Route - Une innovation pour protéger les coureurs, bientôt sur le Tour de France ?
Quand la société EVEREST-LSA de Stéphanie Sava, Nicolas Francon et Patrick Borras voit "Le Sport Autrement". Les trois co-fondateurs de Vitrolles en France ont en effet conçu une innovation pour que "la chute d'un coureur ne soit plus une fatalité". Un sujet plus que d'actualité dans le cyclisme international puisque l’Union Cycliste Internationale (UCI) ne cesse de développer son programme SafeR (Safe Road Cycling), structure dédiée à la sécurité dans le cyclisme sur route masculin et féminin et envisage concrètement l’introduction d’airbags au sein du peloton. L’UCI vient en effet de lancer une consultation de marché concernant les airbags - une technologie déjà disponible - qui pourraient contribuer à réduire l’impact des chutes chez les coureurs. "C'est une très bonne idée de la part de l'UCI et c'est aussi une autre solution et qui est complémentaire à la nôtre, nous explique Patrick Borras. Partir d’une idée, arriver à la poser sur papier et la voir se réaliser. C’est une belle aventure ! Nous visons une présence sur le Tour de France, pourquoi pas !"
Vidéo - Pour que la chute d'un coureur ne soit plus une fatalité !
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Patrick Borras, expliquez-nous d'où vient l'idée de votre innovation, ce coussin technique pour la protection des coureurs lors des épreuves cyclistes ?
Passionné de vélo, cycliste amateur, j’ai toujours certaines images en tête, dont celle de la championne Annemiek van Vleuten aux Jeux Olympiques de Rio en 2016, et ce corps inanimé sur le bord de la route, suite à sa lourde chute. En tant que téléspectateur, regarder cette personne en détresse, peut-être en danger vital, seule sur le bord de la route, me laisse avec ce sentiment insupportable de ne pouvoir rien faire. La réflexion vient ensuite : comment protéger ces hommes et ces femmes des conséquences d’une chute ? La chute est un aléa dans une course et, encore aujourd’hui, on ne peut intervenir directement sur celle-ci. Mais peut-être qu’en disposant des éléments de sécurité sur des points accidentogènes, on peut améliorer drastiquement les blessures consécutives à la chute, qui sont la plupart du temps bien plus dramatiques que la chute elle-même.
Vous avez commencé quand à cela mettre en place ?
C’est en mars 2019 que s’offre à moi l’opportunité de me lancer dans ce projet. Il était important d’identifier les facteurs mécaniques capables de produire la blessure : l’action du cycliste, les facteurs de chute, leurs conséquences. Il fallait également prendre en compte l’environnement des courses : la route et son état, les infrastructures, le mobilier urbain, les ronds-points et îlots directionnels, le public enthousiaste qui, sans le vouloir, peut être une source de danger.
Dans un second temps, il était nécessaire d’analyser les matériels utilisés pour la sécurité lors des événements et leur périmètre d’utilisation. Le cas échéant, que peut-on améliorer pour renforcer cette sécurité ? En milieu urbain, dans toutes les manifestations – sportives, culturelles ou artistiques – les barrières Vauban, plus communément appelées « barrières de police », sont omniprésentes. Il était donc évident de les habiller d’une protection permettant d’apporter une première réponse à cette problématique.
Le Tour de France 2025 en a encore été la preuve avec le coureur Emilien Jeannière de l’équipe TotalEnergies, victime d’une chute à 300 mètres de l’arrivée en heurtant une barrière. Il souffrira d’une fracture de l’omoplate gauche, d’un traumatisme facial et d’une dent cassée. Il abandonnera le lendemain de cette 4ᵉ étape. Dès lors que l’on sort du périmètre urbain, il faut penser autrement, en fonction de la configuration de la route et des vitesses atteintes.
Quelle est du coup votre création ? Il y a déjà 3 brevets qui sont déposés à l'international ?
En fait, nous avons ainsi créé un coussin technique qui interagit en fonction de l’impact du coureur. L’ensemble doit être régulé par un dispositif qui alerte le coureur d’un danger, car celui-ci ne dispose que de quelques secondes pour analyser l’information et une signalisation complexe serait inefficace. À ce jour, trois brevets français déposés en 2023 et 2024 sont devenus des brevets internationaux. C’est dans cette dynamique que la startup EVEREST-LSA est née. LSA, pour Le Sport Autrement, incarne notre vision : repenser la sécurité non pas comme une contrainte, mais comme une évolution naturelle du sport moderne. Une approche globale, responsable et innovante, au service des coureurs et des organisateurs.
Vous avez travaillé cette innovation en Belgique et non en France... alors que vous êtes tous les trois Français de Vitrolles ?
Oui, le choix de l’industriel fut une difficulté que nous ne pensions pas rencontrer. Après plusieurs contacts en France et ailleurs en Europe restés sans aboutissement, nous nous sommes finalement implantés à Zaventem, en périphérie de Bruxelles, en Belgique. Le dirigeant de la société X-TREME Créations, Dan, a immédiatement compris notre concept ainsi que l’exigence technique que nous souhaitions mettre en place. Son aide a été précieuse et nous avons rapidement réalisé une maquette à l’échelle 1 de notre premier brevet : la housse de barrière.
Cette maquette a servi de base à une réflexion approfondie sur les aspects pratiques du produit. Elle nous a permis de valider et d’affiner trois piliers de notre concept : le niveau réel de protection et l’ergonomie pour le coureur, la simplicité d’utilisation pour les techniciens, ainsi que l’ajustement de détails techniques visibles uniquement en conditions quasi réelles.
Ces ajustements ont donné naissance à un second prototype, dont les caractéristiques sont désormais très proches de la version finale destinée à la commercialisation. Au-delà de son efficacité, notre dispositif se distingue par sa conception modulaire. Le point fort de cette housse réside dans le fait que la majorité de ses composants sont séparables. En cas d’impact ou d’usure, seules les parties endommagées sont remplacées : plus de 50 % des éléments peuvent être récupérés pour reconstituer une housse parfaitement opérationnelle. Cette réparabilité limite considérablement l’empreinte écologique du produit et garantit une gestion optimisée du parc matériel.
En quoi est-ce crédible ?
C'est simple ! Afin de donner de la crédibilité à l’ensemble du projet, il était indispensable de passer par un laboratoire de tests. Le Laboratoire de Biomécanique Appliquée de Marseille, rattaché à Université Gustave Eiffel sous la direction de Pierre-Jean Arnoux, nous a accompagnés dans cette phase essentielle. En collaboration avec la directrice adjointe Catherine Masson et son équipe, une série de crash tests a été réalisée. Les données obtenues constituent une première base comparative et permettront d’améliorer le matériel au fil du temps. Cette étude apporte une preuve technique et scientifique de l’intérêt de notre protection pour la sécurité des coureurs. Forts de ces résultats, nous entamons désormais la phase de commercialisation. Notre modèle économique repose sur l’économie circulaire, avec un système de location et de réutilisation des housses.
Dans un premier temps, nous proposerons un parc de 200 mètres linéaires permettant de sécuriser les 100 derniers mètres d’une course. Cette zone finale, où les sprints atteignent fréquemment 70 km/h, est statistiquement la plus accidentogène. La surface publicitaire intégrée à nos dispositifs permet d’autofinancer cette sécurité et de la rendre accessible aux organisateurs. Trois formules de location seront proposées : la location « sèche », la location « sérigraphiée » et le service « clé en main », permettant une adaptation aux besoins spécifiques de chaque événement.
Qu'espérez-vous et qu'attendez-vous pour votre innovation pour cette année 2026 ?
L’année 2026 constituera un tournant stratégique avec la présentation officielle de notre matériel, visant à sceller des partenariats durables avec les fédérations françaises de cyclisme et de triathlon ainsi qu’avec les fédérations frontalières. L’objectif est de sécuriser un carnet de commandes dès 2027. Nous visons également une présence sur le Tour de France, pourquoi pas ! La production est sécurisée. Notre industriel est prêt à fabriquer les premières unités sous contrat. Un contrat type destiné aux organisateurs a également été finalisé afin de garantir une intégration rapide et structurée de nos solutions. La commercialisation de notre premier brevet servira de levier stratégique pour le déploiement progressif des deux suivants. Cette approche permettra, à terme, d’offrir une solution globale et intégrée répondant aux enjeux de sécurité les plus critiques des compétitions cyclistes.
FAQ
C'est au nom de la startup EVEREST-LSA, que nous voulions vous présenter sur Cyclism'Actu une innovation majeure pour la protection des coureurs lors des épreuves cyclistes. Nous venons de franchir une étape décisive en finalisant les tests de résistance en laboratoire pour notre housse de barrière brevetée (n°2306281). Ces tests, menés avec le Laboratoire de Biomécanique Appliquée, nous permettent de répondre aux problématiques de sécurité actuelles les plus critiques. Conscient de l’engagement prioritaire des organisateurs et instances pour la sécurité des coureurs, nous sommes honoré de vous présenter ce nouveau matériel.
