Tour de France - Mangeas : «Le plus apte à faire un podium, c'est Pinot»
Tour de France
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Tour de France - Mangeas : «Le plus apte à faire un podium, c'est Pinot»

Quelques jours après la fin de la saison 2021, Daniel Mangeas revient sur Cyclism'Actu pour une nouvelle chronique ! L'ancien speaker du Tour de France a dressé le bilan de cette saison 2021, que ce soit pour les coureurs français ou les stars étrangères, et s'est également projeté sur 2022 en parlant notamment des parcours du Tour de France et du Tour de France Femmes avec Zwift. De Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) à Thibaut Pinot (Groupama-FDJ), en passant par Mathieu van der Poel (Alpecin-Fenix), Wout Van Aert (Team Jumbo-Visma) ou encore Tadej Pogacar (UAE-Team Emirates), tous ces champions ont été évoqués par Daniel Mangeas !

Vidéo - Daniel Mangeas au micro de Cyclism'Actu, bilan et perpective

 

"2021 annonce vraisemblablement un retour à la normale pour 2022"

Daniel Mangeas, que retenez-vous globalement de cette saison 2021 ?

La saison a eu lieu grâce à l'opiniâtreté des organisateurs. Une deuxième année blanche aurait été catastrophique pour le sport cycliste, donc je crois qu'au moment où la saison se termine, on peut tirer un coup de chapeau à tous les organisateurs qui ont tenu à mettre sur pied leurs évènements. Ça aurait manqué à la planète cyclisme et ça aurait également manqué à ces localités qui ont le plaisir et le bonheur d'accueillir le sport cycliste. On regrette que des épreuves comme par exemple les 4 Jours de Dunkerque n'aient pu avoir lieu, mais je pense que 2021 annonce vraisemblablement un retour à la normale pour 2022.

Côté français, ça a été une saison intéressante et captivante, avec bien sûr le deuxième titre mondial de Julian Alaphilippe. Et puis, même si on n'a pas obtenu le podium au niveau du classement général du Tour de France, on a vu par exemple un Guillaume Martin qui a fini huitième du Tour et qui était encore dans le top 10 sur le Tour d'Espagne, et ce malgré une sévère chute. On a également eu une très belle Coupe de France, animée jusqu'au bout et qui a vu la victoire de Dorian Godon.

 

"L'année 2022 s'annonce très bien pour Thibaut Pinot"

Quelle course ou quel moment vous a particulièrement enthousiasmé en 2021 ?

Le Championnat du monde, forcément. Beaucoup ne voyaient pas Julian Alaphilippe obtenir un deuxième titre mondial, et c'est vrai qu'il paraissait un petit peu moins conquérant. Tout le monde voyait Wout Van Aert gagner, mais certains disaient qu'il était tellement favori qu'il ne gagnera pas. Et c'est finalement Julian qui est allé chercher ce titre mondial. C'est vraiment la chose que je retiendrais de 2021. Mais ce qui m'a beaucoup plu également, c'est le retour à la compétition de Thibaut Pinot. D'emblée, que ce soit au Tour du Limousin ou au Tour Poitou-Charentes, il a démontré qu'il revenait bien. Je disais tout à l'heure que l'année 2022 s'annonçait bien pour les organisateurs, mais je pense qu'elle s'annonce également très bien pour Thibaut Pinot.

Ça a été pour moi un moment très fort de la seconde partie de saison que de voir Thibaut réaliser de belles performances. Je me souviens de l'engouement qu'il y avait au départ du Tour du Limousin, au moment de sa rentrée. Thibaut était impatient de retrouver le public et inversement, le public était heureux de le retrouver. Il a été accueilli comme un vainqueur, et l'ovation qui lui a été réservée à son retour le sera également à Julian Alaphilippe lorsqu'il fera des apparitions sur les routes françaises avec le maillot arc-en-ciel.

 

On imagine que la victoire et la prise du maillot jaune de Mathieu van der Poel sur les routes du Tour de France vous ont également spécifiquement marqué ?

Oui, bien sûr. J'étais à l'arrivée ce jour-là, et quand je l'ai vu attaqué dès la première ascension de Mûr-de-Bretagne, je me suis dit que ça allait être difficile de faire une deuxième ascension comme celle-ci. Mais il est allé chercher cette victoire... Et c'est là qu'un ami journaliste, Georges Cadiou, m'appelle et me dit que Mathieu venait très exactement de gagner à Mûr-de-Bretagne 60 ans après son grand-père, Raymond Poulidor, qui y avait gagné une étape de la Mi-août bretonne en 1961. Il y avait donc véritablement une symbolique très forte pour tous les passionnés et les "historiens" du vélo. Cela a forcément ajouté de l'émotion à la joie.

 

"Ce qu'a démontré Wout Van Aert fait de lui un champion hors norme"

On a parlé de Julian Alaphilippe et de Mathieu van der Poel, mais il y a aussi Wout Van Aert, qui, hormis ce couac lors de la course en ligne des Championnats du monde, a fait lui aussi une saison exceptionnelle.

Je crois qu'on n'est peut-être qu'au début de la fabuleuse histoire qui s'annonce concernant la carrière de Wout Van Aert. Ce qu'il a démontré tout au long de la saison fait de lui un champions hors norme. Il brille sur tous les terrains et a toutes les qualités inhérentes à un coureur qui veut être sur le podium et même gagner le Tour de France. Je me souviens avoir asisté il y a quelques années à une discussion entre Raymond Poulidor et Cyrille Guimard, et ce dernier disait : "Tu sais Raymond, ton petit-fils est très fort, mais Wout Van Aert l'égale et est même peut-être plus fort." Raymond avait forcément un peu tiqué (sourire), mais c'est vrai que ce sont deux champions d'exception. Il ne faut pas oublier non plus Remco Evenepoel. Quand on voit la chute qui a été la sienne il y a un peu plus d'un an et son retour à la compétition, je pense que 2021 aura été une année de transition pour lui. Et puis, il y a Tadej Pogacar, bien sûr, qui a déjà gagné deux fois le Tour de France alors qu'il devrait encore être dans la catégorie Espoirs.

Mais il ne faut pas oublier de dire qu'on a également une belle génération de cyclistes en France actuellement. J'ai vu avec plaisir le beau Tour d'Italie de Romain Bardet, ainsi que sa belle victoire d'étape sur les routes du Tour d'Espagne. Il y a également eu celles sur cette Vuelta de Florian Sénéchal et de Clément Champoussin, mais on peut citer aussi Arnaud Démare, malheureux sur le Tour mais qui a terminé sa saison sur une bonne note en remportant Paris-Tours, ou Anthony Perez, qui a animé le dernier Tour de France et pris une véritable dimension sur ce Tour. Et puis, nous avons des coureurs en devenir chez les jeunes, avec notamment notre double champion de France, champion d'Europe et vice-champion du monde Juniors Romain Grégoire, mais aussi Eddy Le Huitouze, Hugo Toumire, Joris Delbove, Kévin Vauquelin... On va vivre de belles années françaises. Je pense qu'on a davantage été au creux de la vague que cela, donc je suis relativement optimiste pour la suite.

 

"Franck Bonnamour, on n'a pas fini d'en entendre parler"

Un coureur vous a-t-il surpris positivement en 2021 de par ses performances ?

Il y a un coureur qui m'a particulièrement fait plaisir cette année, c'est Franck Bonnamour. On savait qu'il avait du talent, il avait été champion d'Europe chez les Juniors, il avait connu le podium sur le Tour du Doubs... Et là, sur un Tour de France qui partait de chez lui, il a obtenu deux places de cinquième, une place de sixième, une place de neuvième, le titre de Super combatif, c'est extraordinaire. Il est parti sans aucun complexe alors que c'était son premier Tour de France, et je dois dire que c'est quelque chose qui m'a épaté. Et quand on voit ce qu'a été la suite de sa saison, que ce soit au Tour du Limousin, au Tour Poitou-Charentes, à la Bretagne Classic ou sur Paris-Tours, je pense que le meilleur est à venir pour Franck Bonnamour. Le grand public l'a découvert cette année et on n'a pas fini d'en entendre parler. Pour moi, c'est vraiment l'une des belles satisfactions de l'année.

J'ai beaucoup aimé également l'éclosion de Benoît Cosnefroy. Il a gagné à Plouay la Bretagne Classic devant Julian Alaphilippe, ce qui était tout de même une sacré performance. Et puis, j'ai vu aussi avec plaisir un coureur qui s'est remis en question - et je ne dis pas ça parce qu'il a gagné la Polynormande chez moi (sourire) - je veux parler de Valentin Madouas. Il a fait ensuite deuxième de la Classic Loire-Atlantique et des Boucles de l'Aulne-Châteaulin, mais a également été très précieux aux côtés de Julian Alaphilippe lors du Championnat du monde, animant le final et mettant sur orbite le futur vainqueur.

 

Et à contrario, est-ce qu'il y a un coureur qui vous a déçu en 2021 ?

J'ai été un petit peu déçu par Nairo Quintana. On sent qu'il est un peu bridé quand on voit ses performances. On a l'impression qu'il y a un palier qu'il n'arrive pas à franchir alors que quand il a fait ses débuts sur le Tour en 2013, il avait les qualités pour réaliser de belles performances. Ma déception vient du fait que je l'aime beaucoup et que j'aimerais qu'il retrouve son niveau d'avant. En 2021, il n'a pas été au niveau qui est le sien, et notamment sur le Tour de France, même s'il a porté pendant quelques jours le maillot à pois de meilleur grimpeur. Mais connaissant son tempérament, il reviendra car il reste un coureur d'une réelle efficacité. 

 

"Le Tour de France Femmes est un beau projet"

On va maintenant se projeter sur 2022, en commençant par évoquer le Tour de France Femmes avec Zwift, qui a désormais une directrice, Marion Rousse, et un parcours. Tout cela doit vous ravir ?

Forcément. J'ai eu cette chance au mlieu des années 1980 de commenter les deux Tour de France, celui des hommes et celui des femmes, qui se déroulait pendant le Tour, la course femmes précédant celle des hommes d'environ deux heures. Elles bénéficiaient donc de la présence de l'immense public du Tour de France et arrivaient sur les Champs-Élysées. En 2022, les données seront un peu différentes puisqu'elles partiront des Champs-Élysées, ce qui est une très bonne chose car on s'aperçoit que le public s'intéresse de plus en plus au sport féminin.

Ce Tour de France Femmes est un beau projet et cela va pouvoir engendrer de nouvelles générations dans le sport cycliste, avec de jeunes concurrentes qui se diront, en regardant le Tour de France féminin, qu'elles auront peut-être un jour la chance d'y participer. Un Monument du sport cycliste est en train de se créer, même s'il faut laisser du temps au temps et qu'on y verra un peu plus clair dans trois ou quatre ans.

 

Le parcours du Tour de France 2022 a également été présenté il y a une quinzaine de jours. Comme Cyrille Guimard, qui expliquait qu'il n'avait jamais vu une telle première semaine, pensez-vous que tout pourrait se passer dans cette dernière ?

Oui, absolument. Ce n'est pas le Danemark, mais je vais souvent en Norvège et le vent y est très souvent présent. Je pense qu'on aura une première semaine qui pourrait peser lourd. On ne saura peut-être pas qui pourra gagner le Tour de France dès la première semaine, mais on peut penser que certains favoris, s'ils manquent de vigilance, de concentration ou de lucidité, pourraient bien débourser quelques dizaines de secondes voire quelques minutes par rapport à leurs adversaires. À mon avis, quand les coureurs reviendront en France après le Grand Départ au Danemark, on aura déjà des écarts assez intéressants au niveau du classement général. Avec le vent, les pavés, la montagne, il faudra en tout cas un bon estomac pour digérer tout ça.

 

"Selon moi, Thibaut Pinot est le Français le plus apte à finir sur le podium du Tour"

Que peut-on souhaiter au cyclisme français en 2022 ?

J'ai vu Oscar Freire plusieurs fois champion du monde, Peter Sagan a aussi obtenu trois fois le titre, donc on souhaite la même chose à Julian Alaphilippe. Et puis ce serait bien d'avoir un Français sur le podium du Tour de France, même si quand on voit la génération de coureurs étrangers qu'il y a, ça sera bien sûr compliqué. On a vu un très beau comportement des Français en 2021 et il faut maintenant viser un peu plus haut. Je souhaite aux cyclistes français de se réaliser pleinement en 2022, et je pense notamment à un garçon qui a beaucoup de talent et qui avait gagné des étapes mythiques sur les routes du Tour de France, Warren Barguil. Il a vraiment été malchanceux en 2021 en chutant sur le Tour, puis en chutant de nouveau en fin de saison. On espère que la roue va tourner pour Warren.

 

Et selon vous, si un Français doit monter sur le podium du Tour de France 2022, lequel a le plus de chances de le faire ?

S'il n'a pas de problème, Thibaut Pinot peut être de ceux-là. Selon moi, c'est le plus apte à finir sur le podium du Tour, tandis que Julian Alaphilippe sera le plus apte à dynamiser et à dynamiter la course. Il pourra au jour le jour semer une belle pagaille.

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Publié le par Nicolas GAUTHIER

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