Tour de France - Vincent Lavenu: «Il y aura toujours cette blessure au fond de moi»
Grâce à Paul Seixas, l'équipe Decathlon CMA CGM est sous le feu des projecteurs sur ce 113e Tour de France ! Et il y a une personnalité qui regarde cela de loin, avec "tendresse", c'est Vincent Lavenu. Fondateur et patron de la structure, anciennement connue sous le nom AG2R La Mondiale, jusqu'à son licenciement en 2024, Cyclism'Actu a pu échanger avec lui à Chambery, sa ville d'adoption, avant le départ de la 17e étape dans la prefecture savoyarde. Évidemment, Lavenu s'est exprimé sur ce Tour de France, sur Paul Seixas mais aussi et surtout sur ses objectifs avec l'équipe Ma Petite Entreprise, dont il est le manager général, et qui prépare actuellement son premier Tour de France Femmes avec Zwift.
"Je suis toujours attaché aux coureurs de Decathlon CMA CGM"
Vincent Lavenu, où sommes nous ?
On est dans une formidable région, avec un très beau département qui s'appelle la Savoie et une ville qui est tout aussi sympathique et historique qui s'appelle Chambéry et qui verra le départ de l'étape Chambéry-Voiron.
Chambery, c'est toute une histoire pour vous ?
C'est ma ville d'adoption, puisque moi je suis né à Briançon, dans les Hautes-Alpes, et puis quand j'ai migré des Hautes-Alpes vers la Savoie, je me suis installé à côté de Chambéry, à La Motte-Servolex, et j'ai construit une équipe cycliste professionnelle ici, sur le bassin chambérien.
Vous l'avez dirigé pendant combien de temps déjà ?
33 ans. C'est tout un pan de vie important que j'ai vécu avec beaucoup de bonheur, beaucoup de plaisir et qui m'a permis de connaître des émotions assez incroyables.
Qu'est-ce que vous pensez de ce qu'elle est devenue aujourd'hui, avec le prodige Paul Seixas. Qu'est-ce qui vous passe par la tête lorsque vous voyez tout cela ?
Je suis toujours très attaché aux coureurs, puisqu'une grande partie des coureurs qui font partie de cette équipe aujourd'hui, Decathlon CMA CGM, sont issus de nos rangs, de notre formation, dont d'ailleurs Paul Seixas, qui a intégré l'équipe junior à l'époque alors qu'il était seulement cadet première année. C'est là que nous avons commencé à obtenir ces rendez-vous et les accords avec ses parents. Et donc en tant que cadet 1, il a intégré l'équipe junior, qui était la réserve des différentes équipes, et Paul a franchi le rubicon directement de la catégorie junior à la catégorie professionnelle dans l'équipe World Tour.
Je regarde toujours cette équipe, et notamment ses coureurs, avec beaucoup de tendresse puisque l'équipe Decathlon CMA CGM est l'émanation des équipes AG2R La Mondiale et AG2R Citroën.
Paul Seixas... Sur le podium à Paris ?
"Seixas... le coureur que la France attend depuis 40 ans"
Le passé est digéré ?
Oui, au fond de moi-même, j'ai toujours cette blessure qui est là. Forcément, on ne peut pas effacer ce traumatisme qui est arrivé subitement et violemment. Après, la vie continue, pour ma part, je travaille sur d'autres sujets, d'autres projets. Je n'oublierai jamais ce qu'AG2R a fait pour moi durant toutes ces années, pendant 30 ans. Ils ont été des partenaires fidèles, extraordinaires. Ils m'ont permis de faire grandir cette équipe petit à petit, de structurer et de travailler sur la formation. On connaît les coureurs qui sont passés par cette équipe.
Les Romain Bardet, Nans Peters, Benoît Cosnefroy... Et aujourd'hui, évidemment, Paul Seixas qui est à la tête du cyclisme français. Je suis très fier d'avoir travaillé avec beaucoup d'enthousiasme grâce à mon partenaire AG2R La Mondial.
On revient à Paul Seixas. Toi qui l'a découvert, qui l'a fait grandir... Sincèrement, pour son premier Tour de France, tu le voyais capable de faire tout ça ?
D'abord, je l'ai découvert... Je n'étais pas le seul. Simplement, je le connais depuis qu'il est en benjamin, puisqu'il venait courir souvent dans la région. Je connais ses parents également. Nous avons réussi à le séduire, si je peux appeler ça comme ça, et lui dire de venir intégrer notre équipe junior. Il y avait d'autres équipes qui étaient sur le coup aussi. D'ailleurs, j'ai vu que Mauro Gianetti avait proposé à Paul de les rejoindre. Il a choisi de rester fidèle à nos engagements. Effectivement, aujourd'hui, on se rend compte que le phénomène Seixas est un phénomène assez incroyable, avec ce garçon qui évolue à vitesse grand V.
Au départ du Tour, on m'a souvent posé la question de savoir qu'est-ce que Paul pouvait faire. Je lui ai dit que les cinq premiers, c'était envisageable. Le podium, pourquoi pas. Après, il y a plein de circonstances. On a vu d'ailleurs la chute de Lipowitz hier (mardi, lors de la 16e étape) et la chute de Vingegaard. Mais Paul a démontré qu'il était au niveau... C'est le coureur français que la France attend depuis 40 ans, tout simplement depuis Bernard Hinault. C'est un garçon qui a une classe naturelle incroyable, qui est aussi très serein, très adroit, qui est toujours au bon endroit, qui prend les bonnes décisions. Il a tous les ingrédients pour devenir le grand champion que la France attend.
Il va le faire, le podium ?
Je pense qu'il n'est pas mal parti, oui. Aujourd'hui, il n'est pas très loin de Del Toro. Entre lui et Del Toro, ça se joue à pas grand-chose. Remco (Evenepoel) est très très fort. Est-ce qu'il va passer la dernière semaine de montagne ? C'est aussi des questions qu'on se pose. Derrière lui, il n'y a que Juan Ayuso et l'autre coureur dont j'ai bouffé le nom (Mattias Skjelmose), qui ne sont pas très loin non plus. On sait très bien qu'une défaillance peut arriver pour n'importe qui, pour Paul ou pour un autre. Donc le podium est tout à fait envisageable, oui.
Célia Le Mouël championne de France du chrono pour Ma Petite Entreprise
"On ne vient pas sur le Tour de France pour faire de la figuration"
Vincent Lavenu a toujours rebondi. Et là, après les hommes, ce sont les femmes avec Ma Petite Entreprise. Le pari est gagné ?
D'abord, j'ai répondu favorablement à un projet qui a été initié par deux personnes, qui sont des entrepreneurs savoyards, qui s'appellent Michaël Amand et Emeric Ducruet, et qui m'ont présenté ce projet. J'ai trouvé que c'était un projet qui était plein de bonne valeur, plein de bon sens. Donc j'ai décidé de les accompagner, de leur apporter mes connaissances, mon réseau, pour que cette équipe puisse évoluer rapidement.
Et dès la première année, en 2026, on a obtenu le sésame de la part de l'UCI pour obtenir la licence Pro Team, ce qui nous ouvre des courses internationales importantes, dont le Tour de France. On va participer, dès notre première année, au Tour de France. Et on a déjà des résultats qui sont, somme toute, très intéressants, puisque notamment Célia Le Mouël est devenue championne de France de chrono professionnelle, devant notamment toutes les meilleures françaises. Donc ça, c'était un vrai plaisir. On a aussi Clémence Latimier, qui réussit des très, très beaux résultats, et Océane Mahé également. Donc on a une équipe qui est, dès la première année, opérationnelle, qui a un bon niveau, et surtout qui permet à ce nouveau modèle économique de vivre et d'espérer.
Voilà, je rappelle le modèle économique, ce sont les petites et moyennes entreprises qui viennent en support de cette équipe professionnelle. Donc on souhaite toujours avoir d'autres partenaires pour nous permettre de grandir, d'évoluer, de perdurer. Donc si des gens m'écoutent, et si des particuliers ou des entreprises ont reçu le message, rejoignez-nous sur mapetiteentreprise-equipecycliste, et vous verrez, il y a plein de belles choses à faire.
Vous allez donc découvrir le Tour de France Femmes avec Zwift. Ce n'est pas pour seulement montrer le maillot ?
Non, non, non, on a des ambitions. D'ailleurs, ces derniers mois, l'équipe a été performante. Je pense qu'on a bien préparé le Tour de France, avec un stage en altitude à Puy-Saint-Vincent, dans les Hautes-Alpes, pendant trois semaines. Donc les filles ont bien bossé. On sait que c'est un passage obligé pour réussir. Et voilà, on a 3-4 filles qui sont à un très très bon niveau. Donc on va aborder ce Tour, évidemment pas en tant que favoris, il y a des grandes équipes qui sont là pour ça, mais avec des ambitions, avec l'envie d'aller à l'avant, d'aller pourquoi pas prendre et échapper, et le gain d'une étape.
Ce serait quoi un Tour de France Femmes réussi pour vous, pour votre petite entreprise qui ne demande qu'à grandir ?
Oui, ma petite entreprise, ce serait une place dans les 15 premiers au classement général, je pense que c'est envisageable dans les 15-20 premiers, et également une victoire d'étape, ce serait le must. On a déjà réussi de belles choses, et si on arrive à gagner une étape, ce serait extraordinaire.
