INTERVIEW - Alexandre Delettre : «Mon hiver a été assez mouvementé...»
Par Titouan LABOURIE le 22/01/2026 à 19:40
Blessé en toute fin de saison 2025 après une lourde chute sur le Tour de Kyushu, Alexandre Delettre a abordé l’hiver avec patience et détermination. Touché par une déchirure musculaire du quadriceps sur 6 à 8 centimètres, accompagnée d’un important hématome à la cuisse, le puncheur français de la TotalEnergies a vu sa préparation hivernale freinée, sans pour autant entamer sa motivation. En ce début de saison 2026, il revient pour Cyclism’Actu sur sa convalescence, sa progression constante ces dernières années, ses ambitions sur les classiques ardennaises et son envie de confirmer au plus haut niveau, après une première expérience marquante sur le Tour de France.
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"J’ai mis du temps à m’imposer chez les professionnels..."
Alexandre, on se retrouve en ce début de saison 2026. La saison a déjà repris en Australie, mais pas encore pour toi. Comment se sont passées tes premières semaines de l’année ?
L’hiver a été assez mouvementé. La préparation a été un peu longue à se mettre en place, parce que je me suis blessé après ma fin de saison au Japon, où j’ai chuté. Le début de l’hiver a donc été compliqué. Ensuite, j’ai bien remis en route progressivement. Je ne reprends pas en Espagne, mais sur le Grand Prix La Marseillaise. En décembre, les stages ont surtout servi à bien remonter sur le vélo, à refaire des heures, même si j’en faisais un peu moins que les autres. En janvier, j’ai vraiment pu reprendre un entraînement plus normal, même si la rééducation est encore en cours. Ce n’est pas totalement terminé, mais on travaille bien avec mon entraîneur et le pôle médical de l’équipe, donc tout se passe bien.
Après une très belle saison 2025, tu as terminé par une chute au Japon, quel a été ton sentiment à ce moment-là ?
C’était partagé. D’un côté, j’étais soulagé de ne pas avoir eu quelque chose de très grave, même si la blessure a été longue à soigner et que ce n’est pas encore complètement derrière moi. Mais il y avait aussi beaucoup de frustration. J’attendais cette coupure de fin de saison pour débrancher un peu, prendre du recul, et finalement je n’ai pas vraiment pu en profiter. Dans mon malheur, j’ai quand même eu de la chance : c’était la dernière course de la saison. Ça n’a pas entaché l’ensemble de mon année, seulement cette dernière épreuve. Sur le plan sportif, ce n’est pas dramatique, même si l’hiver a été plus compliqué. Je retiens surtout le positif de 2025, qui a probablement été l’une de mes plus belles saisons.
Justement, d’un point de vue comptable, c’est clairement ta meilleure saison. As-tu le sentiment d’avoir franchi un cap ?
Oui, clairement. J’avais déjà commencé à le faire en 2024, en courant un peu plus pour moi. En 2025, il fallait confirmer, d’autant plus que j’arrivais dans une nouvelle équipe et que je montais d’un échelon. L’équipe m’a beaucoup soutenu, et ça m’a permis de progresser à tous les niveaux : physiquement, mentalement, et aussi sur le matériel. Le Tour de France m’a également beaucoup aidé pour la suite de la saison.
Ton parcours est assez atypique, avec des passages par Delko, Cofidis, puis un retour à l’échelon Continental, avant de trouver de la stabilité chez TotalEnergies. C'est ce qui explique progression tardive, à 28 ans ?
J’ai mis du temps à m’imposer chez les professionnels. À la base, devenir pro n’était pas forcément un rêve. J’ai eu l’opportunité avec Delko, puis l’équipe a fermé dès ma première saison. Ensuite, chez Cofidis, je me suis longtemps dit que j’étais là pour apprendre. J’ai été cantonné à un rôle d’équipier, ce qui m’a beaucoup appris, mais j’ai aussi perdu du temps à ne pas courir pour moi. Quand je suis arrivé chez Saint Michel-Auber93, je me suis retrouvé un peu au pied du mur. Ça m’a servi d’électrochoc : il fallait que je pense davantage à moi. Cette équipe m’a vraiment lancé. Tout ce que j’ai vécu avant m’a finalement servi, et aujourd’hui je me connais beaucoup mieux comme coureur.
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"Le Tour de France est toujours dans un coin de ma tête"
Parlons de 2026. Quelles seront tes premières courses de la saison ?
Je vais reprendre progressivement, sans grandes ambitions immédiates, car la préparation a été tronquée par la blessure. Ce sera La Marseillaise, puis l'Étoile de Bessèges, proche de chez moi, donc c’est motivant. Je pensais reprendre plus tard, mais finalement tout s’enchaîne plutôt bien. J’ai vraiment envie de courir. L’objectif sera de performer, collectivement comme individuellement, et d’aller jouer la gagne dès que possible.
Concernant la suite de la saison, quels sont tes grands objectifs ?
On attend encore certaines confirmations, notamment pour Paris-Nice. En revanche, on a déjà reçu des invitations pour les Ardennaises. Ce sont des courses qui me font rêver depuis longtemps. Je ne m’y suis jamais vraiment présenté avec une préparation optimale, et aujourd’hui j’ai envie de me tester à ce niveau-là. Je sais que je suis capable de performer sur des courses de haut niveau, et ces classiques correspondent parfaitement à mon profil. J’arrive à un âge où il faut en profiter, tenter, voir jusqu’où je peux aller. Le but sera d’arriver à 100 %, sans me fixer de limites.
Sur le papier, des courses comme l’Amstel Gold Race ou la Flèche Wallonne te correpsondent parfaitement, tu pourrais même être le leader de l’équipe.
Oui, ce sont clairement des parcours qui me correspondent. À moi d’être prêt le jour J. Le niveau est encore supérieur à celui des semi-classiques italiennes sur lesquelles j'ai brillé en fin de saison, mais je sais que ces courses me vont bien. L’objectif sera d’arriver au maximum de mes capacités et de voir ce que je peux faire.
Tu as découvert le Tour de France en 2025. Est-ce toujours un objectif pour 2026 ?
Bien sûr. Le Tour est toujours dans un coin de ma tête. En 2025, c’était une découverte. Maintenant, j’aimerais y retourner pour y être performant et jouer des résultats. Ce sont des années importantes pour moi, et le but est clairement d’y revenir le plus vite possible.
Pour conclure, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour cette saison 2026 ?
De prendre du plaisir, avant tout. Et bien sûr, de gagner des courses. Avoir un maximum de résultats, que ce soit sur les Ardennaises ou sur le Tour de France, et surtout m’amuser sur le vélo.

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