Tour de France - Richard Virenque : «Le Mont Ventoux... ça restera marqué»

Par Titouan LABOURIE le 19/07/2025 à 21:30. Mis à jour le 22/07/2025 à 07:20.
Tour de France - Richard Virenque : «Le Mont Ventoux... ça restera marqué»
Photo : @CyclismActu / @Sirotti

Richard Virenque est de retour sur le Tour de France dès ce lundi 21 juillet à Montpellier et avant l'étape du Mont Ventoux ce mardi. Vous connaissez forcément les relations proches entre Cyclism'Actu et Richard Virenque qui a été invité sur ce Tour par l'organisation Amaury Sport Organisation. N'en déplaise à certains mais Virenque est une figure incontournable de la Grande Boucle. 

Vidéo - Richard Virenque au micro de Cyclism'Actu

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Il est le recordman du nombre de maillots à pois gagnés, avec sept maillot à pois. Toujours aussi passionné, l’ancien grimpeur évoque avec émotion sa victoire légendaire au Mont Ventoux en 2002 – l’année de son retour après l’affaire Festina – et revient sur ce col mythique qui a tant compté dans sa carrière, alors que les coureurs l'empruntent ce mardi. Le maillot de meilleur grimpeur fête également ses 50 ans cette année. Virenque en souligne la valeur symbolique, entre combativité, panache et amour de la montagne. Entretien empreint de souvenirs et de franc-parler !

 

"Gagner au Mont Ventoux cette année-là..."

Bonjour Richard, merci de nous accorder cette petite interview en plein Tour de France. Cela fait un petit moment qu'on ne vous a pas vu, alors pour commencer, comment allez-vous ?

Ça va plutôt bien. Quand on est au mois de juillet, que le Tour a démarré, que les cigales chantent en Provence et que le soleil est radieux… que demander de plus ? C’est magnifique.

 

Serez-vous présent sur cette 112e édition du Tour de France ?

Oui, je suis convié pour l’étape entre Montpellier et le Mont Ventoux. J’ai hâte d’y être.

 

Ce sera une belle étape, un final spectaculaire entre les favoris… Et le Ventoux, le Mont Chauve, reste un lieu mythique du Tour. Il doit vous rappeler de bons souvenirs, notamment en 2002, il y a 23 ans…

Oui, clairement. Gagner au Ventoux cette année-là, après mon retour suite à l’affaire Festina, c’était très fort. J’étais déjà heureux de revenir sur le Tour, mais m’imposer devant un certain Lance Armstrong très offensif, c’était énorme. Très fatiguant aussi : j’avais fait une échappée de plus de 200 km. Ça reste un très bon souvenir. Le Ventoux, je l’ai gagné plusieurs fois, deux fois dans le Dauphiné, et une fois sur le Tour. Ça remonte, mais ça reste marqué.

 

Qu’est-ce qui rend ce col si spécial selon vous ?

Sa difficulté. C’est 18 km d’ascension, c’est long, c’est dur. Ce qui est particulier, c’est qu’on le voit de loin, et ça crée du stress. Il y a souvent du vent, surtout à l’approche, donc il faut être très vigilant. Après Bédoin, on entre dans la forêt, avec des pourcentages moyens autour de 10–12 %, et une chaleur souvent étouffante : 32, 34 degrés sur plusieurs kilomètres. Plus on monte, plus il fait chaud, plus c’est dur. On dépasse les 1500 m d’altitude, donc là aussi, ça joue. Et souvent, il y a un vent défavorable au sommet… c’est un col très complet.

 

Est-ce, selon vous, le col le plus difficile de France ?

Non, pas forcément. Il y a des cols plus longs ou plus hauts, comme la Bonette-Restefond. Mais pour ceux qui ne connaissent pas, on peut dire que le Ventoux, c’est un peu comme deux fois l’Alpe d’Huez d’un coup. Ça donne une idée du défi.

 

 

"Le maillot à pois incarnait ma façon de courir"

Cette année, on fête aussi les 50 ans du maillot à pois. Qu’est-ce que ce maillot représente pour vous ?

Franchement, c’est un maillot qui récompense le coureur offensif. Celui qui est dans l’action, un peu comme le prix de la combativité, mais en montagne. Pour le ramener à Paris, il faut être présent à l’avant tout au long du Tour, dans toutes les étapes de montagne. Ce n’est pas une question d’être devant une fois ou deux : il faut être là dès que la route s’élève. Il faut être un bon grimpeur, un bon récupérateur, avoir de la persévérance. C’est un maillot qui incarnait ma façon de courir. Dès 1992, quand j’ai terminé 2e derrière Claudio Chiappucci, j’ai compris que ce maillot me correspondait. Et avec le temps, il a contribué à ma popularité.

 

Vous l’avez remporté sept fois, c’est un record. C’est une statistique qui vous tient à cœur ?

Oui, forcément. Dans mes dernières années de carrière, je m’étais dit : "Ce serait bien de l’atteindre sept fois". Bon, il y a deux Tours où je suis resté sur le banc, on va dire. À mon meilleur niveau physique, j’aurais peut-être pu faire plus. Mais sept, c’est déjà pas mal.

 

Des regrets de ne pas être monté à huit ou neuf ?

Non, pas vraiment. Mais c’est vrai que quand votre carrière dure une dizaine d’années, et qu’on vous met de côté pour des raisons extra-sportives, c’est dur à encaisser.

 

Parmi vos sept maillots à pois, y en a-t-il un qui vous a particulièrement marqué ?

Le premier, en 1992, évidemment. J’étais jeune, 21 ans, je découvrais le Tour. Ça m’a transformé. Ensuite, j’ai eu la chance d’être toujours à l’action sur mes 13 participations : pour le général, pour le maillot, pour des victoires d’étape. Et j’avais une équipe qui m’aidait. Je pense à Pascal Hervé, Laurent Brochard, des gars qui allaient chercher les points pour moi en attendant la dernière semaine, où je finissais le boulot. À un moment, on court presque à l’économie, car on vise le Graal. Quand vous en avez déjà cinq ou six, vous vous dites : "Pourquoi pas un de plus ?"

 

 

"Le maillot à pois n'est pas dévalué"

Est-ce que vous diriez qu’il y a une mentalité particulière chez les porteurs du maillot à pois ? Une certaine image de l’attaquant, du grimpeur, souvent très apprécié du public ?

Oui, complètement. Chaque année, le coureur qui gagne ce maillot est celui qui a été constamment à l’avant. C’est le "maillot jaune de la montagne", mais aussi celui de l’attaquant. Regardez Pogacar : il l’a gagné car il attaque, même quand il n’en a pas besoin. Le maillot à pois récompense l’audace, l’engagement. Celui qui passe juillet à l’avant.

 

Certains disent pourtant que le maillot à pois a perdu de sa valeur ces dernières années. Moins d’engouement, ou parfois remporté par défaut par des favoris du général… Qu’en pensez-vous ?

Je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas qu’il est dévalué. Ce qui est dur, c’est la régularité. Gagner une fois, deux fois, c’est bien. Mais le répéter, là, c’est autre chose. C’est ça qui fait un palmarès. Et il y a eu des Français qui l’ont fait briller : Julian Alaphilippe, Romain Bardet, Warren Barguil. Après, c’est vrai, il faut réussir à transformer l’essai sur plusieurs années.

 

Le petit pronostic de Richard Virenque, qui portera le maillot à pois à Paris en 2025 ?

Je dirais Vingegaard. Je pense qu’il va poser des problèmes à Pogacar. Peut-être qu’il ne gagnera pas le Tour, mais il pourrait avoir ce maillot comme récompense. Et je pense que ça lui ferait du bien, lui qui est assez introverti, discret… Ce maillot pourrait l’aider au niveau de son image.

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