INTERVIEW - Benjamin Thomas: «Les changements chez Cofidis... vraiment nécessaires»
Par Benoît GILLES le 03/03/2026 à 15:40
Comme Bryan Coquard, Benjamin Thomas fait partie des anciens chez Cofidis. A 30 ans, le double Champion de France du contre-la-montre a entamé sa 5e saison au sein de l'équipe nordiste, et sa 12e au total chez les professionnels. Capable de jouer sa carte sur des épreuves françaises, il sait aussi se muer en équipier de luxe pour ses leaders lors de courses WorldTour ; un rôle dans lequel il se "retrouve bien". A quelques jours de Paris-Nice, Benjamin Thomas a aussi évoqué la piste, dont il ne peut se passer et qui l'a notamment amené à décroché deux médailles olympiques (bronze sur l'Américaine en 2020 et or sur l'omnium à Paris 2024). Il l'affirme à Cyclism'Actu, pour lui l'objectif est clair : ramener une 3e breloque de Los Angeles en 2028.
Vidéo - L'interview de Benjamin Thomas au micro de Cyclism'Actu
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"Je me sens de plus en plus épanoui dans cette équipe"
"Le temps passe, mais je me sens de plus en plus épanoui dans cette équipe. La saison a déjà commencé, je suis heureux de porter encore ces nouvelles couleurs pour un an de plus. Je ne suis pas le plus ancien, Piet Allegaert commence sa 7e saison chez Cofidis. Avec Bryan Coquard, on est les anciens, depuis cinq ans tous les deux ici. Je suis un peu plus capitaine de route maintenant, c'est aussi un rôle que je remplis sur la plupart des courses et dans lequel je me retrouve bien."
La formation nordiste a connu de nombreuses changements à l'intersaison, notamment l'arrivée de Raphaël Jeune en tant que manager général à la place de Cédric Vasseur. "On a déjà un peu parlé en fin de saison dernière, c'était un changement nécessaire, un nouveau départ, juge Benjamin Thomas. Pour moi, c'est un peu comme changer d'équipe cet hiver, beaucoup de de nouvelles choses ont été mises en place, dans l'entraînement, dans la performance, dans le staff, un nouveau recrutement aussi axé sur beaucoup de jeunes. On est parti sur un bon début de saison, ça se passe bien, on a une bonne dynamique et le groupe vit bien. On espère continuer ainsi sur les "grosses courses" qui arrivent, avec Paris-Nice la semaine prochaine. Ça marque le début de la grosse saison."
Son ambition pour 2026 ? "Continuer à être performant pour l'équipe. L'an dernier, j'étais passé pas loin de la victoire sur certaines courses d'un jour. J'ai envie de continuer à saisir ces opportunités-là, pour essayer de gagner. Sur les classements généraux en France, je serais aligné sur des courses comme le Pays de la Loire Tour, les Quatre jours de Dunkerque. Je veux continuer être présent sur ces courses-là. Et sur l'échelon supérieur, je me mets vraiment au service du collectif : on a des leaders très performants cette année, avec Milan Fretin et Alex Aranburu. Avec ce genre de coureurs, sur des classiques ou des Grands Tours, on essaie vraiment de travailler pour eux, parce qu'ils peuvent vraiment aller chercher la victoire. Alex Aranburu joue vraiment avec les tous meilleurs mondiaux depuis le début de la saison ; moi ça me motive et ça me pousse à être un équipier de luxe pour eux quand ils sont là. Mais je sais aussi saisir mes opportunités sur des courses en France. Et entre-temps, je remplis mon rôle de capitaine de route et j'apporte mon expérience au groupe."
"À Paris-Nice, l'objectif sera remporter une étape avec ce nouveau maillot"
Avec déjà six jours de course au compteur, Benjamin Thomas sera aligné dès ce dimanche 8 mars à Paris-Nice. "C'est une une course que je connais assez bien. On aura un groupe expérimenté, avec des coureurs qui connaissent bien l'épreuve, des profils intéressants. Il y a des sprints - le premier jour est un peu difficile-, il y a un chrono par équipes et des étapes accidentées à la fin. Moi je saisirai les opportunités. L'objectif de Cofidis sera de remporter une étape avec ce nouveau maillot. Et pour ça, il faudra un travail un travail collectif important."
Puis il basculera sur Milan-San Remo, avec un rôle d'équipier. "Alex Aranburu sera notre notre leader, remarque Benjamin Thomas. Sur cette course, on sait que ça a un peu évolué depuis plusieurs années, ça se joue beaucoup dans la Cipressa. Donc on ne peut plus trop se permettre d'amener un sprinteur, c'est compliqué. Alex a le profil, je pense cette année, pour être avec les meilleurs. On sait que Pogacar et van der Poel, c'est quand même encore une classe au-dessus, on ne se le cache pas. Mais je pense qu'Alex a les moyens de rentrer dans le top 10, voire mieux. Pour nous, ce serait vraiment un résultat exceptionnel."
Alors que Cofidis a aussi annoncé les quatre premiers noms qui composeront son effectif pour le Tour de France 2026 (Hugo Page, Milan Fretin, Alex Kirsch, Alex Aranburu), Benjamin Thomas se pose clairement en candidat à un strapontin. "C'est dans plus longtemps, mais je suis content que Raphaël (Jeune, le manager de Cofidis) ait déjà annoncé la charpente de l'équipe avec les leaders, dit-il. Ça met de la confiance dans le groupe. Pour moi, l'objectif sera d'intégrer cette équipe et d'épauler ces leaders. En ce début de saison, je veux montrer que je peux avoir ma place et essayer de faire participer à mon troisième Tour de France. J'ai vraiment un gros soutien, même en interne, de Raphaël. Il est très proche de nous, il n'hésite pas à nous mettre en confiance. Pour l'instant tout va bien. Certains coureurs ont connu un début de saison difficile, je pense à Damien Touzé (gravement accidenté au Tour d'Oman), il est en rééducation pour un moment. Mais on sent vraiment une solidarité dans l'équipe ; je ne me fais pas de souci sur ce plan-là, sur le côté humain de l'équipe pour nous accompagner à être épanoui, heureux, pendant la saison. Et même si on ne remplit pas tous nos objectifs, on s'en fixe de nouveaux en mettant du positif."
"Piste et route sont des vases communicants, j'ai mon équilibre"
Benjamin Thomas a la particularité de mener de front, et avec succès, les saisons route et piste. Alors, à deux ans des Jeux olympiques de Los Angeles, il a déjà les yeux rivés vers la Californie... "J'y pense forcément. J'ai fait les championnats d'Europe sans trop de préparation au mois de février. Ça s'est plutôt bien passé, même s'il n'y a pas eu pas de médaille. Mais j'ai le Mondial à Shanghai dans un coin de la tête en fin de saison et puis Los Angeles 2028 aussi. La piste va être intégrée dans les points UCI pour l'an prochain, donc il y aura un double intérêt pour Cofidis. J'aimerais bien essayer d'aller participer à une troisième Olympiade et ramener une troisième médaille. C'est un objectif de de fin de carrière."
Alors, quand Cyclism'Actu lui demande s'il préfère la route ou la piste, Benjamin Thomas rigole : "C'est compliqué. J'aime le vélo en fait. J'aime la compétition et à partir du moment où on peut gagner, c'est là où je kiffe. Sur la route, quand je ne peux pas gagner personnellement, j'essaie de me donner à 100% pour que ça soit mon coéquipier. Et sur la piste, c'est un peu différent parce qu'on court souvent seul, ou pour soi, mais on va dire que c'est un peu des vases communicants entre les deux. J'ai mon équilibre. On me demandait déjà il y a quatre-cinq ans : est-ce que je vais arrêter la piste après Paris 2024 ? Non, en fait je ne peux pas arrêter la route ou je ne peux pas arrêter la piste. Pour moi, ça fait partie de mon équilibre. Quand j'arrêterai un des deux, j'arrêterai les deux. Ce n'est pas plus compliqué que ça."
