INTERVIEW - Matteo Trentin : «Ce sera compliqué d'être encore chez Tudor en 2029»
L'un des coureurs les plus appréciés du peloton, Matteo Trentin est reparti pour une saison supplémentaire ! Le vétéran italien a accordé une interview exclusive à Cyclism'Actu lors du Media Day de la formation Tudor Pro Cycling Team. Vainqueur de Paris-Tours en fin de saison 2025, l’ancien champion d’Europe a dévoilé ses principaux objectifs pour la saison 2026, sa vision de l’évolution du cyclisme actuel, à la suite de l’annonce de la retraite assez prématurée du Britannique Simon Yates.
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"Le projet Tudor, c’est une vision à long terme"
Bonjour Matteo, on se retrouve aujourd'hui pour la journée de présentation de l'équipe Tudor. Est-ce que tu peux déjà nous dire comment ça va et comment se passe la préparation de la saison ?
Oui, ça va. Aujourd'hui c'est le premier jour ici. Tu as vu, il y a de la neige sous la montagne. Normalement, tu viens en Espagne pour trouver le soleil, pour trouver une bonne température, mais maintenant c'est un peu froid. J'ai parlé avec les locaux, ils m'ont dit que normalement nous avons dix jours de mauvais temps en janvier, c'est déjà passé, alors normalement la semaine prochaine va être plus chaude tous les jours.
Pour revenir un peu sur ta saison 2025, qui a été une bonne saison je dirais pour toi, ça s'est bien terminé notamment avec la victoire sur Paris-Tours et de belles places sur les classiques flandriennes en début d'année, comment la juges-tu ?
Je la juge de deux manières différentes. Bien sûr, j'ai très bien fini, pas seulement avec Paris-Tours mais aussi les derniers mois. Pendant un mois et demi, j'ai été très bien physiquement, en forme. Pendant toutes les courses, j'étais un protagoniste, là pour jouer la victoire, là pour viser un bon classement. C'est quelque chose qui n'a pas été le cas toute l'année. Je pense que j'ai fait une bonne période sur les classiques avec la 9e place à Milan-Sanremo, mais après, pendant le Tour de France, j'ai été un peu en recherche de condition tous les jours. J'ai fait deux top 10 sur le Tour, mais ce n'était pas exactement comme je voulais.
On suppose que tu vas aussi viser les classiques sur la saison à venir. Quels sont tes principaux objectifs, notamment sur le début de saison 2026 ?
Oui, bien sûr. La saison des classiques va débuter avec le week-end d'ouverture en Belgique, avec l'enchaînement des courses. Ensuite Paris-Nice, et le reste comme toutes les années. Pas de nouvelles courses cette fois (rires).
Et après le Tour de France, quels objectifs ?
Oui, normalement, l'équipe est invitée à tous les grands tours. Le Tour sera là, bien sûr, mais comme toutes les années, je ferai la première partie de saison, ensuite repos, un petit reset, et après les objectifs viennent un par un.
Pas de Giro ?
Oui, ça aussi est en discussion. Ça va dépendre de ma condition après les classiques. Si tu as une bonne saison des classiques avec du soleil et du beau temps, c'est une chose. Si la saison des classiques est difficile avec pluie, froid, vent, ça sera beaucoup plus compliqué de faire le Giro. C'est déjà difficile de combiner classiques et Giro, alors avec un mauvais temps, c'est encore plus compliqué.
2026 sera donc ta troisième année chez Tudor ? Comment juges-tu ces deux premières années et comment vois-tu le projet évoluer dans le futur ? On a compris avec la conférence de presse que l'objectif était d'aller en WorldTour en 2029.
C’est pour ça que j’ai choisi ce projet : c’est une vision à long terme. On ne pense pas à la prochaine saison, mais à celles qui suivent, jusqu’en 2029. Pour une équipe cycliste, ce n’est pas facile de planifier à l’intérieur de la WorldTour ou de la ProConti. Le projet est là pour rester et grandir encore. Tudor Pro Cycling est né en 2023, 2024 a été la première année complète de l’équipe, et en 2026, trois ans après, nous sommes déjà la meilleure équipe Pro Continental avec toutes les invitations pour les grandes courses du monde. Nous avons fait de belles avancées.
Toi, tu as 36 ans. Penses-tu voir l’équipe entrer en WorldTour en 2029 ?
Oui, très difficile. En 2029, ce sera compliqué.
"Le rêve, ce sont toujours les Tour des Flandres"
As-tu déjà une idée de quand tu aimerais arrêter, ou tu n’y penses pas encore ?
Pour le moment, mon contrat va jusqu’en 2026. Donc pour le moment, c’est ma dernière saison, car je n’ai pas de contrat pour 2028 ou après. Mais j’en ai parlé avec l’équipe, et si c’est possible de continuer, pourquoi pas. C’est quelque chose qui dépend autant de moi que de l’équipe. Après 15 ans de professionnalisme, les enfants grandissent, et mon travail ne dicte plus ma vie. J’aime encore le cyclisme, j’aime m’entraîner, j’aime les courses et l’adrénaline. Donc on verra pendant l’année.
On a vu que Simon Yates a annoncé sa retraite à 33 ans. On voit de plus en plus de coureurs arrêter leur carrière assez tôt, à 30, 32, 33 ans. Qu’en penses-tu ?
Je pense que c’est beaucoup une question de motivation. J’ai très bien connu Simon (Yates, ndlr), nous avons été coéquipiers chez Mitchelton (Scott) en 2018-2019. Pour un coureur de classement général, c’est différent d’un coureur comme moi. Il y a beaucoup plus de stress, de pression pendant les grands tours. Pas de jour de repos (pour les coureurs de classement généraux), alors que pour nous c’est un peu différent, tu es plus détaché dans la montagne. Et année après année, dans le cyclisme, très peu gagnent un grand tour à l’exception de quelques-uns comme Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard ou Remco Evenepoel. Simon (Yates) a fait le maximum : Jeux Olympiques, championnats du monde, deux grands tours…
C’est donc une question de motivation ?
Oui. Ce travail demande beaucoup d’investissement chaque jour, 350 jours par an : manger, dormir, s’entraîner… Parce que tu es face à des coureurs "world class". Derrière, c'est la guerre ! Il y a 20, 30, 40 coureurs au même niveau, et de petites différences font gagner une course ou non.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2026 ? Quelle course voudrais-tu gagner ?
Le rêve, ce sont toujours les Tour des Flandres. J’ai gagné une course cette année, Paris-Tours. Si je peux en gagner deux, ce sera déjà très bien.

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