INTERVIEW - Philippe Brunel : «Marco Pantani ou Tadej Pogacar ? Mon choix est fait»
Par Cyclism'Actu le 13/02/2026 à 23:01
Ce samedi 14 février 2026... 22 ans que Marco Pantani s'en est allé dans des circonstances troubles dont on ne connaitra finalement jamais vraiment les réelles circonstances. Marco Pantani, né le 13 janvier 1970 à Cesena, est mort le 14 février 2004 à Rimini. Coureur cycliste italien, il fut l'un des meilleurs grimpeurs de l'histoire du cyclisme sur route et l'un des coureurs les plus populaires. Il a notamment remporté un Tour de France et un Tour d'Italie. En ce jour d'anniversaire de sa disparition, Cyclism'Actu a choisi de donner la parole à Philippe Brunel, 70 ans, désormais à la retraite, journaliste et plume du journal L'Equipe pendant plus de quarante ans mais aussi écrivain, auteur de quelques livres dont Vie et mort de Marco Pantani, La Nuit de San Remo ou encore Rouler plus vite que la mort. Et sans oublier, lauréat du Prix Jacques-Goddet récompensant chaque année le meilleur article traitant du Tour de France.
Vidéo -
Lire la suite de l'article
Vous nous excuserez le montage vidéo ci-dessus mais les images datent d'avril 2022 lorsque Philippe Brunel a reçu son Prix Jacques-Goddet et de fin juin 2024 où Cyclism'Actu était allé à Cesenatico, sur la tombe de Marco Pantani, lors du Grand Départ en Italie du 111e Tour de France.
Bref, quand Philippe Brunel nous parle de Marco Pantani et de sa vision du cyclisme d'aujourd'hui ! Alors que se dispute actuellement en Italie les Jeux Olympiques de Milan Cortina où le biathlète français Émilien Jacquelin, grand admirateur de Marco Pantani, honore par exemple sa mémoire en participant aux épreuves des JO avec sa boucle d’oreille, prêtée par la famille de Pantani.
What a sweer start of the winter Olympics ❤️
— Giro d'Italia (@giroditalia) February 6, 2026
“It’s my way of paying tribute to him.
Of saying thank you. Of showing that his legacy is still alive — that his story has given children a taste for sport, the desire to push themselves, to dare, to go against the wind and the tide.… pic.twitter.com/DBjSrKFZ9C
"Oh que oui, Marco Pantani me manque car on avait une amitié à vivre..."
Salut Philippe Brunel, c'est Cyclism'Actu... on suppose qu'un zoom vidéo, ce n'est pas possible pour nous parler de l'anniversaire du décès de Marco Pantani... 22 ans déjà ?
Vous avez tout compris, je me suis retiré de tout cela, des interviews, des vidéos et/ou plateau de télévision. Je suis à la retraite donc mon avis... . Mais pour vous, je vais le faire et répondre à vos questions car bravo pour ce que vous faites sur Cyclism'Actu. On se connait et je respecte ce que vous êtes car vous contribuez à un certain romantisme du cyclisme qui n'existe plus trop aujourd'hui. Vous avez du cran, de l'audace. Continuez franchement ce que vous faites et ne vous préoccupez pas de ce qu'on peut dire de vous. Alors pour revenir au sujet... ce que je pense de Marco Pantani ? Déjà je l'ai écrit dans des livres il y a quelques temps mais ok, pour vos jeunes lecteurs, je vais vous parler de Pantani.
Marco Pantani... 22 ans après ?
Marco Pantani ? C'est la tragédie d'une trajectoire ! Marco Pantani, il avait ce visage du grimpeur qu'on ne voit plus aujourd'hui. Pantani, ce 14 février, ok c'est l'anniversaire de sa mort mais c'est avant tout un fait divers. Le Champion, Marco Pantani, c'est autre chose. Cela reste une icône. L'enquête ne dira jamais les raisons de sa mort. Il y a eu un acharnement sur lui. Il n'avait pas de casque quand il roulait à son époque. Il avait son foulard. C'était un Corsaire. Il était plus proche de Charly Gaul que de Lance Armstrong. Il pédalait pour le public, il aimait ça et il aimait surtout les gens. Oui, sa mort, c'est quelque chose de tragique.
Vous étiez amis avec Marco Pantani ?
Avec Marco Pantani, on s'est trouvé lui et moi. Ou c'est lui qui m'a trouvé... qu'importe ! Il m'a pris d'affection, je crois. On se comprenait et on se faisait confiance. J'étais souvent en Italie. J'allais chez lui. J'avais compris qui il était. Peut-être qu'il avait vu en moi un journaliste qui n'était pas journaliste et peut-être aussi parce que j'étais français et pas italien car avec les médias italiens, c'était très souvent conflictuel.
Il faudrait retenir quoi de Marco Pantani même si vous l'avez écrit en 2007 dans votre livre Vie et mort de Marco Pantani ?
Il y a deux choses à retenir pour moi. Pantani avait trouvé une autre forme de langage avec son public. Quand il passait après une course devant son public, ce dernier se taisait alors qu'il était plus que bruyant quand il l'encouragerait aux bords des routes. Pantani avait inventé un nouveau rapport avec le public mais aussi avec les coureurs du peloton. Par exemple, il avait compris avant tout le monde qui était Lance Armstrong. Je me souviens un soir tard, c'était même la nuit, il m'appelle car il voulait faire une interview. Il voulait me dire que Lance Armstrong n'est en fait pas un coureur mais juste le fils de celui qui est allé sur la Lune. Pantani m'avait dit aussi, avant ou après qu'il gagne aux Mont Ventoux sur le Tour de France 2000, car Pantani est quand même lié à la carrière de Lance Armstrong, qu'il était le seul à lui avoir dit, qu'après son cancer s'il cherchait du travail, il aurait été toujours le bienvenu dans son équipe. On sait ce qu'il s'est passé par la suite entre les deux hommes. Des anecdotes, des conversations avec Marco Pantani, j'en ai tellement.
"Le cyclisme d'aujourd'hui, ce n'est plus une matière qui m'intéresse. Pour moi, c'est un milieu décadent"
Il vous manque Marco Pantani ?
Oh que oui, Marco Pantani me manque car on avait une amitié à vivre. Cette mort, ce 14 février il y a 22 ans, il faut vraiment la dissocier du coureur. En Italie, il y avait à cette époque Marco Pantani, et en France, il y avait Richard Virenque. Pour les jeunes internautes qui vont lire, Virenque et Pantani, il y avait un côté fanatique chez les deux. Oui, ce sont deux personnages qui ont des similitudes mais Pantani et Virenque restaient tout de même différent dans leur approche. Richard Virenque méritait mieux. Si on peut résumer ? J'ai une forme d'amitié pour Pantani et j'ai plutôt de la sympathie pour Virenque.
Aujourd'hui, le cyclisme d'aujourd'hui, Tadej Pogacar, Mathieu van der Poel... ?
Je ne veux pas faire l'aigri et le vieux "con" mais le cyclisme d'aujourd'hui ne me plait pas, en fait. C'est devenu un théâtre. Cela devient compliqué comme sport. J'ai coupé avec le cyclisme. J'ai fait 60 ans de ma vie dans le cyclisme. Cela ne me manque pas. Oui, pour parler de Marco Pantani, je veux bien mais des autres non ! Les Pogacar, Vingegaard, Van der Poel et autres, cela ne me fait pas rêver. Si je dois choisir entre Marco Pantani et Tadej Pogacar ? Mon choix est vite fait. Je suis né avec ce cyclisme, un sport de fatigue, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Pogacar et Mathieu van der Poel, désolé mais je n'y crois pas. Cela va peut-être choqué mais c'est ce que je pense. Le cyclisme d'aujourd'hui, ce n'est plus une matière qui m'intéresse.
Même des coureurs français comme Paul Seixas ?
Paul Seixas ? Il ne faut pas aller trop vite. On verra mais comme il n'y pas plus personne en France, on se jette dessus. Souvenez-vous du pauvre David Gaudu, on s'est juste emballé. Paul Seixas, il y a quelque chose et l'avenir le dira si un jour il peut gagner le Tour de France comme l'a fait notre dernier français Bernard Hinault ou notre ami belge, Eddy Merck. Vous savez, le dernier grand coureur français pour moi, c'est Julian Alaphilippe ! Il est peut-être arrivé au bout de son histoire, il a fait et peut-être qu'il fera encore, qui sait ! Mais il a prouvé que c'était un champion. Quant à Paul Seixas, je lui souhaite tout le meilleur mais comme je vous l'ai dit, le cyclisme d'aujourd'hui, ce n'est plus une matière qui m'intéresse.

Philippe Brunel : "Marco Pantani ou Tadej Pogacar ? Mon choix est fait"