Route - L'UNCP, le CPA, comment ça marche ? Les explications de Pascal Chanteur

Par Titouan LABOURIE le 31/10/2025 à 19:13. Mis à jour le 25/12/2025 à 21:30.
Route - L'UNCP, le CPA, comment ça marche ? Les explications de Pascal Chanteur
Route
Photo : @CyclismActu / Sirotti

Ancien coureur professionnel entre 1991 et 2001, Pascal Chanteur est aujourd’hui président de l’Union Nationale des Coureurs Cyclistes Professionnels (UNCP), le plus ancien syndicat de sportifs en France, fondé par les frères Bobet. Engagé depuis plus de vingt ans dans la défense des coureurs, il œuvre au quotidien pour améliorer leurs conditions de travail, renforcer la sécurité et accompagner la reconversion des athlètes. À l’occasion d’un entretien accordé à Cyclism’Actu, il revient sur les missions de l’UNCP, la collaboration avec le syndicat international CPA, les avancées en matière de sécurité et les défis économiques du moment, dans un contexte marqué par la disparition de plusieurs équipes et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir du peloton professionnel.

 

"L'UNCP est comparable dans son fonctionnement à la CGT ou la CFDT, mais sans..."

Bonjour Pascal Chanteur, merci de nous accorder cette interview pour Cyclism’Actu. Pour commencer, pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous nous dire ce que vous faites aujourd’hui ?

Merci à vous pour l’invitation. Bonjour à toutes et à tous. J’ai été coureur professionnel pendant onze ans, de 1991 à 2001. Ce furent des années formidables, dans un métier passionnant, exigeant mais passionnant. Après ma carrière, j’ai souhaité continuer à m’impliquer dans le cyclisme, comme je le faisais déjà à l’époque, au sein du syndicat des coureurs. Je pense qu’il est essentiel de participer activement à la vie de sa profession. Le métier de coureur, ce n’est pas seulement appuyer sur les pédales. C’est aussi comprendre, faire évoluer et défendre ce qui entoure le quotidien des cyclistes, surtout aujourd’hui où la professionnalisation s’est encore renforcée.

 

Vous êtes donc aujourd’hui président de l’UNCP. Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est cette organisation et quelles sont ses missions ?

Effectivement, je préside l’UNCP, l’Union Nationale des Coureurs Cyclistes Professionnels. Je ne suis pas seul : Jean-Claude Cucherat, Xavier Jan, Christophe Agnoluto ou encore Carlos Da Cruz y participent activement. L’UNCP, c’est le premier syndicat de sportifs professionnels créé en France, fondé il y a plus de 70 ans par Jean et Louison Bobet, avant même celui des footballeurs. Notre rôle est simple : accompagner et soutenir les coureurs pendant et après leur carrière. Cela passe par des conseils juridiques, fiscaux, médicaux, ou encore par un appui dans leurs démarches administratives et leur reconversion. C’est un vrai syndicat professionnel, comparable dans son fonctionnement à la CGT ou la CFDT, mais sans aucune connotation politique. Nous travaillons main dans la main avec les équipes, les organisateurs et les institutions, parfois avec des désaccords, mais toujours dans un climat de dialogue et de respect mutuel.

 

Et quelle est la différence entre l’UNCP et le CPA, le syndicat international ?

L’UNCP agit au niveau national. Nous travaillons avec les équipes françaises. Nous collaborons au sein de la Ligue sur différents dossiers, notamment en commission paritaire, où employeurs et représentants des coureurs échangent pour améliorer le quotidien de la profession. Le CPA, lui, est la structure internationale présidée par Adam Hansen. J’y siège comme vice-président, aux côtés de Xavier Jan, trésorier. L’UNCP y dispose de deux sièges : c’est par ce biais que nous faisons remonter les problèmes rencontrés par les coureurs français au niveau mondial, que ce soit auprès de l’UCI, des équipes via l’AIGCP, ou des organisateurs représentés par l’AIOCC.

 

"Les braquets limités... de la frustration"

L’un des sujets majeurs aujourd’hui, c’est la sécurité. Comment travaillez-vous sur ce point, en France comme à l’international ?

En France, nous siégeons au sein de la Ligue, notamment dans la commission de sécurité. Avant chaque période de courses, nous auditons les épreuves à venir afin d’identifier d’éventuels problèmes. L’idée est de prévenir plutôt que de réagir après un drame. Au niveau international, nous collaborons avec SafeR, l’organisme indépendant mis en place par l’UCI pour identifier les failles de sécurité. Mais je le dis souvent : trop d’actions sont encore réactives. On avance, certes, mais il faut aller plus vite. Nous avons obtenu plusieurs avancées : l’homologation des barrières inclinées sur les arrivées, ou encore la normalisation mondiale de la signalétique de sécurité (les panneaux seront désormais identiques partout, du Japon à l’Amérique du Sud). C’est un progrès essentiel pour les coureurs. Concernant le matériel, le cyclisme évolue très vite. Nous devons légiférer pour que les innovations technologiques ne mettent pas la sécurité en danger. C’est pour cela, par exemple, que nous avons voulu tester les braquets limités.

 

Justement, ce test avait été prévu sur le Tour du Guangxi, avant d’être bloqué par une plainte de SRAM. Quelle est votre réaction ?

De la frustration, évidemment. Nous ne sommes pas là pour freiner le progrès, mais pour garantir la sécurité des coureurs. Quand un industriel dépose une plainte pour défendre ses intérêts économiques, on se retrouve pris en otage. Les innovations comme les freins à disque, par exemple, ont des avantages, mais aussi des risques. En cas de chute collective, les disques peuvent devenir dangereux. Il faut en parler, pas le cacher. Ce que nous défendons, c’est le principe que la sécurité doit toujours primer sur le business.

 

"On veille au respect des contrats"

Certains trouvent que les décisions sur la sécurité ou les sanctions manquent de rapidité ou de fermeté. Qu’en pensez-vous ?

Je comprends cette impression. Moi aussi, j’aimerais que les choses aillent plus vite. Mais dans le monde institutionnel, tout prend du temps : il faut cadrer juridiquement chaque décision, harmoniser les points de vue, trouver des financements. Malgré tout, les progrès sont réels. Beaucoup d’organisateurs, y compris de petites courses, investissent de plus en plus dans la sécurité : tapis, barrières, signalétique, zones neutres. Un tapis de sécurité coûte plus de 150 euros, et il en faut parfois une centaine pour une course… Cela demande du temps et de l’argent. Sur le plan réglementaire, les cartons jaunes ont apporté un premier cadre, même si leur application reste perfectible. Certains jugements sont discutables, mais il faut aussi reconnaître la difficulté du rôle des commissaires.

 

Autre sujet sensible : la disparition d’équipes comme Arkéa ou la fusion Intermarché-Lotto. Environ 60 coureurs se retrouvent sans contrat. Quel rôle joue l’UNCP dans ce contexte ?

La situation est compliquée, et elle reflète la conjoncture économique actuelle. Quand les entreprises réduisent leurs budgets, le sport en souffre immédiatement, car il dépend du sponsoring. Notre rôle, d’abord, est de veiller au respect des contrats de travail. Les coureurs sont salariés en CDD : ces contrats doivent être honorés jusqu’à leur terme. Nous les accompagnons juridiquement si besoin. Ensuite, nous les aidons dans leur reconversion. Tous les coureurs, qu’ils soient en Conti, ProTeam ou WorldTour, peuvent bénéficier de formations. En novembre, nous organisons d’ailleurs deux sessions destinées aux néo-pros. Cela existe depuis plus de dix ans et permet aux jeunes de connaître leurs droits, leurs devoirs et de préparer l’après-carrière.

A lire aussi...

L'info en LIVE

20:23 Route Victor Lafay, sans contrat : "Je n'aurai pas de contrat en janvier 2027" 19:57 Route Voici les 10 coureurs avec le plus de jours de course de la saison 2026 19:45 Analyse Brennan, Widar… les plus grands talents à suivre de la génération 2005 19:38 Marathon Un ancien vainqueur du Giro a impressionné au Marathon de New York 19:30 Transfert EF Education-EasyPost continue de miser sur sa formation 19:22 Tour d'Italie Monte Zoncolan, Mortirolo… voilà le parcours du Giro d'Italia 2027 19:14 Transfert Cinq arrivées et cinq départs au sein de la Conti Groupama-FDJ United 18:58 Route Les familles du cyclisme pro ont voté en faveur d'une ligue pro autonome 18:44 Route Une nouvelle équipe italienne et grecque ? Lefevere n'est pas convaincu 18:36 Tour d'Italie Pourquoi Remco Evenepoel devrait manquer le Giro 2027 18:19 Tour Down Under Paul Magnier, sa rentrée dès janvier 2027 en Australie ? 18:02 Route Émilien Jacquelin a dévoilé le nom de son équipe pour la saison 2027 17:49 Cyclo-cross Aubin Sparfel : "Paul Seixas ? Je suis un peu différent de lui" 17:24 Route Le manager de la performance de Lotto-Intermarché signe chez Unibet 16:57 Route Une équipe féminine en difficulté financière va disparaître 16:00 Tour d'Italie Femmes On est fixé sur le parcours du Giro d'Italia Women 2027 ! 14:58 Médias Ni pub et ni pop up sur Cyclism'Actu... pour moins de 1€ par mois 12:00 Tour d'Italie Suivez les présentations des Giro et Giro Women 2027 en direct 10:34 Tour d'Italie Voici le parcours du Giro 2026 qui aurait fuité... 10:19 Route Ils sont encore 169 coureurs pros sans contrat pour la saison 2027
fleche bas fleche haut

Sondage

Que pensez-vous du parcours du Tour de France 2027 ?








-
-
-