INTERVIEW - Jérôme Coppel débarque à la télé : «Tant que je parle vélo... »
Ancien coureur du peloton professionnel pendant plus d’une décennie, Jérôme Coppel s’apprête à entamer un nouveau chapitre. Passé par Saur-Sojasun, Cofidis, IAM Cycling ou encore Direct Énergie, le champion de France du contre-la-montre 2015 et 11e du Tour de France 2011 va faire ses débuts comme commentateur sur la chaîne Novo 19 ce jeudi, à l’occasion du Grand Prix de Denain, dans le cadre des FDJ United Series (nouveau nom de la Coupe de France, ndlr). Avant cette première expérience derrière le micro à la télévision, lui qui est habitué à la radio chez RMC Sport, l’ancien grimpeur français s’est confié à Cyclism’Actu. Nouveau rôle, actualité brûlante avec Paris-Nice et Tirreno-Adriatico, regard sur Lenny Martinez et Paul Seixas, ou encore ses attentes pour Milan-San Remo : Jérôme Coppel livre une analyse précise et sans détour du cyclisme actuel.
Vidéo - Jérôme Coppel au micro de Cyclism'Actu
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"Je connais la radio, un peu moins la télé.."
Vous allez faire vos débuts comme commentateur pour Novo 19 jeudi sur le Grand Prix de Denain. Comment abordez-vous ce nouveau rôle ?
Ça va très bien, merci. Je fais ma rentrée avec Novo 19 pour commenter le Grand Prix de Denain jeudi sur les FDJ United Series. On peut refaire une petite interview jeudi soir pour se dire comment ça s’est passé. Non, c’est déjà une super opportunité pour moi. Je connais la radio, un peu moins la télé. Je suis très content de participer à l’aventure avec l’équipe de Novo 19 et Frédéric Brindelle qui commente avec moi sur les courses. Il y a beaucoup de travail en amont : étudier le parcours, la startlist, prendre des contacts à droite à gauche pour avoir le plus d’informations possible à donner aux téléspectateurs.
Ce rôle de consultant et d’analyste, qu’on vous voit déjà exercer à la radio ou sur les réseaux sociaux, est-ce quelque chose qui vous plaît ?
Oui, j’aime beaucoup. Après, tu parles de Twitter, donc ça reste nos avis. Des fois il y a des débats un peu enflammés, mais tant que je parle vélo, je suis toujours très content. Là, c’est quand même un peu plus de travail parce qu’on a le côté image, et on ne commente pas tout à fait de la même manière en radio ou à la télé. Il y aura sûrement un petit temps d’adaptation au début. Mais parler vélo, parler tactique, être un peu au cœur du peloton en allant voir les mecs au paddock avant le départ… c’est cool. Ça permet de garder un pied dans le milieu, et ça c’est vraiment sympa.
"Lenny Martinez ? Surpris, oui et non"
Justement, parlons vélo. On a eu une grosse semaine avec Paris-Nice et Tirreno-Adriatico. Qu’est-ce que vous retenez de cette actualité ?
Oui, c’était une grosse actu vélo. Paris-Nice, magnifique course comme à chaque fois. Après, un peu déçu de la chute d’Ayuso, parce que je pense que ça nous a privés d’un match avec Vingegaard. Maintenant, Vingegaard a dominé la course et montré qu’il était un très grand coureur, pas seulement physiquement. Sur l’étape des bordures, on a vu que techniquement il est très bon aussi. Il est parfaitement dans ses temps de passage en vue du Giro, qui est son premier gros objectif. On peut se dire qu’il a gagné ce Paris-Nice sans être à 100 % de sa forme. Ça montre un peu la marge qu’il a, même si personnellement je ne pense pas qu’actuellement il soit encore au niveau de Pogacar. Je lis à droite à gauche que grâce à sa victoire à Paris-Nice il pourrait concurrencer Pogacar au mois de juillet. Pour l’instant je ne pense pas. On verra ce que ça donnera sur les prochaines courses, notamment la Catalogne et le Giro.
Et puis Tirreno, comme toutes les années, est tracé un peu différemment de Paris-Nice. Tous les jours il y a des petites montées, des petites descentes, ça permet d’avoir une course de mouvement. On a vu Del Toro gagner le classement général, et tous les jours il y a eu de la bataille. Que ce soit à Paris-Nice ou à Tirreno, on a aussi vu nos Français : Lenny Martinez, Kévin Vauquelin, Dorian Godon à Paris-Nice notamment. On a vu un peu Julian Alaphilippe aussi sur Tirreno. Et surtout Del Toro qui confirme, course après course, saison après saison, que c’est un immense coureur. Sur cette semaine de Tirreno, je l’ai trouvé plus mûr dans sa manière de courir. On ne l’a pas vu sauter sur toutes les attaques, il a vraiment pris son rythme, géré sa course. Quand on est fort, c’est toujours plus facile à faire, mais il n’a quand même que 22 ans. Avant, il était un peu chien fou. Là, je trouve qu’il s’est bien canalisé et ça lui a permis de remporter le général devant Jorgenson, qui est aussi en train de monter en puissance.
Restons sur les Français avec Lenny Martinez, vainqueur de la dernière étape de Paris-Nice et seul à suivre Jonas Vingegaard. Vous a-t-il surpris ?
Surpris, oui et non. Parce qu’on voyait depuis le début de la semaine, et même depuis le début de sa saison, qu’il était physiquement très bien. Là où il m’a presque le plus surpris, c’est plutôt sur l’étape des bordures que sur cette dernière étape. Après, pouvoir suivre Vingegaard… ça a été le seul à le faire. Il y a un truc qu’on ne pourra jamais lui enlever, c’est que Lenny Martinez est un sniper. Quand il arrive pour la gagne, il ne se rate quasiment jamais. C’est vraiment une grande qualité, c’est un vrai gagneur.
Après, c’est peut-être aussi ce qu’il est allé chercher en quittant la Groupama-FDJ pour Bahrain Victorious : un peu plus de tranquillité. En parallèle, il y a d’autres Français qui marchent bien. On a eu Kévin Vauquelin au Tour de France l’an dernier, Paul Seixas qui arrive aussi. C’est un peu la culture de l’instant : la hype est sur le coureur français qui marche à ce moment-là, et on oublie un peu les autres. Je pense qu’à Lenny ça lui va très bien pour le moment. Il fait son début de saison un peu dans l’ombre, il gagne une belle étape sur Paris-Nice et se construit un joli palmarès sur des courses World Tour. La hype, ça va, ça vient. Et quand tu es Français dans une équipe étrangère, tu as souvent un peu moins le focus sur toi qu’un Français qui marche dans une équipe française. C’est normal, et c’est aussi parfois ce que les coureurs vont chercher à l’étranger : un peu plus de tranquillité.
"Paul Seixas ? Pour la participation au Tour de France, moi j’ai mon avis..."
Impossible de ne pas parler de Paul Seixas. Quel regard portez-vous sur lui et sur son avenir ?
Paul Seixas, je ne le connais pas personnellement, mais je le suis depuis longtemps parce que j’entraîne un jeune coureur qui a à peu près le même âge que lui. Je l’ai donc vu depuis les catégories minimes et caders, et il dominait déjà. Son nom revenait souvent, donc je n’ai pas vraiment été surpris par sa progression en junior. Ce qui m’a plus surpris, c’est son adaptation ultra rapide au niveau professionnel. Je n’avais aucun doute sur le fait qu’il marche, mais je pensais que ça lui prendrait au moins une saison pour s’adapter. À mon époque, on faisait deux ou trois ans chez les espoirs avant de passer pro. On pouvait imaginer qu’en sautant cette catégorie, en passant directement de junior à WorldTour, il aurait besoin d’un temps d’adaptation. Pas du tout. Et c’est aussi pour ça que c’est un coureur hors normes.
Pour la participation au Tour de France, moi j’ai mon avis. Depuis le Tour de France l’an dernier, je dis qu’il devrait le faire cette année. L’équipe Decathlon CMA CGM a construit son projet autour de lui et ne cache pas son ambition de le voir gagner le Tour entre 2028 et 2030. Je pense qu’il devrait aller au Tour parce que le Giro ou la Vuelta, ce n’est pas le Tour de France. Ça reste trois semaines, mais on n’a pas la même pression : les médias, le public, le bruit toute la journée, la logistique… Rien que pour apprendre à gérer tout ça, il faut le faire. Et je pense que c’est la seule année où il n’aura pas trop de pression, parce que ce sera son premier Tour. S’il se rate, ce n’est pas grave, il est là pour découvrir. À l’inverse, j’entends ceux qui disent qu’il devrait aller à la Vuelta, où il y aurait peut-être moins de concurrence et où il pourrait déjà faire podium. C’est possible. Mais s’il n’y arrive pas, il aura aussi beaucoup de critiques. Alors qu’au Tour de France, il n’a rien à perdre et tout à gagner. Même sans grand classement général, il peut gagner une étape. Le programme de l’équipe laisse la porte ouverte aux deux options, mais dans ses dernières déclarations Paul dit qu’il aimerait faire le Tour et préparer les championnats du monde via les courses canadiennes. Si c’est le cas, il ne pourra pas faire la Vuelta. Je n’ai aucune info, mais je pense qu’il sera au Tour de France. Et même là, il pourrait encore nous surprendre.
Pour conclure, parlons de Milan-San Remo samedi. Pogacar peut-il enfin gagner ? Et Romain Grégoire peut-il s'accrocher ?
Je vois un scénario assez proche de l’année dernière, même si je pense que UAE et Pogacar vont davantage utiliser les équipiers dans la Cipressa pour faire la différence. L’an passé, ils avaient eu des problèmes de placement et n’avaient pas pu appliquer leur stratégie comme prévu. S’ils arrivent bien placés au pied de la Cipressa, chacun prendra son relais pour lancer Pogacar. Maintenant, est-ce qu’il arrivera à sortir un Mathieu Van der Poel de la roue, ou un Filippo Ganna comme l’an dernier ? Ce n’est pas sûr. Van der Poel marche très bien. On l’a vu à Tirreno, où il a gagné deux étapes. Je pense que sur un gros coup de pétard de Pogacar, le seul qui pourra vraiment s’accrocher, c’est Van der Poel s’il est au top. Mais Milan-San Remo reste peut-être la seule course qui résistera à Pogacar toute sa carrière. Elle convient à beaucoup de profils : sprinteurs, puncheurs… et les montées ne sont pas assez longues pour ses qualités. Personnellement, j’aimerais bien le voir gagner parce que c’est incroyable de voir un coureur de ce talent viser toutes les classiques. On sent que San Remo est une obsession pour lui. Tactiquement, c’est une course très compliquée. C’est l’une des rares où, au départ, on ne sait pas vraiment quelle stratégie vont adopter les équipes.
Côté français, on a vu Romain Grégoire l’an dernier être l’un des derniers à s’accrocher au groupe Pogacar-Van der Poel-Ganna. Il marche très bien en ce début de saison et il a encore progressé. Si l’attaque de Pogacar arrive un peu plus tard, ça pourrait permettre à Grégoire de s’accrocher. Et s’il ne saute pas très loin du sommet, il peut peut-être rentrer ensuite. Dans le Poggio, on ne sait jamais ce qui peut se passer.
