Tour de France - Romain Grégoire : «Je suis serein pour la suite du Tour»
Par Paul-Antoine STEVENIN le 13/07/2026 à 11:48
Ce n'est pas le début de Tour de France rêvé pour Romain Grégoire (Groupama-FDJ United)... Pour l'inauguration de son maillot de champion de France, le puncheur français a connu une première semaine ponctuée de hauts, mais aussi de très bas. Dans le coup sur les deux premières étapes, le Français a ensuite commencé à sentir les effets de la canicule, en connaissant une 6e étape très compliquée, en ayant même du mal à tenir les roues du Grupetto sur les pentes du Tourmalet. La journée de repos est donc bienvenue pout le Normand qui espère que sa condition va s'améliorer pour les deux prochaines semaines de course. Le Franc-Comtois ets revenu sur ce Tour de France lors d'une conférence à laquelle a assisté Cyclism'Actu.
"Je me suis battu avec les armes que j'avais"
Avant toute chose, Romain Grégoire a expliqué quel serait son plan pour cette première journée de repos : "Les autres vont aller rouler un petit coup, une heure, moi j'ai fait le choix de rester à l'hôtel, de faire le repos complet, ce que j'ai déjà fait sur mes premiers grands tours. La première semaine est longue, on dit qu'il y a trois semaines, mais au final c'est un bloc de neuf jours, après deux blocs de six jours, donc les huit et neuvièmes jours sont vraiment longs, et je pense que c'est pas mal de faire un repos complet le premier jour de repos, pour vraiment remettre les compteurs à zéro. Je pense que faire un aller-retour au café ou faire un repos complet, ça ne changera pas mes sensations de demain, donc autant essayer de faire un reset complet au niveau des réserves énergétiques."
On t'a vu beaucoup à l'arrivée cette semaine avec les larmes aux yeux. Si tu reviens sur cette semaine, comment tu la résumerais ?
J'ai une semaine qui avait plutôt bien commencé, je pense qu'à Barcelone j'étais vraiment bien, je pense qu'on a fait un bon chrono par équipe et j'ai fait une belle étape à Montjuic (étape 2), donc ça avait commencé du bon pied. Après plus les jours allaient, plus ça se compliquait un petit peu. Je pense que j'avais beaucoup de mal à récupérer, surtout avec cette chaleur, donc je pense que les efforts en sur une journée, comme aux Championnats de France ou comme à Montjuic dimanche, ça se passait bien, mais l'accumulation des jours, l'accumulation de la fatigue, ça perturbait un peu la récupération et ça allait de moins en moins bien.
Déjà mardi (étape 4) même si j'ai réussi à me mettre à l'avant dans l'échappée, je sentais que ça n'allait pas, je me suis battu avec les armes que j'avais, mais il n'y a déjà pas grand chose pour faire une belle étape mardi, donc déjà c'était un peu dommage. Et puis après mardi ça n'allait plus du tout, j'ai eu un vrai trou de forme de mercredi à vendredi, j'ai eu trois jours compliqués, donc il a fallu passer ce moment pas facile, c'était pas toujours plaisant, mais bon j'ai pu profiter maintenant de vendredi et samedi avec des étapes de sprint un petit peu plus tranquilles pour essayer de bien me réhydrater, de bien prendre de l'énergie au maximum pour attaquer la suite du tour du bon pied.
Je sentais hier que ça allait déjà beaucoup mieux, c'est plutôt de bonne augure, je suis assez serein pour la suite du Tour, je pense que le plus beau reste à venir.
Est-ce que c'est des larmes parce que tu étais un peu déçu de pas être aussi performant que tu l'aurais espéré dans cette étape ?
C'est des larmes d'un corps qui ne peut pas se retenir, parce qu'à ce moment j'étais à bout de force. J'ai tout donné dans cette étape simplement pour finir, et mon corps m'a lâché petit à petit, je pédalais avec tout ce que j'avais, mais je n'avais plus de force nulle part dans le corps. À un moment il y a eu des larmes, je ne sais même pas pourquoi, c'est juste que je ne pouvais plus forcément contrôler ce que j'étais en train de faire, parce que j'étais tout simplement à bout. J'avais juste besoin de m'asseoir, de rester un moment seul avec moi-même, en essayant de récupérer un maximum, mais j'étais juste à bout.
L'étape de jeudi a été particulièrement difficile, l'une des plus dures journées de course que j'ai connue dans ma carrière, ça c'est sûr et certain. Je vais essayer de retenir le positif de cette semaine-là, et c'est sûr que oui l'état de fatigue actuel et ce qu'il s'est passé cette semaine oriente ma vision de la journée de repos, c'est pour ça que j'ai choisi de faire un repos complet pour essayer de bien me refaire.
Est-ce que l'idée d'abandonner t'as traversé l'esprit, jeudi ou même un autre moment dans la semaine ?*
Non, non, ça c'est sûr que non, l'idée d'abandonner absolument pas. Après au moment où j'avais du mal à garder les roues du grupetto, je ne me suis pas inquiété pour le délai, mais presqu. Je savais que si je lâchais ce groupetto ça pouvait vite se compliquer, donc c'est plutôt ça qui m'inquiétait, mais non je ne suis pas quelqu'un qui a l'habitude d'abandonner et ça ne m'a même pas traversé l'esprit, mais c'est vrai qu'il a fallu se battre.
Clément Braz Afonso, coéquipier de Grégoire, était dans l'échappée ce dimanche
"Il n'y a pas beaucoup de place pour les seconds couteaux"
Est-ce que ce maillot bleu-blanc-rouge, est-ce que ça peut donner des ailes un 14 juillet même si l'étape va être difficile ?
Je pense qu'il peut peut-être y avoir un petit peu d'euphorie au début, mais ça ne dure pas bien longtemps sur le Tour de France, parce que la réalité sportive nous rattrape rapidement et la douleur dans les jambes aussi. Il ne faudra pas s'attendre à un miracle, mais c'est sûr que j'avais envie justement de faire briller les couleurs bleu-blanc-rouge un 14 juillet, ça reste quelque chose d'important pour tout le monde.
C'est un jour particulier quand on a le maillot de champion de France sur les épaules, donc forcément j'aurai à coeur de faire une belle étape demain. Après la réalité du terrain c'est que l'étape de demain va être super difficile et destinée aux pures grimpeurs dans le final. Je me mets en tête de pouvoir faire une belle étape demain, essayer de pouvoir prendre l'échappée, pour me projeter à l'avant et essayer de voir ce que ça donne malgré le final difficile.
Je pense que je peux retrouver un niveau physique plus que correct qui peut me permettre de jouer sur certaines étapes. Quand on regarde le bilan de cette première semaine, on se rend compte que sur le Tour de France, comme chaque année, il n'y a que des superstars mondiales qui sont capables de s'imposer, il n'y a pas de place pour les autres coureurs, donc ça s'annonce très compliqué. Les occasions ne vont pas être hyper nombreuses sur cette fin de Tour de France, les étapes qui arrivent sont beaucoup destinées soit aux purs sprinteurs, soit aux purs grimpeurs, des étapes intermédiaires, il n'y en a plus 15 000. Celle de Belfort qui passe à la maison, je pense que c'est un peu les limites hautes de mes capacités avec le Ballon d'Alsace, mais je me dois d'essayer parce que c'est quasiment la seule occasion de la semaine et après il y aura peut-être l'étape de Voiron en troisième semaine qui peut être intéressante avant l'étape des Champs-Élysées, donc même si ce ne sont pas des étapes qui sont parfaites sur le capacité, ça laisse au moins trois petites chances d'espérer d'ici la fin du Tour.
Comment tu vois la manière de courir de l'équipe de Pogacar, et notamment sa capacité à ne presque jamais laisser les échappées tranquille ?
C'est sûr que c'est un peu démotivant, j'ai suivi de loin aussi l'étape d'hier (étape 9), je pense que même eux ne savaient pas tellement pourquoi ils roulaient, c'est sûr que c'est un peu compliqué de prévoir des stratégies quand les autres équipes ne savent pas tellement quelle stratégie adopter, même pendant la course. Après, vu la différence qu'on peut constater physiquement entre leur équipe et nous, je pense qu'on ne doit pas forcément s'occuper de leur tactique, on doit faire notre course, tenter ce qu'on a à tenter, et après il faudra le petit brin de réussite en plus pour que ça se concrétise.
De toute façon, il n'y a pas grand-chose de plus à faire, je pense. J'ai l'impression que c'est un peu comme ça depuis 2-3 ans sur le Tour, depuis que je fais le Tour au final, depuis 2024, il n'y a que ce genre de cours qui sont capables de gagner, il n'y a pas beaucoup de place pour les seconds couteaux. C'est la plus grande course du monde, c'est la course dont tout le monde rêve, donc au final, c'est normal que ce ne soit que les plus grands qui soient capables de gagner. Après, il faut essayer d'élever son niveau pour espérer pouvoir un jour en faire partie, mais si c'était facile, ça n'aurait pas la même saveur, donc c'est ça aussi la beauté du Tour de France.
Peut-être juste avoir ton avis Romain sur le début de Tour de Paul Seixas qui fait son premier Tour, est-ce que tu as parlé un petit peu avec lui sur ses sensations, est-ce que tu entends dire des choses aussi, comment tu le vois sur les premières étapes et cette semaine compliquée pour tout le monde ?
Je n'en ai pas parlé avec lui, je crois qu'il est assez focus dans sa bulle, en tout cas, c'est l'image que j'en ai depuis l'intérieur du peloton. Du coup, je n'ai pas beaucoup d'éléments à donner supplémentaires à ça, je n'ai pas pu trop échanger, mais bon, il a l'air dans le match, donc c'est bien pour lui.
