Route - Eddy Merckx : «Bien sûr que Tadej Pogacar va remporter Paris-Roubaix...»
Pour la première fois de sa carrière, Tadej Pogačar (UAE Team Emirates XRG) a remporté Milan-San Remo, au terme d'une course indécise jusqu'au bout. Si le Slovène a fait plier Mathieu Van der Poel à 8 kilomètres de l'arrivée, il n'a pas pu se débarrasser d'un Tom Pidcock (Pinarello-Q36.5 Pro Cycling Team) en très grande forme, après sa victoire sur Milan-Turin. Légende du cyclisme et septuple vainqueur de la Primavera, Eddy Merckx a apprécié en connaisseur la victoire flamboyante du double champion du monde. Il y a réagi au cours d'une interview donné à La Gazzetta dello Sport.
Vidéo - La victoire de Tadej Pogacar sur Milan-San Remo 2026
"Il m'a laissé sans voix..."
Merckx commence par souligner l'importance d'une victoire sur la Primavera dans la carrière d'un coureur : "La première des sept victoires que j'ai remportées, en 1966, m'avait fait comprendre que je pouvais devenir un vrai coureur…" Il se montre enthousiaste à l'évocation de la performance majuscule de Pogačar : "Ah. Génial. Formidable. Il m’a laissé sans voix !"
"Je pense qu’on peut considérer cela comme l’un de ses plus grands exploits", ajoute-t-il. "Il y a eu quatre moments décisifs : Tout d’abord, la chute avant la Cipressa. Qui n’aurait pas baissé les bras ? Qui n’aurait pas considéré que le Sanremo était perdu, ou du moins compromis ? Pas lui. Sa réaction a été celle d’un très grand champion." Le deuxième acte est le moment où il a distancé "Van der Poel sur le Poggio. Ça a été une surprise, à mes yeux. Mais Mathieu n’a pas réussi à tenir le coup, et si ça s’est produit, c’est grâce à Pogacar." Le troisième moment sur lequel le Slovène a construit sa victoire fut la descente du Poggio : "Ne pas perdre de terrain face à Pidcock dans la descente... Je connais les capacités de l’Anglais, qui est un maître du VTT et qui a également évolué au plus haut niveau en cyclo-cross. Dans la descente du Poggio, Tadej aurait pu perdre la course, mais il a fait preuve d’une grande lucidité. C’est ce qu’on appelle être dans un jour de grâce." Enfin, le quatrième moment décisif fut le sprint final : "Un sprint lancé de la tête, avec puissance et conviction, comme celui de Van der Poel l'année dernière, vous vous souvenez ? Si vous faites un sprint comme ça, et que ceux qui sont près de vous n'arrivent pas à vous dépasser, il ne peut y avoir aucun doute sur qui est le plus fort. Je pourrais refaire la Via Roma les yeux fermés, c’est une légère montée, elle ne ment jamais. Pogačar méritait bien un Sanremo, c’était étrange qu’il n’y soit pas encore parvenu."
"Il n'a pas de limites..."
Il y a quelques années, Merckx avait pu rencontrer Pogačar. Il lui avait alors fait l'impression "d’un garçon très doué, calme, gentil. Pas du tout prétentieux. Comme on dit en Italie, un vrai gentleman !" Quant à la question de savoir s'il va remporter Paris-Roubaix, le Canninbale se montre catégorique : "Bien sûr que oui. Il est désormais évident qu’il n’a pas de limites, que doit-il faire de plus ? L’année dernière, il est tombé sur les pavés, sinon il aurait disputé la victoire au vélodrome avec Van der Poel et qui sait comment cela se serait terminé. Bien sûr, la chance joue un rôle plus important que d’habitude sur les pavés et il devra donc l’avoir de son côté."
Eddy Merckx n'aime pas comparer les générations entre elles et n'oublie pas de le faire savoir : "Le cyclisme d'aujourd'hui est à des années-lumière de ce qu'il était à l'époque où je courais. Comment peut-on comparer deux mondes aussi différents ? Comment peut-on dire qui est le plus fort entre nous deux ? L'une des plus grandes différences réside dans le nombre de courses disputées : dans mon cas, elles étaient bien plus nombreuses, tandis que Pogačar, je crois, n'a jamais dépassé les 70 jours de compétition par saison." Pour le Belge, ça "n’a donc aucun sens d'affirmer" que Pogačar est le Merckx d'aujourd'hui. "C’est tout simplement Pogačar, le meilleur coureur du monde à l’heure actuelle. Et cela fait plusieurs saisons qu’il l’est. Il n’a pas encore 28 ans, et donne donc l’impression d’avoir encore une longue carrière devant lui. D’ailleurs, il a mieux démarré la saison que d’habitude."
"Difficile" de dire si Pogačar remportera 7 Milan-San Remo
Merckx se montre également reconnaissant envers le champion du monde en titre. A la question de savoir ce qu'il lui dirait s'il devait s'adresser à lui, il répond : "Félicitations, car vous méritez tout le succès que vous rencontrez et parce que vous offrez des émotions incroyables au public, ce qui est l’essence même du sport." Il préfère ne pas se prononcer sur la capacité de Pogačar à remporter 7 Milan-San Remo : "C’est difficile, mais on verra…" Quant à lui, après avoir eu des problèmes de santé et subi une opération de la hanche, il espère pouvoir remonter sur un vélo rapidement : "J'ai 80 ans et ça ne me dérange pas si quelqu'un me dit que je suis vieux : c'est vrai ! Mais je me remets sur pied et oui, j'espère que d'ici peu, je pourrai remonter en selle" conclut-il.
