Tour de France - Warren Barguil : «Je suis toujours là... mon 12e Tour de France»

Par Titouan LABOURIE le 03/07/2026 à 16:49

Tour de France - Warren Barguil : «Je suis toujours là... mon 12e Tour de France»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

À 34 ans, Warren Barguil s'apprête à prendre le départ de son 12e Tour de France. Lauréat de deux étapes et du maillot à pois en 2017, le Breton de la Picnic PostNL aborde cette édition avec prudence après un Giro disputé dans la foulée de son retour de blessure. Entre ses ambitions, son regard sur la nouvelle génération emmenée par Paul Seixas (Decathlon CMA CGM) et son analyse de l'évolution du cyclisme moderne, il s'est confié au micro de Cyclism'Actu avant le Grand Départ.

 

"Je pense aussi à mon premier Tour en 2015..."

Ce sera votre 12e Tour de France. Avec l'expérience, y a-t-il une forme de routine ou le départ de la Grande Boucle reste-t-il toujours un moment à part ?

Non, cela reste toujours magique. Il n'y a jamais de routine parce que le Tour ne part jamais du même endroit. Chaque Grand Départ raconte une histoire différente. Hier, à Barcelone, c'était encore incroyable.


Avec quelles ambitions abordez-vous ce Tour de France ?

J'espère avoir bien récupéré du Giro. J'ai eu une saison un peu particulière après ma grosse chute. Je suis allé sur le Giro sans être à 100 % et cette course m'a surtout servi de préparation pour le Tour. C'est toujours difficile de savoir exactement où l'on se situe. Je sais que la première semaine sera compliquée. En 2023, lorsque j'avais enchaîné Giro et Tour, j'avais déjà souffert lors des premiers jours avant de monter progressivement en puissance. Il y aura rapidement des opportunités pour les échappées. J'espère que ce sera moi ou un équipier qui pourra en profiter. Pour ma part, dès que je me sentirai bien, j'essaierai d'aller jouer devant.


Comment gère-t-on la période entre le Giro et le Tour ? Quelle est la part de récupération et celle de l'entraînement ?

J'ai complètement coupé pendant six jours après le Giro. Ensuite, j'ai repris tranquillement. Chaque jour, je suis en contact avec mon entraîneur pour faire le point sur les sensations et adapter le programme si nécessaire. L'objectif était vraiment de ne pas en faire trop. D'ailleurs, je peux remercier mon entraîneur, Vincent Villerueil. Hier, pendant notre simulation du contre-la-montre par équipes, j'avais un cœur très haut avec la chaleur, preuve que j'arrive frais au départ. C'était le plus important, quitte à souffrir un peu sur les trois ou quatre premières étapes avant d'être mieux sur la suite du Tour. Sur une course de trois semaines, la fraîcheur est primordiale, surtout avec une troisième semaine aussi exigeante.


Le parcours vous convient-il avec une troisième semaine très montagneuse ?

À choisir, j'aurais presque préféré l'inverse. Il y aura énormément d'opportunités pour les échappées dans cette troisième semaine, mais en début de Tour, les équipes contrôleront davantage la course. Je comprends que ce soit plus spectaculaire de voir les favoris se battre pour le classement général, mais j'aimerais bien voir un Tour construit différemment, avec les grandes batailles pour le général au début et davantage de liberté pour les échappées à la fin, quand tout le monde est fatigué.


Quand on dispute son 12e Tour de France, repense-t-on forcément à 2017 ?

Forcément, mais pas seulement. Je pense aussi à mon premier Tour en 2015, où je termine encore dans le Top 20 du général malgré une dernière étape de montagne compliquée. Le Tour reste une course à part. C'est l'événement numéro un de notre sport. Même aujourd'hui, il me fait toujours autant rêver.

 

"Cela fait des années que l'on attend un coureur capable de succéder aux plus grands"

Le cyclisme a énormément évolué. Les jeunes semblent arriver de plus en plus prêts chez les professionnels...

Oui, mais c'est l'évolution de la société en général. Aujourd'hui, tout va plus vite. Les jeunes s'entraînent énormément dès les catégories juniors. Lorsqu'ils passent professionnels, ils sont déjà prêts. On l'a vu avec Remco Evenepoel, on le voit aujourd'hui avec Paul Seixas. Ce sont les premiers d'une nouvelle génération, mais certainement pas les derniers. Les jeunes ont Strava, les réseaux sociaux, ils voient comment les professionnels s'entraînent et reproduisent ces méthodes. À 18 ans, j'étais très loin de tout ça.


Justement, que pensez-vous de Paul Seixas ?

Franchement, c'est une très bonne chose pour le cyclisme français. Cela fait des années que l'on attend un coureur capable de succéder aux plus grands. Même si Tadej Pogacar est extrêmement fort, je pense que Paul pourra rapidement venir le titiller, peut-être dès cette année et encore davantage dans les saisons à venir.


Quel conseil lui donneriez-vous avant son premier Tour de France ?

Je pense qu'il reçoit déjà suffisamment de conseils ! Je vais donc éviter d'en rajouter. Simplement, j'espère qu'il profitera de chaque instant. Il ne faut pas que le Tour devienne une course aux chiffres ou aux statistiques. J'ai l'impression qu'il est assez déconnecté de tout cela et qu'il court avant tout avec plaisir. C'est ce qu'il faut conserver.


Comprenez-vous tout l'engouement médiatique qui l'entoure ?

Oui, je trouve ça très bien. Une génération s'en va, une autre arrive. C'est une excellente nouvelle pour le cyclisme français.


N'en attend-on pas un peu trop de lui pour un premier Tour de France ?

Il est précoce dans tout ce qu'il fait. Je ne vois donc pas pourquoi ce serait différent sur le Tour. Même s'il craque en troisième semaine, ce sera une formidable expérience. Il apprendra énormément. Le Tour de France est une école unique, mille fois plus formatrice que n'importe quelle autre course.


Le 14 juillet reste-t-il une journée particulière pour un coureur français ?

Oui, forcément. J'ai eu la chance de gagner un 14 juillet et aussi de courir cette journée avec le maillot de champion de France. Ce sont des souvenirs incroyables. Cette année encore, le profil semble idéal pour une échappée. C'est évidemment une étape que j'aimerais jouer.

 

"Je suis plutôt old school"

Le contre-la-montre par équipes se disputera avec un règlement inédit, où le temps est pris sur le premier coureur. Que pensez-vous de ce format ?

Je suis plutôt old school. Pour moi, un contre-la-montre par équipes doit rester... un contre-la-montre par équipes. Je préfère quand le temps est pris sur le quatrième coureur, car cela oblige vraiment tout le monde à rester ensemble jusqu'au bout. Après, pour le spectacle, le nouveau format apporte davantage de stratégies. Certaines équipes restent à trois, d'autres explosent très vite. C'est intéressant à regarder, mais personnellement, je reste attaché à l'ancien système.


Le cyclisme moderne accorde une place énorme à la nutrition. Est-il encore possible aujourd'hui de connaître une fringale ?

Oui, bien sûr. J'en ai encore fait une en 2025 sur le Tour de Romandie ! Cela peut toujours arriver. La différence, c'est que tout est beaucoup plus cadré qu'avant. À mes débuts, l'objectif était surtout de manger le moins possible pour rester léger. Aujourd'hui, c'est presque l'inverse : on cherche à absorber un maximum de glucides pour disposer du plus d'énergie possible. Nous étions déjà un peu en avance chez Giant-Shimano à l'époque. Dès 2016 ou 2017, nous avions une nutritionniste qui pesait nos repas et nous poussait déjà à consommer jusqu'à 90 grammes de glucides par heure. Ce qui est devenu la norme aujourd'hui ne nous avait donc pas vraiment surpris.


Vous avez été l'un des premiers Français à rejoindre une grande équipe étrangère. Comment avez-vous vécu cette adaptation ?

Je n'ai jamais pris de cours d'anglais. J'ai eu la chance d'avoir plusieurs Français dans l'équipe, comme Thomas Damuseau, Thierry Hupond, Mathieu Sprick ou Yann Huguet, qui m'ont beaucoup aidé. John Degenkolb aussi m'a tout de suite mis à l'aise, même s'il ne parlait pas français. Finalement, j'ai appris la langue naturellement, au contact de l'équipe. Je peux d'ailleurs avoir une pensée pour mes professeurs d'anglais, qui doivent bien rigoler aujourd'hui ! (rires)


Avez-vous beaucoup travaillé le contre-la-montre par équipes en vue de ce Tour ?

Oui, un peu. Nous ne jouons pas le classement général, donc nous n'avons pas mis tout notre travail là-dessus. En revanche, nous avons insisté sur la communication, qui est essentielle dans cet exercice. Comme pour un train de sprint, chacun doit savoir exactement quoi faire, ne pas se mettre dans le rouge inutilement et s'adapter aux sensations du jour. Une stratégie est définie avant le départ, mais il faut toujours savoir l'ajuster pendant la course.

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