INTERVIEW - Fabian Cancellara : «Alaphilippe l'a expliqué, on ne se cache pas...»
Depuis plusieurs années, la Tudor Pro Cycling Team ne cesse de progresser, jusqu'à désormais disposer d'un effectif taillé pour les plus grandes courses et qui toque à la porte du WorldTour. Marc Hirschi, Julian Alaphilippe, Matteo Trentin et désormais Stefan Küng ont tous rejoint le projet de l'équipe suisse, porté et incarné par Fabian Cancellara. Au micro de Cyclism'Actu ce mercredi 7 janvier, à l'occasion du media day de la formation helvétique, le triple vainqueur de Paris-Roubaix s'est confié sur l'évolution de son sport et les nouveaux défis qui s'offrent à lui. Mais l'ancien coureur en a aussi profité pour s'exprimer sur les ambitions de son équipe, qui se veut "ambitieuse" à l'orée de la saison 2026.
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"Ce que nous n'avons pas, ce sont les moyens pour payer des salaires..."
Vous aviez dit viser le WorldTour en 2029, dans trois ans. Une place pourrait être disponible dès l'année prochaine, est-ce que vous y réfléchissez ?
Le WorldTour coûte aussi plus cher, vous devez payer plus mais ça ne veut pas dire que ce serait un problème. Il faudra en parler quand ce sera le moment parce que pour l'instant, rien ne change mais de ce que l'on voit, ça peut parfois aller très vite. Il suffit qu'un sponsor ou que quelque chose manque quelque part pour qu'il y ait une place mais il faut aussi pouvoir y rentrer. Ce sont beaucoup de paramètres qui ne sont pas entre nos mains.
C'est de plus en plus difficile pour les équipes au niveau de l'aspect financier. Quelle est la clé de monter un budget pour votre équipe, de convaincre des sponsors de venir dans le cyclisme ?
Le projet est une chose. Est-ce qu'il y a une vraie stratégie de la part de l'équipe pour venir et s'investir dans le cyclisme, ou est-ce une relation purement professionnelle ? Il y a beaucoup de façons de faire. Il n'y a pas à dire que cela est bien ou pas, on peut connaître la réussite avec des partenaires puissants mais on a aussi besoin de support, ce n'est pas un seul homme qui investit mais c'est une marque. On croit qu'un bon projet, solide et aussi avec les investissements que l'on effectue dans nos nouveaux quartiers généraux, ouvre plus de portes que juste dire : "on est une équipe cycliste avec un quartier général quelque part".
Avec l'équipe de gravel, l'équipe de développement et la ProTeam, on a une bonne pyramide à présenter, plus qu'une simple équipe cycliste. Bien sûr, nous sommes une vitrine et on offre de la publicité mais nous avons d'autres choses qui, je pense, il est nécessaire d'avoir en 2026. Ce n'est pas un secret de dire que ce que nous faisons est coûteux, mais nous devons nous attacher dans un premier temps à établir une organisation. Nous n'avons pas besoin de dix mécaniciens en plus, plusieurs personnes qui nous ont rejointes nous ont dit qu'on avait un plus grand staff que beaucoup des équipes WorldTour. Mais la seule chose que nous n'avons pas pour le moment, ce sont les moyens de payer les salaires que d'autres équipes peuvent payer, c'est la principale différence.
Julian Alaphilippe s'est également exprimé lors du média day
"La dynamique est au changement en ce moment"
Il semblerait que nous soyons à un tournant dans le cyclisme, en terme de management d'équipes. Il y a Patrick Lefevere, Marc Madiot... qui ont laissé la main, quelle est votre analyse à ce propos ?
On voit qu'en ce moment, la dynamique est au changement, on l'a vu aussi en France avec des changements managériaux dans certaines équipes. On voit Lidl-Trek et Movistar se restructurer, il y aura toujours plus de besoins dans le cyclisme. Il y avait des discussions sur si le cyclisme devait faire payer les spectateurs, sur les droits TV, OneCycling... Il y a une dynamique, je ne suis pas le président, je ne dirige aucune de ces organisations.
Je dirige une équipe cycliste, c'est ce que je peux faire pour le moment, donc les juger s'ils veulent faire payer 10 € pour voir du cyclisme... Le cyclisme est gratuit, ça n'est pas le cas du cyclo-cross et de certains critériums, pourquoi pas faire du dernier kilomètre un espace fermé où il faut payer. Je ne sais pas, je n'ai pas les solutions mais je pense que nous devons réfléchir pendant les 5-6 prochaines saisons. Le WorldTour est-il réellement le futur ? Ce système de points est-il le futur ? L'arrivée de jeunes gens va aussi nous aider. Je suis en faveur de penser plus loin, en conservant l'héritage du cyclisme. Mon seul souhait est qu'on prenne les décisions tous ensemble.
Une question à propos des Néerlandais de votre équipe. Il y a quelques années, il y avait Arvid De Kleijn, l'année dernière il était blessé et vous avez sprinté avec Maikel Zijlaard. Allez-vous sprinter avec deux sprinteurs néerlandais cette année ?
Regardez ce que nous avons construit avec eux. C'est intéressant d'avoir Maikel en Australie (le Santos Tour Down Under ndlr), avec le contre-la-montre. Il est polyvalent donc il peut être utilisé partout. Il y a des interrogations et nous allons explorer plus de choses avec lui mais mettre les deux sur la même course et les faire tout deux sprinter pour les points... Je ne pense pas que nous allons le faire, ce n'est pas notre style.
INTERVIEW - Mathys Rondel : "Paul Seixas ? Il prend aussi beaucoup de lumière" #Rondel #Tudor #Seixas #Martinez #Giro #TV #UCI https://t.co/UdYre6bwts
— Cyclism'Actu (@cyclismactu) January 8, 2026
"Nous avons des objectifs dès le premier jour"
Vous avez des objectifs pour l'équipe ? Vous avez parlé d'une victoire d'étape sur un Grand Tour, vous le fixez comme objectif ?
Nous avons des objectifs dès le premier jour, avec le prologue à Adélaide (la première étape du Tour Down Under) et ça termine au Japon et la Japan Cup. C'est le plan. Entre temps, nous avons les classiques et nous y allons avec un très bon groupe et des coureurs solides. Nous sommes ambitieux donc évidemment, nous faisons tout le nécessaire pour être prêts pour ces courses. Avoir une victoire d'étape sur un Grand Tour est quelque chose de possible, nous en avons été proches. Quand nous regardons l'année dernière, plusieurs coureurs ont gagné, pas qu'un seul. Nous avons gagné différents types de courses et bien sûr nous en avons perdu beaucoup.
On perdra toujours plus de courses qu'on en gagne mais si à l'arrivée, les coureurs sont plus forts, on l'accepte et on ne changera pas notre manière de courir. Julian (Alaphilippe) l'a expliqué, on ne se cache pas et nous essayons de créer cette culture. En ce moment, c'est difficile de gagner parce qu'il y a ces deux-trois coureurs qui gagnent et c'est tout. Mais nous croyons qu'il y a des possibilités. On ne peut pas prendre le départ d'une course et se dire : "Bon, Tadej (Pogacar) est là...". Il y a toujours une possibilité parce qu'on ne sait jamais ce qu'il peut arriver.

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