INTERVIEW - Bryan Coquard : «Faut se réjouir d'avoir un talent comme lui en France»

Par Benoît GILLES le 03/03/2026 à 14:37. Mis à jour le 07/03/2026 à 11:10.
INTERVIEW - Bryan Coquard : «Faut se réjouir d'avoir un talent comme lui en France»
INTERVIEW
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

À 33 ans, Bryan Coquard (Cofidis) fait partie des Français les plus prolifiques de ce début de saison : avec deux succès, au GP La Marseillaise puis en Grèce au Visit South Aegean GP, le "Coq" figure tout en haut du palmarès actuel, aux côtés des petits jeunes Paul Seixas (Decathlon CMA CGM), Paul Magnier (Soudal Quick-Step) et Ewen Costiou (Groupama-FDJ). Une photo en instantané certes, mais qui révèle la longévité de Coquard au plus haut niveau. Le puncheur, désormais davantage que sprinteur, semble comme le bon vin, il se bonifie avec l'âge. "Vu que je vais continuer à vieillir, j'espère continuer ainsi", sourit-il. À l'orée de sa 14e saison professionnelle, le Nantais a remporté des victoires chaque année, à l'exception de 2021. Au micro de Cyclism'Actu, Bryan Coquard évoque sa motivation intacte, se réjouit de l'éclosion du talent Seixas et clame son ambition de disputer les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 sur la piste avec l'équipe de France. 

 

"J'ai toujours l'envie, cette passion, j'aime le vélo"

"C'est sûr que je réalise un bon début de saison encore cette année, malgré l'âge qui passe. Normalement, on a de plus en plus de mal à remettre en route après l'hiver, mais là je suis très content, ça va bien, impeccable, déclare Bryan Coquard, qui reste motivé malgré les évolutions profondes du cyclisme de haut niveau. Mon métier a changé depuis depuis 14 ans, ce n'est plus la même chose. Ça reste du vélo, mais c'est un peu différent. J'ai toujours l'envie, cette passion, j'aime le vélo, j'aime mon métier, j'aime ce que je fais, je suis toujours compétitif, donc j'en profite à fond. Je sais que c'est bientôt la fin, on ne va pas se mentir. Donc l'idée est de profiter à fond. Et quand j'en aurai marre, il sera temps d'arrêter."

L'évolution du cyclisme ne cesse de s'accélérer et beaucoup d'observateurs regrette que le sport ait perdu une partie de son âme, que la pratique est devenu robotisée. "C'est clair que ça a beaucoup changé, confirme Bryan Coquard. On est clairement beaucoup plus sur les data. Le métier de cycliste professionnel, c'est beaucoup plus de contraintes qu'auparavant, beaucoup de gadgets, beaucoup de choses à remplir tous les jours. Après, je prends toujours autant de plaisir sur mon vélo, j'arrive à trouver mon équilibre. On n'est plus à l'époque 2013, avec Thomas Voeckler, tout ça, chez Europcar… J'ai connu le début des capteurs de puissance, maintenant plus un jeune ne sait faire du vélo sans son capteur de puissance ! J'ai connu Thomas qui faisait le con avec son capteur puissance à essayer de faire le plus de watts possible en course… Ça a énormément évolué, et c'est normal : c'est de plus en plus dur, ça va de plus en plus vite et maintenant on est obligé de passer par là."

 

"Il faut se réjouir d'avoir un talent comme Paul Seixas en France mais il faut le protéger"

L'évolution récente voit l'avènement de talents précoces, de plus en plus jeunes, à l'instar de Paul Seixas, tout juste 19 ans, attendu comme "l'élu" par certains, comme le futur successeur de Bernard Hinault au palmarès du Tour de France. "D'un côté, il faut se réjouir d'avoir un talent comme ça en France, parce que c'est exceptionnel ce qu'il fait depuis l'an passé, notamment au championnat d'Europe (3e). Vraiment incroyable ! Le numéro qu'il a fait à l'Ardèche Classic, c'est encore un cran au-dessus, surtout avec l'adversité. Là, il a déjà fait quelque chose de grand, un très très haut niveau. Si tu regardes bien, il n'y a pas beaucoup de coureurs qui font de tels numéros avec cette adversité ; il y a Pogacar, Evenepoel et pas beaucoup d'autres. Vingegaard parfois aussi", détaille Coquard.

"Après, mon côté un peu ancien, pas de la vieille école mais avec mon expérience, j'ai envie de dire qu'il faut protéger Seixas des journalistes. Je ne le connais pas beaucoup, on n'est pas aligné sur les mêmes courses (Coquard ne devrait pas faire le Tour de France en 2026, mais La Vuelta), j'aurais tendance à dire qu'il faut essayer de le protéger un petit peu, même s'il m'a l'air bien câblé, avec la tête sur les épaules. Quand tout va bien, c'est facile de gérer la pression et les journalistes. C'est quand ça commence à être un peu plus compliqué, que ça se corse. Donc je lui souhaite tout le meilleur. En tout cas, il faut se réjouir d'avoir un talent comme ça." 

 

"J'ai envie de remporter d'une étape sur un Grand Tour, d'être champion de France"

Arrivé chez Cofidis en 2022, Bryan Coquard bénéficie encore de deux saisons de contrat, soit jusqu'en 2027. Mais il ne sait "pas encore" quand il raccrochera le vélo... "Les Jeux olympiques 2028 sont un objectif clairement, assure-t-il. J'ai commencé à l'annoncer depuis quelque temps, j'avais ça en tête. Ce n'est pas un choix uniquement personnel, c'est aussi un choix familial : j'ai deux enfants, une épouse, il fallait en discuter, c'est elle qui me pousse vraiment à fond. Elle me connaît, elle sait que j'ai envie de remporter une victoire sur un Grand Tour avant la fin de ma carrière, être Champion de France sur route. Je ne sais pas si j'y arriverai…"

Et Coquard d'annoncer son objectif ultime, celui qu'il poursuit depuis ses débuts en 2012 : "Être Champion olympique. 2028 serait peut-être l'occasion et la possibilité de boucler la boucle. On m'a découvert à Londres en 2012, alors pourquoi pas imaginer un arrêt à Los Angeles en 2028 ? Avec une médaille d'or olympique, ça pourrait être beau, pourquoi pas continuer ensuite… Jusqu'en 2028, je serai sur un vélo. Irai-je aux JO ou pas ? On verra si je suis au niveau, si je suis assez bon pour être qualifié et sélectionné en équipe de France. En tout cas, ça reste une de mes envies et un de mes objectifs de retourner sur la piste. Le processus est en cours, on est en train de prévoir un programme pour me permettre cela et pour que je sois compétitif le plus rapidement possible sur les vélodromes."

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