ITW - Poulmaire : «Ce projet Mavic est un peu le réveil des Gaulois»
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Photo : @DidierPoulmaire

ITW - Poulmaire : «Ce projet Mavic est un peu le réveil des Gaulois»

Placée en redressement judiciaire au début du mois de mai, la société Mavic attend un nouveau repreneur. Et ce ne sont pas les prétendants qui manquent à l'appel puisque quatorze dossiers de reprise - dix français et quatre étrangers - ont été déposés jusqu'à la date limite du 19 juin pour l'équipementier de l'industrie du cycle. Le plus médiatisé d'entre eux est assurément celui mené par l'avocat Didier Poulmaire et Ronan Le Moal, l'ex-directeur général du Crédit Mutuel-Arkéa, les deux hommes étant notamment soutenus par Bernard Hinault, l'une des légendes du cyclisme français. Désireux de présenter un projet humain et innovant, Didier Poulmaire s'est confié au micro de Cyclism'Actu et a défendu avec conviction les idées en lesquelles lui-même et son équipe croient plus que tout.

Vidéo - Didier Poulmaire : "Mavic a une dimension symbolique forte"

 

Didier Poulmaire, vous avez déposé votre dossier de reprise de Mavic. Quels en sont les axes principaux ?

C’est un projet centré sur le regroupement de personnes qui connaissent bien le vélo. Nous avons notamment avec nous un industriel, une personne également qui connaît bien le monde des affaires, en l’occurrence Ronan Le Moal, et une personne qui connaît peut-être mieux le vélo que tout le monde, à savoir Bernard Hinault. Ce dernier est un peu le leader charismatique du groupe. Et nous sommes également entourés de personnalités qui ont vécu le vélo ces dernières années sous un angle économique. Nous avons essayé de dessiner un projet qui reconcentrerait Mavic sur ses forces, notamment la fabrication de roues, et qui innoverait.

Il faut que Mavic reconquière le marché avec de l’innovation. Nous avons aussi un programme de dynamisation commerciale avec les détaillants, nommé Mavic 2024, et vis-à-vis des consommateurs, nous avons mis en place un système de socios, qui permet à tous les amoureux de la marque d’entrer dans l’histoire de Mavic. Il s’agit véritablement de recentrer Mavic sur ses bases, sur ce qui a fait sa force, et aussi d’innover car cette volonté s’est un perdue ces derniers temps.

 

La France ne peut pas lâcher Mavic !

Personnellement, comment cette idée de vous lancer dans un tel projet est-elle venue ?

Les athlètes préparent les Jeux olympiques, et moi je prépare les "Jeux économiques". On a une belle séquence de sport qui s’est ouverte et qui va nous emmener jusqu’aux JO de Paris 2024, et je me suis dit qu’il y avait véritablement des enjeux économiques forts à venir. L’industrie du sport est challengée depuis quelques années par de nombreux acteurs et je me suis dit qu’il y avait une dimension symbolique forte chez Mavic puisqu’au moment où on nous dit que le marché du vélo explose et qu'il est le moyen de mobilité de demain, vous avez une entreprise plus que centenaire qui se casse la figure. J’ai donc trouvé que c’était un symbole fort et qu’il fallait se mobiliser autour d’une société comme celle-ci.

Elle a animé le développement du cyclisme mondial, avec une vitrine française très forte, et elle se retrouve challengée par des industries venant de l’étranger. Beaucoup de groupes sont venus attaquer la France au niveau de l’industrie du vélo, et avec ce projet, c’est un peu le réveil des Gaulois, le réveil des amoureux du vélo. La France ne peut pas lâcher un tel fleuron. Je ne suis pas un repreneur en tant que tel, je n’ai pas vocation à reprendre Mavic à titre personnel, mais j’ai trouvé intéressant de fédérer des personnes et des experts dont je pensais qu’ils pourraient ensemble bâtir un beau projet.

 

"Bernard Hinault a vraiment envie de se retrousser les manches..."

On sent réellement que votre projet est porté sur l’humain, avec cette volonté de garder le plus d’employés possibles (110 sur les 250 actuels) et de maintenir en vie l’usine de Saint-Trivier-sur-Moignans ?

Depuis quelques années maintenant, des gens, portés par des fonds d’investissement et parce qu’ils ont l’argent, sont venus faire leur marché en France et sont venus récupérer des entreprises qui avaient une belle histoire. Mais à ma connaissance, il n’y a pas de très belles réussites. Je suis tombé un peu des nues lorsque j’ai lu que les salariés de Mavic ne savaient même pas qui étaient leurs actionnaires. C’est un peu le symbole du capitalisme fou. On joue un peu avec les gens, avec les histoires, et ce qu’on essaye de faire, c’est d’alerter et d’essayer de signer un coup d’arrêt pour ces rachats sans queue ni tête et qui manquent de rationalité.

 

Bernard Hinault est donc à vos côtés dans ce projet. A-t-il été difficile à convaincre ?

Bernard Hinault, c’est quelqu’un que je trouvais incroyable lorsque je le regardais à la télé étant petit. J’ai eu beaucoup d’émotion et de fierté à le rencontrer, et j’ai trouvé quelqu’un de passionnant. Il a très rapidement compris quel était l’enjeu sur le plan humain. Il avait toutes les raisons du monde de dire que ces combats-là n’étaient pas pour lui et qu’il avait assez donné durant sa carrière... Mais il a compris qu’il y avait une dimension de sursaut national et de rendre au vélo ce qu’il faut lui rendre. Qu’un cycliste se retourne vers des hommes de Mavic en difficulté alors que c’est le contraire sur les routes, je trouve cette image formidable. Et au-delà de l’effet du nom, qui est ce qu’il est mais qui n’est vraiment pas ce qui nous intéresse, on a trouvé en face de nous quelqu’un qui est rentré dans le détail et qui s’interrogeait sur la manière dont il pourrait s'intégrer dans le projet.

Il a vraiment envie de se retrousser les manches et d’aller voir s’il ne peut pas donner un coup de main aux ingénieurs et apporter son expérience et sa vision des choses. J’ai découvert un homme passionné par la mécanique et l’évolution du vélo. Son ouverture d’esprit et son intelligence justifient sa présence au sein de notre projet. On ne peut pas prendre un champion pour prendre un champion, il y a beaucoup d’enjeux humains et j’ai trouvé qu’il était vraiment en phase avec ce qu’on pouvait attendre d’un grand champion et surtout d’un homme intelligent. C’est un très beau message pour la jeunesse et pour le sport de voir une telle personnalité mouiller ainsi le maillot pour une marque, et j’en ai été surpris, pour laquelle les gens ont un véritable attachement. La dimension affective des cyclistes avec la marque est vraiment incroyable.

 

"Les femmes et les hommes de Mavic ont besoin de savoir où ils vont"

Quelles sont les prochaines étapes désormais avant la décision finale ?

On va présenter notre projet devant le Comité Social et Économique (CSE) de l’entreprise, projet qu’on peut encore améliorer jusqu’au 10 juillet. Il y aura ensuite une audience finale le 16 juillet avant la décision définitive qui devrait intervenir très rapidement ensuite. On commence en tout cas à voir les noms des éventuels repreneurs apparaître et on n’est pas les favoris, loin de là. Il y a des grands groupes industriels qui sont présents, donc sur le papier, on est un challenger. Mais il ne faudrait pas que Mavic soit à nouveau la victime dans cette reprise et que la société se retrouve dans un portefeuille de marques détenues par des groupes.

Les femmes et les hommes de Mavic ont besoin de savoir où ils vont, et d’avoir des visages et des noms en face d’eux. Ils ont dernièrement été gérés par un fonds d’investissement, ils n’ont jamais réellement vu et connu leurs actionnaires. Je crois qu’il faut les rassurer et leur mettre en face d’eux des gens de la vraie vie, et c’est ce qu’on essaye de faire. Tout ce qui est lié au sport n’est pas un business comme les autres. Je m’évertue à dire depuis une vingtaine d’années que le sport, c’est de l’humain.

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Publié le par Nicolas GAUTHIER

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