INTERVIEW - Raphaël Jeune : «Je savais qu'un jour je serais dans une équipe»
Par Titouan LABOURIE le 03/03/2026 à 16:16
À peine nommé manager général de la Cofidis, Raphaël Jeune est déjà dans le feu de l’action… et dans la victoire. Dans un contexte de renouveau sportif et stratégique pour la formation nordiste – entre ambitions WorldTour, structuration des trois pôles (hommes, femmes, paracyclisme) et annonces fortes pour le Tour de France – il a accordé sa première grande interview à Cyclism’Actu. Feuille de route, méthode, vision humaine du management et rêves assumés : le nouveau patron dévoile sa ligne directrice sans détour.
Vidéo - Raphaël Jeune, manager de la Cofidis, au micro de Cyclism'Actu
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"J’accorde beaucoup d’importance à l’humain"
Raphaël... à peine nommé, ça gagne déjà ?
Oui, à peine nommé, ça gagne. C’est le but d’un manager : gagner. On va essayer de continuer comme ça. Le but, c’est vraiment de peser sur les courses et de gagner des courses.
C’était dans ta tête depuis longtemps ? Parce que quand on a vu le nom Raphaël Jeune, certains on pu être surpris
Sans trahir de secret, je savais très bien qu’un jour ou l’autre je serais dans une équipe. Chez Cofidis, c’était une vraie surprise et c’était une bonne surprise.
Quand on est nommé manager général et que ça gagne tout de suite, quel est le sentiment ? La pression ? Qu’est-ce qui se passe dans la tête du manager Raphaël Jeune ?
Il y a plein de choses dans la tête. Mais je pense qu’il ne faut surtout pas changer ma personnalité. Je suis quelqu’un d’humain et je veux vraiment rester comme ça avec les coureurs, continuer à être Raphaël Jeune tel que tu m’as connu il y a longtemps, parce que ça fait quand même un moment qu’on se connaît. Ce n’est pas parce que je suis devenu manager général que je vais changer ma philosophie de vie et ma manière de voir les choses. J’accorde beaucoup d’importance à l’humain, à la confiance. Je vais continuer à être moi-même et faire en sorte que le collectif Cofidis avance.
"Redevenir WorldTour le plus vite possible"
Est-ce plus facile d’être moins connu du grand public et de passer après un Cédric Vasseur, qui était très exposé médiatiquement ?
Je ne sais pas si c’est plus facile d’être connu ou méconnu. En tout cas, j’ai une feuille de route claire. Je vais vraiment faire de belles choses avec Cofidis. Le leitmotiv, c’est de se projeter vers l’avenir. Je vais m’atteler à ça.
Justement, cette feuille de route, c’est quoi ? Il y a trois équipes à gérer : les hommes, les femmes et le paracyclisme.
Effectivement, il y a trois équipes à gérer. Le paracyclisme est tout simplement l’une des meilleures équipes au monde. L’objectif, c’est de rester à ce niveau-là. Chez les femmes, l’ambition est de devenir WorldTour en 2029. On a fait un bon début de saison, avec peu de courses mais de belles prestations. On est quasiment toujours dans les dix premières. Avec Amalie Dideriksen, avec Nikola Noskova... L’objectif est clair : être World Tour en 2029. On va monter crescendo. Chez les hommes, il ne faut rien s’interdire. On voit que chaque année, des équipes ProTeam se situent entre la 10e et la 15e place. Il faut être dans ces eaux-là pour redevenir WorldTour le plus vite possible.
Vous avez annoncé dès le début mars quatre noms pour le Tour de France Femmes avec Zwift et quatre pour le Tour de France Hommes. C’est rare.
Oui, c’est rare. Je crois que c’est du jamais vu. Mais ça montre la confiance qu’on a envers les coureurs. Avec le staff technique, les directeurs sportifs, la performance, on a fait un énorme travail cet hiver pour construire un programme de courses et d’entraînement en fonction des objectifs de chacun. J’en ai annoncé quatre, mais la shortlist existe et les coureurs la connaissent. Se préparer avec sérénité, ça amène de la confiance. C’est important pour moi d’annoncer ça tôt, pour que les coureurs ne se sentent pas sous pression en permanence. On a aussi recruté une préparatrice mentale, cela nous donne le temps de travailler mentalement pour être prêts sur une épreuve comme le Tour de France, qui est d’un très haut niveau. Il faut être prêt physiquement, mais aussi mentalement.
"Tout va bien, il faut continuer ainsi"
Si vous deviez formuler un rêve pour chacune des trois équipes ?
Je ne peux pas en citer un par équipe. Le rêve pour moi, c’est Paris-Roubaix. C’est une course du Nord. Le Tour de France aussi, bien sûr. Ce n’est pas un rêve, c’est un aboutissement. Je pense qu’on a des cartes pour bien figurer sur le Tour. À Paris-Roubaix, collectivement, on fait partie des cinq équipes les plus fortes. Il faudra une bonne tactique et une bonne lecture de course pour voir Cofidis à l’avant. Chez les femmes, gagner sur le Tour de France et ramener un maillot blanc avec Julie, ce serait magnifique. Ça fait deux objectifs, pas un. Et en paracyclisme, l’objectif est simple : rester la meilleure équipe au monde.
Cofidis est la seule structure à avoir des cyclistes professionnels en paracyclisme.
Exactement. On est la seule équipe à avoir des cyclistes professionnels en paracyclisme. D’autres équipes s’y intéressent aussi, et c’est une bonne chose pour la discipline.
Nouvelle couleur, nouveau maillot, déjà des victoires. Tout va bien pour le nouveau manager général ?
Tout va bien. C’est le début d’année, il faut continuer ainsi. En cyclisme, on gagne un week-end, les compteurs sont remis à zéro le lendemain. Il faut continuer de gagner et de peser sur les courses. Je suis vraiment content de l’état d’esprit et de la dynamique. On voit Cofidis acteur sur toutes les courses. On ne gagnera pas tout, c’est sûr. Mais on est souvent placés dans les dix premiers, quasiment tout le temps. Et quand on est régulièrement dans les dix, la victoire arrive plus vite. On va continuer dans cette dynamique et apporter encore des améliorations : le train des sprints, le travail spécifique des grimpeurs… pour atteindre le plus haut niveau possible.
