Tour de France - Benjamin Thomas : «Le chrono est un exercice que j'adore»
Par François-Xavier LOUZE le 02/07/2026 à 18:50
L'équipe Cofidis a dévoilé sa composition pour le Tour de France 2026. Ce jeudi 2 juillet, place aux conférences de presses pour certains coureurs. C'est notamment le cas de Benjamin Thomas. À 30 ans, le Français espère pouvoir encore briller sur les arrivées au sprint. Il s'est longuement exprimé au micro de Cyclism'Actu.
"Paul Seixas n'est pas fait du même bois que les autres"
On parle beaucoup de Paul Seixas, vous aussi, entre coureurs français dans l'équipe, vous parlez de lui ?
Ça fait deux jours qu'on est là, on n'a pas encore parlé. Je pense qu'on va en parler forcément, parce qu'il va truster les résultats dès les premières étapes. C'est un peu l'attraction, même si nous, ça fait déjà un petit moment qu'on court avec. Je l'ai vu au Tour Auvergne Rhône-Alpes, franchement, ce qu'il faisait, c'est déjà incroyable. Moi, je l'ai vu dans le fossé après sa chute, j'ai dit « c'est bon, il ne repart jamais ». 30 bornes après, il nous a doublés avec deux équipiers, il roulait à 70 à l'heure dans la vallée pour rentrer, et ils sont rentrés, il fait cinq de l'étape. Je me suis dit « il n'est pas comme les autres ». Le lendemain, il s'est arrêté, je pense, parce qu'il ne pouvait juste pas tenir le guidon à cause de sa chute, mais sinon, au niveau des jambes, je ne pense pas que c'était physique le problème pour lequel il s'est arrêté, c'est juste qu'avec la chute, il ne pouvait pas forcément freiner dans les descentes, et du coup, c'était vraiment dangereux. Mais oui, il n'est pas fait du même bois que les autres.
Vous discutez avec lui dans le peloton un peu en disant « on compte sur toi » ou ainsi de suite ?
Non, non.
Ça n'existe pas, ça ?
Non, pas vraiment. Des fois, on discute un peu. Je me rappelle l'étape où, sur le Dauphiné, je crois que c'était la cinquième ou la sixième, il y a une échappée de 60 mecs qui partent, et il était dans le paquet et je lève la tête et je lui dis « ça sent la journée un peu folle », et puis il me regarde et il me dit « ouais, tu crois ? » et après, il ne s'est jamais rentré. Et c'était un peu une étape folle, mais après, sinon, non, ce n'est pas à moi de lui dire ce qu'il a à faire, mais franchement, je crois que je l'avais félicité un jour pour ce qu'il avait fait, mais sinon, non, ça serait de lui mettre encore plus de pression. Et nous, en tant que Français, on a une certaine solidarité. Moi, je serais content s'il fait un super résultat au classement général ou s'il va gagner une belle étape de montagne. Ça va commencer, pour le général, notamment pour lui, mais pour d'autres, par ce contre-la-montre par équipe. C'est assez rare dans le Tour, mine de rien, ça fait plusieurs années qu'il n'a pas eu lieu, et surtout sur une première étape, ça, ça fait plus de 40 ans.
C'est un exercice vraiment, vraiment particulier ?
Oui, oui, c'est un exercice, moi, c'est un exercice que j'adore, je suis très content que ça démarre comme ça… En général, je suis content quand un grand tour démarre par un chrono ou un prologue. Là, un chrono par équipe, encore mieux, parce que ça met déjà une première hiérarchie aussi dans le peloton. Ça évite une première étape avec, des fois, énormément de chutes parce que des coureurs prennent encore plus de risques parce qu'ils savent que s'ils gagnent, il y a le maillot jaune, comme ça avait été le cas l'an dernier, par exemple, à Lille. Donc, ça met déjà une première hiérarchie et puis c'est une discipline extrêmement belle à regarder et nous, en tant que coureurs aussi, on prend énormément de plaisir sur le vélo. Et là, dans le cadre, avec Barcelone, on va l'arriver à Montjuic, enfin le passage à Montjuic, etc., c'est vraiment un super chrono et puis spectaculaire avec la règle du temps pris sur le premier. Ça permet vraiment aux leaders de faire un sprint à l'arrivée, de les voir en plein effort et de déjà donner une première tendance sur qui est en forme, qui l'est un peu moins. On est au millimètre près sur les relais, sur tout ça, c'est vraiment de la très haute précision sur un exercice. Pour les meilleures équipes, celles qui joueront les premiers rôles, c'est vraiment des coureurs qui ont un feeling, un ressenti incroyable.
Moi, une équipe que je cite souvent en exemple, c'est Netcompany, qui pour moi est une des meilleures équipes sur cet exercice-là, avec des spécialistes et ça se rapproche un peu pour moi de la poursuite par équipe sur la piste où tout est millimétré. C'est des coureurs qui ont vraiment le ressenti de l'allure, qui savent exactement le temps qu'ils doivent rester devant pour ne pas freiner l'équipe, et qui ont aussi la conscience du parcours avec les virages, s'écarter au bon moment pour que l'équipe soit en ligne au moment du virage, prendre le virage juste avec la vitesse qu'il faut pour ne pas mettre en difficulté le huitième coureur. Donc c'est plein de détails qui ne se voient pas forcément à la télé, mais qui font qu'une équipe va vite, ce n'est pas que les watts, c'est vraiment une discipline où il faut énormément de cohésion et de l'expérience. Deux questions encore rapidement sur le profil, le tracé d'une manière générale de ce tour. On dit un peu de l'extérieur que c'est parti pour aller un peu crescendo.
"Je pense qu'on aura des étapes folles"
Est-ce votre sentiment, ou est-ce que tous les Tours sont quand même compliqués, tous les tracés ? Comment voyez-vous ça ?
Oui, c'est parti pour être crescendo au niveau du dénivelé. C'est sûr qu'on regarde les dénivelés de la dernière semaine, comparé à la première semaine, c'est pas le même. Mais après, je me rappelle les étapes l'an dernier où il n'y avait pas forcément 2000 mètres de dénivelé, mais ça roulait à 48 de moyenne et c'était des journées infernales où on laissait beaucoup de gomme. Donc ça peut être aussi très difficile dans la première semaine. Je suis content qu'il y ait déjà le Tourmalet dès le début, l'étape du Tourmalet, ça va un peu faire le classement général et aussi mettre un peu d'ordre dans les équipes et faire qu'on va dire que ça roule plus contrôlé, enfin je l'espère. Mais après, je pense qu'on aura des étapes folles encore, comme chaque Tour de France, des étapes où on dirait « il ne devait rien se passer, au final il s'est passé des trucs de fous ».
Et un autre thème qui n'est pas le vélo, c'est la Coupe du monde de foot, vous la suivez ou pas ?
Oui, hier on a suivi parce qu'on a pas mal de coureurs belges dans l'équipe. Moi, perso, je suis allé me coucher quand il y avait 2-0 et j'ai dit « c'est mort, ils sont éliminés ». Puis ce matin, je me réveille, je vois qu'ils sont passés. Ils avaient tous le sourire ce matin. Mais oui, on suit, on a suivi aussi le match de l'équipe de France l'autre jour et on ne regardera peut-être pas samedi soir, ça va être un peu tard, on ne regardera peut-être pas tout le match, mais on en discute entre nous et c'est un petit fil rouge.
Ça vous plaît ? Vous l'appréciez cette équipe de France ?
Ah oui, oui. Vous êtes un peu plus que d'autres ? Oui, je suis en chambre avec Hugo Page qui suit énormément le foot. Et oui, ça fait plaisir l'équipe de France, ça joue bien, ça respire le football. Je ne suis pas un grand fan de football, mais là je regarde, je suis un peu, et franchement ils font plaisir. Il y a des joueurs qui sont exceptionnels, mais ce qu'il faut avoir c'est le collectif et que personne ne se croit au-dessus des autres et ça respire le foot.
Ils peuvent aller loin ?
Oui, je pense qu'ils vont gagner, oui. Moi, mon prono, c'est qu'ils gagnent.
