INTERVIEW - J-F Bourlart s'est (enfin) expliqué sur la fusion Lotto-Intermarché
Pour la première fois depuis l’officialisation de la fusion entre Lotto et Intermarché, Jean-François Bourlard a pris la parole au micro de Cyclism'Actu. Le manager est revenu sur les coulisses d’une opération inédite dans le cyclisme, les défis administratifs et humains qu’elle a engendrés, ainsi que sur les ambitions sportives et économiques de la nouvelle entité Lotto-Intermarché, désormais tournée vers la pérennité en WorldTour et le développement de jeunes talents
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"Je m'excuse du manque de communication pendant la fusion"
Jean-François, c'est la première fois que vous vous exprimez officiellement sur cette fusion. Comment se sont passés ces derniers mois ?
En effet, c'est la première fois que je vais m'exprimer aujourd'hui. C'était une opération qui n'était pas facile, une fusion comme on l'a réalisée. Notre passage devant l'UCI il y a quelques semaines, au niveau de la commission des licences, a bien confirmé qu'ils avaient un peu des craintes. Ils se demandaient un peu comment on allait y arriver. Mais je pense qu'à la fin de la réunion, l'UCI nous a presque félicités de la manière dont on avait fait les choses. Alors c'est vrai que, vu de l'extérieur, c'était pas facile et je m'excuse en tout cas du manque de communication à certains moments. Mais je pense que ça devait passer par là aussi.
Qu'en est-il du sort des coureurs et du staff technique ?
Au niveau des coureurs, je pense qu'on a réussi à replacer tout le monde. Tous les coureurs qui avaient un contrat pour 2026 et qu'on ne pouvait pas garder dans l'effectif. Et avec le staff, on a fait aussi un gros travail. Il y a un maximum de gens qui étaient sous contrat qui sont restés. D'autres ont dû trouver un autre boulot. C'était certainement pas la partie la plus amusante de la transaction, mais voilà, il fallait qu'on passe par là et aujourd'hui on est fier de l'équipe qui est en place.
"On a énormément de jeunes talents dans cette équipe"
C'était compliqué à quel niveau ? Plutôt administratif ?
À tous les niveaux. Parce qu'on ne parle pas que des coureurs ou des membres du staff. On parle des sponsors, des partenaires techniques, de la situation des deux sociétés, de l'administratif, du juridique... Je pense que c'est pas quelque chose que je veux refaire un jour.
Fusionner deux équipes, c'est compliqué car chacune a son style. Est-ce qu'il y a encore des frictions entre le style "Lotto" et le style "Intermarché" ?
C'est sûr qu'on a des styles différents. Par contre, je trouve qu'on avait énormément de points communs : le fait d'être une équipe belge, de travailler beaucoup avec la jeunesse et les talents, de donner la chance aux jeunes. Au niveau des staffs, on travaillait de façon semblable. On va essayer d'augmenter le niveau des deux côtés pour faire une équipe encore plus performante. Sportivement, il y avait des bons coureurs des deux côtés. Il y a d'énormes talents qui arrivent chez Lotto aussi avec Jarno Widar, Arnaud De Lie,le petit frère d'Alexander Kristoff, Felix, ou encore Huub Artz. Tous sont contents de rejoindre ce projet.
Arnaud De Lie au micro de Cyclism'Actu
On s'est retrouvé avec 43 coureurs sous contrat, il a fallu faire des choix
On connaissait votre proximité avec Biniam Girmay. Quel est votre avis sur le fait de ne pas avoir réussi à le garder dans ce projet ?
Biniam était très convoité par d'autres équipes avec des gros moyens. Peut-être qu'à un moment donné, comme la fusion prenait du temps, il a cherché un peu de sécurité et de confiance dans une autre équipe. Je pense que ses débuts se passent bien là-bas. On a fait de très belles choses avec lui. Le voir gagner à Gand-Wevelgem, c'était une surprise pour beaucoup mais pas pour nous. Le voir gagner sur le Giro sur une étape dédiée à Mathieu van der Poel, ses trois victoires sur le Tour et le maillot vert... c'était incroyable ce qu'on a vécu avec notre petit projet. Il a encore beaucoup de choses à faire, ce sera plus avec nous, mais on reste en bonne relation et on est fier de ce qu'on a fait avec lui.
Est-ce que la masse salariale a joué dans ce départ ?
Certainement. Il y a le côté sportif et le budget. On s'est retrouvé avec 43 coureurs sous contrat, il a fallu faire des choix. Certains étaient incontournables pour des raisons administratives parce que l'UCI donnait la préférence aux coureurs de la Lotto. On n'a pas poussé Biniam dehors, il a eu des propositions ailleurs, il a fait son choix.
"On va travailler avec un budget intéressant"
Est-ce que la nouvelle entité est financièrement plus costaud que vos deux équipes séparées l'an passé ?
Elle sera plus forte au niveau budgétaire. On n'a pas fait "fois deux", c'est sûr, parce qu'on avait des partenaires qui faisaient la même chose des deux côtés (vélos, vêtements, etc.). On va travailler avec un budget intéressant qui nous permettra d'être un peu plus à l'aise et de voir l'avenir avec optimisme. On a des contrats pour les trois prochaines années. On va construire une nouvelle image qui sera un mélange des deux équipes.
Il y a aussi cette obligation d'aller chercher des points UCI pour le maintien en World Tour...
Ça ne doit pas être une obsession, mais bien sûr qu'on veut rester dans le World Tour. C'est aussi pour ça qu'on s'est mis ensemble. On a ciblé des courses qui nous conviennent par rapport au potentiel de notre équipe. On ne va pas se prendre la tête tous les jours avec le classement, mais on sait que les points pris la première année sont très importants à la fin de la troisième.
Pourquoi avoir choisi la fusion plutôt que de continuer seul ?
On a eu ces dernières années quelques difficultés financières. Notre budget n'était pas assez haut pour le World Tour. En 2022, on fait une année exceptionnelle, on termine 5e du Tour, mais le budget a explosé. On n'a pas toujours eu la chance de trouver les gros sponsors qu'on cherchait. Ça devenait difficile de continuer seul. C'était le bon moment pour discuter avec d'autres équipes. On a entamé les discussions avec Lotto un peu avant le Tour de France.
"Paul Seixas et Jarno Widar sont les deux plus grands talents de cette génération"
En France, on compare beaucoup Paul Seixas à votre coureur Jarno Widar. Voyez-vous des similitudes ?
Je pense que les qualités sont les mêmes. Au Tour de l'Avenir, ils ont prouvé qu'ils étaient presque sur le même niveau. Ce sont les deux plus grands talents de cette génération.
On voit beaucoup d'équipes prolonger des coureurs déjà sous contrat. Allez-vous prolonger Arnaud De Lie, Maxim Van Gils ou Jarno Widar ?
Oui, on y pense fort. On a eu des priorités ces dernières semaines, mais on en a déjà beaucoup parlé entre nous et avec nos sponsors. On sait quels coureurs on veut garder, on travaille avec leurs agents. Janvier et le début de saison seront importants pour ça. Le but est de garder nos talents le plus longtemps possible en fonction de notre budget.
Qui serait le plus susceptible de gagner un Tour de France à l'avenir?
Pour conclure, c'est quoi une saison 2026 réussie ?
On travaille avec beaucoup de jeunes, l'idée n'est pas de leur mettre trop de pression. Une saison réussie, c'est d'abord gagner des courses, car c'est le principal. C'est montrer qu'on est une belle équipe attractive et agressive. Montrer que l'équipe Lotto-Intermarché a le niveau World Tour. Et surtout, si on arrive à faire exploser nos talents au niveau mondial, on aura fait une belle saison.

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