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Coronavirus - Que retenir du début de saison féminin avant le virus Photo : Cadel Evans Great Ocean Road Race

Coronavirus - Que retenir du début de saison féminin avant le virus

Comme pour leurs collègues hommes, les cyclistes féminines ont vu leur saison être interrompue pour une durée indéterminée. Peu de conclusions peuvent être tirées des premières courses, essentiellement océaniennes, qui ont été disputées entre les championnats d'Australie et Le Samyn des Dames. Les stars ont peu couru, les grands objectifs étaient tous à venir et une bonne partie des athlètes étaient encore mobilisées par la piste et le cyclo-cross. Les quelques épreuves disputées ont pourtant fourni un bon divertissement avec des rebondissements inattendus et des équipes qui relèvent la tête après une année 2019 compliquée.

Annemiek van Vleuten championne du monde 2019

 

La Team Sunweb renoue avec la victoire

Une seule victoire : c'était le triste bilan de l'équipe Sunweb au terme de l'année 2019. La statistique semblait inconcevable tant l'effectif était offensif, riche et homogène... Peut-être trop homogène. En effet, si Sunweb était collectivement impressionnante, ses leaders Lucinda Brand et Coryn Rivera avaient déçu. La Néerlandaise a d'ailleurs changé d'horizons et hiver, forçant ses anciennes équipières à prendre la responsabilité du leadership. Dès la première étape du Tour Down Under, on les retrouve déterminées à performer avec Leah Kirchmann, Juliette Labous et Liane Lippert en première ligne. L'Allemande joue la victoire finale face à Amanda Spratt et Ruth Winder mais échoue finalement à la deuxième place pour cinq secondes. Sunweb rafle néanmoins tous les classements annexes : montagne, jeune (Lippert), points (Kirchmann) et équipe : de bon augure.

Lors de la Cadel Evans Great Ocean Road Race, l'équipe, bien positionnée, évite l'énorme chute du final et se retrouve en surnombre avant les dernières difficultés. Leurs trois leaders Lippert, Kirchmann et Labous basculent parmi les 12 favorites au sommet de Challambra. Lippert place l'attaque décisive dans la côte suivante et remporte en solitaire à Geelong ce qui sera l'unique course World Tour avant plusieurs mois. Lippert signe à 22 ans son premier succès World Tour qui permet déjà à l'équipe d'égaler son score de 2019. La bonne dynamique s'est aussi vue avec Floortje Mackaij lors du le Circuit Het Nieuwsblad. Impressionnante sur les pavés, elle l'est encore davange dans le Mur de Grammont où elle essaye de tenir Annemiek van Vleuten. Elle est la dernière à céder et prend une troisième place méritée à Ninove. La trêve forcée ne permettra pas de dire si Mackaij aurait pu jouer avec les meilleures pendant toute la campagne des classiques.

 

Spratt vaincue sur ses terres, Kennedy sauve l'honneur de justesse

Comme chaque année en hiver, l'équipe Mitchelton-Scott jouait à domicile en Australie. Collectivement dominante, ses leaders ont pourtant connus plusieurs revers : Grace Brown a perdu son titre national sur le contre-la-montre au profit de Sarah Gigante et Amanda Spratt a été battue sur un parcours moins favorable aux grimpeuses par Ruth Winder sur le Tour Down Under dont elle était la triple tenante du titre. Spratt a toutefois obtenu deux succès de prestige avec le titre national sur route (son troisième) et l'étape reine du Tour Down Under. Elle a également fini troisième de la Cadel Evans Great Ocean Race, impuissante face à Liane Lippert.

La saison australienne s'est achevée par l'Herald Sun TourLucy Kennedy défendait son titre. Les Mitchelton-Scott ont fait exploser la course dans des bordures lors de la première étape gagnée au sprint par la redoutable Arlenis Sierra (deuxième à Geelong quelques jours plus tôt). La sprinteuse-puncheuse Cubaine s'est défendue avec ardeur le lendemain dans la longue ascension de Falls Creek en résistant aux multiples assauts de Kennedy. Elle a craqué au moment où on ne l'attendait plus à 500 mètres de l'arrivée, Ella Harris remportant au courage cette étape au scénario improbable. Troisième au sommet, Kennedy gagne le général et fait de cette campagne de janvier une réussite globale pour sa formation.

 

Van Vleuten et Van der Breggen étaient prêtes

La pandémie a-t-elle empêché le déferlement d'une nouvelle vague orange sur les courses européennes? Les résultats des quelques classiques disputées le laissent penser. Mise à part Marianne Vos, blessée à l'aine, toutes les leaders néerlandaises étaient en forme à commencer par Annemiek van Vleuten qui a remporté avec autorité le Circuit Het Nieuwsblad : sa première et unique course disputée avec le maillot arc-en-ciel. Lorena Wiebes s'est imposée le lendemain sur le Circuit de l'Hageland en se faisant discrète dans une course très mouvementée qui s'est tout de même achevée au sprint. Enfin, en "clôture" de saison, Chantal Blaak (désormais Van den Broek-Blaak) a réalisé un gros numéro sur le Samyn des Dames qu'elle gagne au terme d'une échappée solitaire de 60 kilomètres.

Nous n'avons pas eu le droit à une confrontation entre Annemiek van Vleuten et Anna van der Breggen, la championne olympique ayant déclaré forfait pour le Circuit Het Nieuwsblad. Toutefois, elle avait eu l'occasion de briller lors de la Semaine Cycliste Valencienne : une course à étapes de quatre jours qu'elle a remporté grâce à une victoire à Finestrat dans son style spécifique : en solo après une attaque dévastatrice à plus de 30 kilomètres de l'arrivée. On notera cependant que Van der Breggen s'est employée sérieusement pour sauver son maillot de leader lors de la dernière étape menant à Vila-Real où elle a subi de nombreuses attaques.

 

Bastianelli sur les mêmes bases qu'en 2019

La madre volante a montré une belle forme en ce début d'année. De retour chez Alé BTC Ljubljana après une saison exceptionnelle passée dans la défunte équipe Virtu, Marta Bastianelli n'a jamais quitté le podium en trois courses disputées : deuxième est sa plus mauvaise performance. Elle a débuté pour une victoire nette au sprint sur la Vuelta CV. La championne d'Italie n'a rien pu faire contre Van Vleuten dans le Mur de Grammont, finissant deuxième du Circuit Het Nieuwsblad comme en 2019. Le lendemain, elle a montré sa force sur le Circuit de l'Hageland mais a probablement adopté une stratégie trop conservatrice en misant sur un sprint où Wiebes l'a battue.

Vainqueure l'an passé du Tour de Drenthe et du Tour des Flandres, Bastianelli aurait dû être l'une des grandes favorites des classiques pavées. La déception a rapidement disparu devant l'inquiétude de la situation sanitaire en Italie : "Pendant que le reste du monde se demande quand "Quand reprendrons-nous la compétition?", [...] ici nous nous demandons quand ce cauchemar s'arrêtera" écrivait-elle sur son compte Instagram.

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Mentre nel resto del mondo si chiedono; quando torneremo alle gare? ... quando ci sarà la prossima competizione? ... Qui in Italia,anche se siamo fiduciosi, iniziamo a chiederci, quando finisce tutto questo incubo? quando possono tornare i nostri bambini a scuola? tutti a lavoro, ad andare dalla nostra famiglia lontana, a fare visita a chi non sta bene, o fare una passeggiata al mare, andare tutti in bici, o semplicemente andare a prendere un gelato visto che siamo chiusi in casa e possiamo uscire solo per necessita importanti o di lavoro.... per noi è concesso allenarci (perché è un lavoro) ma per alcuni di noi neanche con troppa tranquillità ... Insomma inizia a mancare la vita quotidiana e a pensare a quanto meno importante sia una corsa in bicicletta ... Invito tutti a riflettere ! . . . While in the rest of the world they wonder when, will we go back to competitions? ... when will the next competition take place? ... Here in Italy, even if we are confident, we begin to ask ourselves, when does this nightmare end? when can our children go back to school? all at work, to go to our distant family, to visit who are not well, or take a walk to the sea, go all by bike, or simply go to get an ice cream, since we are closed at home and we can only go out to needs important or work .... for us it is allowed to train (because it is a job) but for some of us even with too much peace of mind ... In short, daily life begins to fail and to think about how less important a bicycle race is ... I invite everyone to reflect!

Une publication partagée par Marta Bastianelli (@marta_bastianelli) le 13 Mars 2020 à 2 :16 PDT

 

Recrutement gagnant pour FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope

Depuis l'arrivée du sponsor FDJ en 2017, l'équipe française gagne peu. Certes, les deux titres de championne de France sur route de Charlotte Bravard puis de Jade Wiel étaient prestigieux mais FDJ-Nouvelle Aquitaine-Futuroscope peinait à rivaliser au niveau international. Avec l'accession au rang de World Team, il fallait que cela change. C'est pourquoi deux recrues importantes sont arrivées cet hiver : Brodie Chapman et Cecilie Uttrup Ludwig. L'extravagante Danoise n'a malheureusement pas pu encore s'exprimer mais l'Australienne a brillé à domicile en janvier en se montrant offensive sur le Tour Down Under puis sous la canicule de la Race Torquay : sortie à 45 kilomètres de l'arrivée, Chapman a profité d'un peloton passif pour prendre de l'avance. Elle s'est faite rejoindre successivement par trois contre-attaquantes qu'elle a surprises dans le final afin de gagner en solitaire.

Fortes de ce succès encourageant, les dames du trèfle ont couru agressivement lors de la Cadel Evans Great Ocean Race où Jade Wiel a valorisé son maillot tricolore dans une longue échappée. Présente parmi les favorites, Chapman rafle le classement des grimpeuses mais a été battue pour la victoire (10e). Le retour en Europe a été plus compliqué : l'équipe a loupé la bonne échappée sur le Circuit du Het Nieuwsblad, les forçant à une chasse ingrate au sein d'un peloton de battues. Un scénario quasi similaire s'est reproduit le lendemain au Circuit de l'Hageland à la différence que les échappées n'ont finalement pas tenu. Grâce à un énorme travail de poisson-pilote d'Eugénie Duval dans le dernier kilomètre, Emilia Fahlin s'est retrouvée en bonne position pour le sprint qu'elle achève en quatrième position. Le résultat est très bon pour la Suédoise qui avait longtemps été écartée des compétitions à cause d'une blessure à la tête.

 

Bigla-Katusha hausse son niveau

Dans la lignée de leur bonne seconde partie d'année 2019, Bigla-Katusha a réalisé l'un des meilleurs début de saison du peloton féminin. Peu attendue, la formation suisse a impressionné par sa force collective à chacune de ses apparitions. Niamh Fisher-Black a ouvert le compteur en devenant championne de Nouvelle-Zélande puis l'équipe a obtenu deux victoires d'étape lors de la Semaine Cycliste Valencienne : au sprint avec Emma Norsgaard puis en échappée avec Leah Thomas sur une dernière étape difficile et  très mouvementée. Si Van der Breggen était intouchable, les Bigla-Katusha ont trusté les places d'honneur, finissant à trois dans le top 5 final dont un podium pour Clara Koppenburg (2e).

On a revu cet effectif aux avant-postes sur les classiques européennes, Lizzie Banks a joué avec les meilleures sur le Circuit Het Nieuwsblad, une petite faiblesse au sommet du Bosberg l'empêchant de jouer le top 5 (sixième à l'arrivée). La championne de Suisse Marlen Reusser a montré de belles capacités et un comportement offensif que l'on a retrouvé le lendemain au Circuit de l'Hageland. Emma Norsgaard finit troisième de cette course derrière Wiebes et Bastianelli, confirmant la force de l'équipe sur tous les terrains. Sans grande individualité, Bigla-Katusha rivalise désormais avec les meilleures équipes du monde.

Membre de l'équipe mais aussi diplômée en médecine, Elise Chabbey a mis sa carrière de cycliste entre parenthèses pour rejoindre les soignants des Hôpitaux Universitaires de Genève et aider à la lutte contre les conséquences du SARS-CoV-2.

 

Chloé Dygert affole les chronomètres

La nouvelle championne du monde du contre-la-montre Chloé Dygert Owen n'a pas fait d'apparition sur la route cet hiver. Elle a été très active sur la piste, devenant la star des Mondiaux de Berlin où elle a battu deux fois son propre record du monde de la poursuite. Son précédent temps de 3'20''060 a été amélioré de trois secondes : 3'17''283 en qualifications puis 3'16''937 en finale. Sa présence a également été déterminante lors du succès des Américaines en poursuite par équipes.

Quant aux autres compétitions, on retiendra le grand chelem des Allemandes sur les épreuves de sprint : le 500 mètres pour Lea Friedrich, le keirin et la vitesse pour Emma Hinze, aussi titrée en vitesse par équipes avec Pauline Grabosch. La Coupe du Monde avait pourtant été dominée par les Asiatiques Lee Wai Sze et Lee Hye-jin qui ont dû se contenter de médailles moins prestigieuses.

Les épreuves d'endurance ont réservé plusieurs surprises. Kirsten Wild, star de ces disciplines, a obtenu son troisième titre mondial en scratch ainsi que son second consécutif à l'Américaine en association avec Amy Pieters en devançant nettement les Françaises Marie Le Net et Clara Copponi. La Néerlandaise a toutefois eu beaucoup moins de réussite sur les autres compétitions. L'autre favorite Jennifer Valente (vainqueure de deux classements généraux de Coupe du Monde) a pris à chaque fois la médaille d'argent sur le scratch et la course aux points, surprise sur cette course par Elinor Barker. L'Omnium a donné lieu à un scénario étonnant : une chute des favorites lors du scratch et le déclassement de Wild ouvrant la porte à la jeune Japonaise Yumi Kajihara, vainqueure des Coupes du Monde d'Hong Kong et Cambridge.

 

Une reprise au Giro Rosa?

Maintenant il ne reste qu'à attendre que la situation sanitaire retrouve un niveau suffisant pour permettre aux athlètes de s'entraîner et aux courses d'être organisées. La plupart des épreuves World Tour ont été annulées ou reportées. Par un coïncidence fortuite, le Tour de Californie et l'Emakumeen Bira avait déjà disparu du calendrier en raison de problèmes de financement, libérant ainsi tout le mois de mai : pas d'impact donc à ce niveau. Le Women's Tour qui devait se tenir début juin en Grande-Bretagne a été officiellement reporté. Ce n'est pas encore le cas pour le Tour d'Italie programmé du 26 juin au 5 juillet. Comme ceux du Tour de France, les organisateurs du Giro Rosa n'ont pas décidé une annulation pour l'instant mais ont néanmoins reporté la présentation du parcours, lequel devrait se tracer essentiellement en Italie du centre et du sud afin d'éviter le nord infecté.

Si la course rose devait aussi être rayée du calendrier, les coureuses pourraient effectuer leur rentrée sur les Champs-Elysées à l'occasion de La Course by Le Tour de France prévue le 19 juillet. Cet avenir reste lointain et il faudra se montrer patient avant d'avoir des réponses.

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Publié le par François D'Hubert

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