INTERVIEW - Bobby Julich : «On veut voir plus d’Américains sur le Tour de France»
Visiblement c'est d'actualité vu ce qu'il passe actuellement entre les USA de M. Président Donald Trump et l'Europe voire la France de M. Président Emmanuel Macron ! Bref, on va éviter de faire de la politique car cela nous dépasse mais surtout cela nous ennuie, pardon ils nous ennuient quelque peu, pour être honnête ! Le sujet du moment sur Cyclism'Actu concernant l'Europe, la France et les USA ? C'est de vous présenter la nouvelle équipe Modern Adventure. Ancien pilier du peloton international, notamment vainqueur de Paris-Nice en 2005, 3e du Tour de France 1998 et médaillé d'argent sur aux Jeux Olympiques de 2004, Bobby Julich est de retour en Europe avec une ambition claire : rouvrir la voie aux coureurs américains. Devenu manager de la performance de la nouvelle équipe Modern Adventure, créée par George et Richard Hincapie, l’ex-coureur américain veut bâtir un projet à long terme, sans pression immédiate de résultats, mais avec une ligne directrice forte : former, accompagner et redonner des perspectives à une génération privée de débouchés. Pour Cyclism’Actu, Julich détaille sa vision, ses ambitions et les enjeux d’un cyclisme américain en quête de renouveau.
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"Être au départ du Tour de France d’ici cinq à six ans"
Bobby Julich, bienvenue sur Cyclism'Actu. Pour ceux qui ne vous connaissent pas ou qui ne vous ont pas vu courir, pouvez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Bobby Julich. J’ai été coureur professionnel pendant 16 saisons et j’ai mis un terme à ma carrière en 2008. Ma retraite a été assez facile à vivre. Après avoir passé autant de temps en Europe et roulé à vélo depuis l’enfance, j’étais heureux de tourner la page, tout en restant impliqué dans le cyclisme sous différentes formes : coaching, consulting, podcast, chronique…
Aujourd’hui, me voilà chez Modern Adventure Pro Cycling en tant que manager de la performance pour les prochaines années. Je suis vraiment enthousiaste à l’idée de revenir en Europe, au plus haut niveau, avec une équipe ProTeam.
Quel a été votre parcours depuis la fin de votre carrière, il y a presque vingt ans ?
Entre 2009 et 2016, peu de choses ont changé. Je partageais toujours mon temps entre l’Europe et les États-Unis pendant l’intersaison et j’ai travaillé pour plusieurs équipes WorldTour. En 2016, nous avons décidé de rentrer définitivement aux États-Unis afin d’offrir à nos filles une scolarité américaine, du lycée jusqu’à l’université. Je suis resté très proche du cyclisme, sous de nombreuses formes, sans toutefois beaucoup voyager en Europe. Le départ du Tour de France à Lille, l’an dernier, a été la première course européenne à laquelle j’assistais depuis 2015-2016. Prendre un peu de recul m’a fait du bien, mais je n’ai jamais cessé de suivre chaque course possible. Lorsque l’opportunité s’est présentée avec George et Richard Hincapie, deux de mes plus anciens amis dans le cyclisme, pour créer une nouvelle équipe et rouvrir la voie vers l’Europe pour les coureurs américains, j’ai tout de suite été intéressé. Quand George et moi sommes devenus professionnels, le chemin vers l’Europe ressemblait à une autoroute à quatre voies. Depuis une dizaine d’années, il s’est considérablement rétréci. Notre objectif est de l’élargir à nouveau et d’offrir aux jeunes les opportunités que notre génération a connues. C’est un véritable retour aux sources.
Avec quelle ambition avez-vous rejoint ce projet et quel sera précisément votre rôle ?
Je suis manager de la performance. Avec George et Richard, nous cherchons à prendre les meilleures décisions possibles. Nous avons recruté des personnes remarquables et des coureurs intéressants, parfois un peu inexpérimentés, mais motivés et prêts à se donner à 100 %. Nous bénéficions d’un engagement de sponsoring d’au moins six ans, ce qui nous permet de construire de manière organique, sans pression immédiate de résultats. Gagner des courses n’est pas l’objectif numéro un. L’idée est de donner de l’expérience aux coureurs, car le cyclisme est avant tout un apprentissage permanent.
Nous repartons d’une feuille blanche : pas de propriétaire omniprésent, pas de pression démesurée des sponsors, pas de règles héritées de décennies passées. C’est aux coureurs et au staff d’écrire l’histoire de l’équipe. Mon principal souhait est que l’équipe suscite de l’enthousiasme, notamment pour le cyclisme américain, qu’elle véhicule une image saine et professionnelle, et que les coureurs prennent du plaisir. La performance viendra avec le temps. L’objectif ultime est clair : être au départ du Tour de France d’ici cinq à six ans.
Route - La nouvelle équipe Modern Adventure de George Hincapie et ses 20 coureurs #ModernAdventure #Hincapie #DeBod #Pickrell https://t.co/qhMFgnNyxF
— Cyclism'Actu (@cyclismactu) November 17, 2025
"Réouvrir la voie vers l’Europe pour les Américains..."
Dès 2026, vous allez disputer le Tour de Catalogne, votre première course WorldTour. Quelles sont vos ambitions à court terme ?
Il est même possible que nous disputions une course WorldTour avant le Tour de Catalogne, ce qui est assez inédit pour une nouvelle équipe. Nous devons rester lucides, bien communiquer sur nos ambitions et accepter que tout cela soit un processus d’apprentissage. Je suis partisan d’une progression étape par étape, mais il semble que nous soyons directement plongés dans le grand bain. Refuser ces opportunités serait trop conservateur. Notre priorité est de créer de l’enthousiasme, aussi bien pour nos coureurs que pour de nouveaux fans, notamment aux États-Unis. Notre équipe est composée à 50–60 % d’Américains, mais aussi de jeunes talents internationaux qui nous aideront à atteindre nos objectifs. Nous savons que ce projet est un marathon, pas un sprint. Nous serons moins armés, moins expérimentés, mais prêts à apprendre et à progresser.
Quel est l’objectif final de ce projet ?
Offrir aux coureurs que nous accompagnons les mêmes opportunités que celles que nous avons eues. Le cyclisme est l’un des sports les plus exigeants au monde, avec énormément de hauts et de bas. Nous voulons fournir un environnement stable et un vrai soutien. Beaucoup d’équipes parlent de devenir les meilleures du monde, mais ce serait prématuré pour nous. Si nous faisons bien notre travail, les coureurs décideront jusqu’où ils peuvent aller.
Pourquoi est-il aujourd’hui plus difficile pour les coureurs américains d’accéder au WorldTour qu’à votre époque ?
Quand j’étais jeune, il y avait des courses tous les week-ends aux États-Unis. Le calendrier était dense et de grande qualité. Aujourd’hui, il est quasiment vide. Sans courses, il est difficile de susciter des vocations. Certains Américains brillent déjà en WorldTour, mais ils ont dû passer par un parcours extrêmement difficile. Et que devient le niveau juste en dessous de l’élite ? Ces coureurs sont souvent oubliés. Venir seul en Europe est très compliqué. Si nous pouvons inspirer la prochaine génération et leur offrir un cadre, alors nous aurons réussi.
L’exemple de Matteo Jorgenson illustre bien ce parcours compliqué. Voulez-vous simplifier ce chemin vers les meilleures équipes ?
Exactement. À moins d’être un talent exceptionnel, il est très difficile de quitter son pays, sa famille, son environnement. Si nous pouvons accompagner ces jeunes et leur offrir des opportunités, tout devient possible. Matteo n’était pas le meilleur chez les juniors ni chez les espoirs, mais il a travaillé dur et cru en lui. Aujourd’hui, il est l’un des meilleurs coureurs du monde. Si nous formons des coureurs et que de grandes équipes s’y intéressent, nous devrons parfois les laisser partir pour des raisons budgétaires. Mais voir plus d’Américains sur le Tour de France et dans les plus grandes courses, c’est une réussite en soi.
"Le nom de l’équipe, Modern Adventure, résume parfaitement ce que nous vivons"
Quelles sont les plus grandes évolutions du cyclisme depuis 15 à 20 ans ?
Le professionnalisme des jeunes générations est impressionnant. Nutrition, entraînement, récupération, aérodynamique, technologie… tout a changé. Ce qui peut sembler extrême pour l’ancienne génération est aujourd’hui la norme. Peser sa nourriture, faire du heat training, enchaîner les longues heures sur home trainer, vivre en altitude pendant des semaines… c’est le quotidien. Notre rôle est de leur offrir un cadre, de leur permettre de faire des erreurs, d’apprendre, de progresser, et de devenir de meilleurs coureurs, mais aussi de meilleurs hommes. Le nom de l’équipe, Modern Adventure, résume parfaitement ce que nous vivons.
Pouvez-vous citer quelques coureurs à suivre cette saison ? On connaît déjà Leo Hayter, Stefan De Bod et autres, mais pouvez vous nous citer des talents encore peu connus ?
Nous n’avons pas sélectionné les coureurs uniquement sur les datas ou les résultats, mais sur leur caractère et leur capacité à s’intégrer au projet. Au-delà des noms déjà connus comme Leo Hayter, Stefan De Bod, Tyler Stites ou Robin Carpenter, je citerais Ezra Caudell, Byron Munton et Lucas Towers. Ce sont peut-être eux la prochaine génération capable de s’imposer dans le peloton européen.
Que peut-on vous souhaiter pour la saison 2026 ?
De saisir les opportunités quand elles se présentent, sans être intimidés. Nous voulons inculquer confiance, détermination et envie. Le cyclisme reste un sport : on perd plus souvent qu’on ne gagne, et ce n’est pas grave tant qu’on apprend et qu’on prend du plaisir.

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