Chronique
Chronique - Mangeas : 'Marco Pantani, du dieu vivant au pestiféré' Photo : @Giroditalia

Chronique - Mangeas : "Marco Pantani, du dieu vivant au pestiféré"

Il y a tout juste 16 ans, le 14 février 2004, disparaissait Marco Pantani. Un choc pour le monde du cyclisme, qui perdait alors un grimpeur d'exception, âgé de seulement 34 ans. L'Italien a construit sa légende sur le Giro et le Tour de France. La saison 1998 restera comme la plus belle de sa carrière puisqu'elle le voit remporter les deux courses, un doublé qu'aucun homme n'a réussi à réitérer depuis. La consécration pour celui qui avait déjà terminé deuxième de la Corsa Rosa (1994) et troisième de la Grande Boucle (1994 et 1997). Puis la descente aux enfers, avec le dopage et la mafia en toile de fond. Retour sur une carrière singulière avec notre chroniqueur Daniel Mangeas.  

Daniel Mangeas : "Les gens admiraient Marco Pantani"

 

Que représente Marco Pantani pour vous ?

Pour moi, il représente la splendeur, et en même temps la descente aux enfers. Deux sentiments complètement opposés, mais je retiendrai de lui le coureur qui jouait avec la montagne, un grimpeur hors pair d'une grande, très grande popularité. J'ai eu l'occasion de le voir sur le Tour, j'étais là quand il a gagné le Tour. En Italie pareil. Les grimpeurs ont toujours été populaires en France et les Italiens ont toujours été populaires chez nous. Quand je le présentais au départ du Tour, je voyais la popularité qui était la sienne. Les gens avaient une vraie admiration et surtout une réelle affection, voire de l'amour, pour Pantani. C'est pour ça que la descente aux enfers a été encore plus terrible. D'un dieu vivant, il est passé à un pestiféré. Je pense que ça a dû être terrible à vivre.

Mais je garderai le souvenir de lui, certes sur le Tour, mais aussi dans les critériums. J'ai eu le plaisir de l'accueillir d'ailleurs chez moi à la Polynormande, il y avait Pantani et Richard Virenque. Je pense que je n'ai jamais eu une telle ferveur et un tel enthousiasme sur le circuit que l'année où étaient présents ces deux grimpeurs. Je me rappelle aussi de la Ronde des Korrigans à Camors où il a pris le micro et il s'est mis à chanter tous les grands succès italiens. Il avait vraiment une proximité avec les gens. Je trouve que c'est un gâchis que sa vie ait été aussi courte. C'est même plus qu'un gâchis, c'est un drame.

 

Il reste l'un des symboles de ce cyclisme des années 1990, avec un style bien à lui, tant sur le vélo qu'en dehors ?

Oui, c'était quelqu'un qui avait une aura, qui avait du charisme. Les résultats sont importants, mais le charisme l'est également. Quand j'accueillais les coureurs à la signature le matin au départ du Tour, on attendait certes le maillot jaune mais Marco Pantani était l'un des plus attendus, c'est indéniable. Le public français souhaitait le voir. C'était quelqu'un d'emblématique.

 

Parmi ses 8 victoires d'étapes sur le Tour, laquelle vous a le plus marqué ?

Celle des Deux-Alpes en 1998. Il faisait un temps désastreux, c'était l'apocalyse et je revois sa frêle silhouette arriver dans la derière ligne droite, sous le déluge, et aller chercher la victoire. Je me souviens très bien de cette arrivée, d'autant plus qu'à côté de moi, il y avait Maurice Moucheraud, qui avait été champion olympique en 1956 avec l'équipe de France. J'avais vu dans son regard l'admiration pour Pantani. C'est vrai que Pantani déchainait l'enthousiasme, c'était un grimpeur et il était spectaculaire. Je vois encore sa frêle silhouette qui apparaît, avec l'eau qui jaillit de sous les roues, et c'était tout simplement sublime que de voir Pantani dans ses oeuvres.

 

Quand il gagne le Tour en 1998, c'est la folie en Italie puisque les tifosi attendaient de voir l'un de leurs coureurs en jaune depuis 1965 et la victoire de Felice Gimondi.

Oui, c'est vrai qu'en France, ce Tour a été marqué par les scandales que l'on sait mais il est arrivé à Paris, c'était l'essentiel. Pantani a été le vainqueur de ce Tour de France. J'aurais souhaité qu'il en gagne un autre, dans des conditions beaucoup plus sereines, mais c'est vrai qu'en Italie, il a été accueilli comme un héros parce qu'il avait déjà marqué le Giro de son empreinte. C'est l'homme des exploits dans la haute montagne. Quel que soit le parcours, et bien évidemment la fin de parcours de Marco Pantani, on n'oubliera jamais l'ange de la montagne qu'il a été.

 

En 1999, il est sur le point de remporter le Giro mais il est exclu après un contrôle antidopage qui aurait été commandité par la mafia. Son dauphin au classement général, Paolo Savoldelli, refusera de porter le Maillot Rose lors de l’étape suivante. Cette anecdote montre bien tout le respect qu'il inspirait au sein du peloton ? 

Oui, c'était un athlète conquérant mais qui n'était jamais moqueur. Il était joyeux d'être sur le vélo. J'ai fait la tournée des critériums, c'est là qu'on voit les coureurs, et il était ravi d'être aimé par le public parce qu'il aimait les gens. C'est aussi un coureur qui a été victime de graves chutes dans sa carrière, de très graves chutes qui l'ont éloigné des compétitions pendant de longs mois et à chaque fois il est revenu. Chez ses adversaires et dans le public, c'est quelque chose qui a marqué. A chaque fois il a su rebondir, sauf évidemment la dernière fois.

 

Lors du Tour de France 2000, vexé par les déclarations condescendantes de Lance Armstrong à son égard, il attaque à 130 kilomètres de l'arrivée dans l'étape vers Morzine. C'était aussi un coureur particulièrement offensif ?

Il était fier et les propos qu'avait tenus Lance Armstrong ne lui convenaient pas donc là, c'est l'orgueil du champion. On n'est pas champion sans orgueil. Marco Pantani était un orgueilleux et il voulait montrer qu'il n'avait pas besoin des propos condescendants de Lance. Il demeurait un grand champion. Il y a eu tous les problèmes que l'on sait mais Marco Pantani était très certainement l'un des meilleurs grimpeurs, peut-être même le meilleur, de sa génération.

 

On sait qu'il a brillé en France sur le Tour, mais il a aussi terminé 3e de la Polynormande en 1995 ! Comment aviez-vous fait pour le faire venir ?

Il m'a dit qu'il ne ferait pas beaucoup de courses après le Tour. Il allait juste à Camors et chez nous. La veille, il se sentait fatigué et puis il a appelé mon président. Il ne voulait plus venir, il se sentait exténué, fatigué. Et le président dit : "Ecoute, Daniel est l'un de tes supporters, il se fait une joie de t'accueillir". Il s'est ravisé, il est venu, et il n'a pas regretté parce qu'il est resté très tard dans la soirée, il a passé un vrai bon moment avec nous. C'était la 40e Polynormande et je revois le podium. Il ne voulait pas partir, il y avait le public, il y avait Richard à ses côtés, et puis il y avait une belle ambiance.

 

Sa carrière laisse un goût d'inachevé, forcément, quand on voit l'étendue de ses capacités ?

Oui, c'est quelque chose qui me rend triste, très triste. Parfois, les mots sont durs à avaler, les mots font mal. Certes il a triché, mais ce n'est pas un assassin. Parfois, la violence des réactions fait qu'on peut être très fort, orgueilleux sur le vélo, et parfois ça vous déstabilise complètement. Je pense qu'à partir de là, Marco Pantani a été complètement déstabilisé. Il y a un très beau livre de Philippe Brunel qui explique que sa mort est suspecte. Je ne connais pas vraiment les tenants et les aboutissants mais c'est vrai que Marco Pantani a dû vivre des moments extrêmement douloureux qui, je pense, l'ont détruit moralement et physiquement. C'est terrible. Tu es un dieu vivant et d'un seul coup, tu es à mettre en enfer. Je pense que tout être humain doit éprouver beaucoup de difficultés à vivre une chose aussi difficile. Pour moi, c'est un drame. On ne doit pas mourir à cet âge-là et dans des conditions comme ça. Sa vie aura été un drame finalement. J'ai du mal à mettre les mots qu'il convient parce que Marco Pantani, c'était un jour le ciel est bleu et le lendemain le ciel est noir. Il n'y avait pas de transition de manière légère, on passait du beau temps à l'apocalypse. Il n'y avait pas de demi-mesure.

 

Marco Pantani est retrouvé mort le 14 février 2004 dans un hôtel de Rimini, à la suite d'une overdose de cocaïne. Comment réagissez-vous en apprenant l'information ?

J'ai eu du mal à le croire. Même s'il y avait la barrière de la langue, c'était quelqu'un de très chaleureux. J'ai ressenti ça comme un drame, du gâchis et une terrible injustice. Je pense que les derniers mois de sa vie, après avoir vécu des années de bonheur, ont dû être des mois de souffrance. Tout être humain n'est pas armé pour cela.

 

Les circonstances de sa mort étaient d'ailleurs particulières. Elles ont généré beaucoup de doutes et de fantasmes, encore présents aujourd'hui.

J'ai lu le livre de Philippe Brunel*, très, très bien écrit et je vais me remettre dedans pour bien essayer de comprendre. Il y a plein de zones d'ombre, oui. Si c'est ce que révèle Philippe dans son livre, comme quoi il aurait été assassiné, c'est encore plus triste.

*Vie et mort de Marco Pantani, Grasset, 2007.

 

Dans le peloton actuel, vous voyez des coureurs qui lui ressemblent ?

Le cyclisme a changé. On n'a plus le même cyclisme qu'à l'époque où il avait de longues chevauchées. C'est difficile, chacun a sa propre personnalité. Il faut trouver quelqu'un de charismatique et qui ait l'adhésion du public. Franchement, je ne vois pas. Pour moi, Pantani était unique et c'est très bien ainsi. Je retiens deux choses : ses exploits et la fin, qui a un goût d'inachevé. On n'imagine pas la fin d'un homme qui est au coeur de sa vie comme ça. De temps en temps, je me dis que j'aimerais bien qu'il revienne, qu'on puisse lui poser des questions. En tout cas, je garde le souvenir d'un immense champion, qui fascinait la foule.

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Publié le par Quentin BALLUE

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