Philippe Gilbert aujourd'hui ? Il a tout gagné. J'ai toujours beaucoup de mal à penser qu'on progresse tous les ans. C'est vrai, mais plus à partir d'un certain âge. Il pense à Milan-San Remo mais on ne sait pas comment la course va se dérouler, on ne sait pas s'il y aura le Poggio ou pas. Je pense qu'il sera un coureur important, un sorte de capitaine de route, de fil conducteur dans l'équipe Lotto. Sauf que quand vous êtes chez Deceuninck-Quick Step pendant les classiques et que vous avez ce petit sens inné de la course très développé, vous pouvez vous appuyer à certains moments sur la puissance collective pour aller gagner. Quand vous êtes dans une équipe un peu moins étoffée, la façon de courir est différente et les capacités de jouer sur la puissance collective ne vont pas être du même niveau. Il aura moins de capacités à gagner des grandes courses dans un domaine où Quick-Step reste n°1. D'autant qu'Alaphilippe devrait être là sur les Flandres, donc ça fera un client de plus !

 

Movistar a beaucoup évolué avec les départs de Landa, Quintana et Carapaz, et avec l'arrivée d'Enric Mas. Est-ce une bonne chose pour vous, dans le sens où ils se disperseront peut-être moins ?

Mas est un coureur solide, il arrive d'une équipe où il a pris un certain nombre de réfexes mais où il n'était pas en position de leader puisque cette équipe n'a pas une culture de courses par étapes. Il entre dans une équipe qui a justement cette culture. On sait ce qu'il vaut donc on ne parlera pas révélation mais c'est peut-être le coureur qui aura la clé dans certains cas. A partir du moment où il sera capable d'assumer le leadership seul, ce dont il semble capable, ce sera un avantage pour Movistar. Mais est-ce que c'est la culture de Movistar ? Et est-ce que la présence de Valverde n'est pas trop fort quelque part ? Si Movistar tourne bien autour de Mas, il peut avoir la clé en tout cas.

Vous avez aimé cet article, partagez le ! 

Publié le par Quentin BALLUE

Tous vos Pronostics et vos Paris sur les courses de Cyclisme c'est ICI 

Ces pronostics sont donnés à titre indicatif. Vous ne saurez engager la responsabilité de l'auteur quant aux résultats des courses. Les cotes sont susceptibles de changer jusqu'au départ. «  Jouer comporte des risques : endettement, dépendance… Appelez le 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé) »

L'actu en vidéo par Cyclism'Actu


News

Transferts


Sondage

Qui remportera le 78e Paris-Nice ?



















Partenaires