Route - Daniel Mangeas : «Je ferai mon jubilé en 2024 aux France»

Par Nicolas GAUTHIER le 08/11/2023 à 19:30. Mis à jour le 25/12/2023 à 11:27.
Route - Daniel Mangeas : «Je ferai mon jubilé en 2024 aux France»
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Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Que cela fait du bien de retrouver notre chroniqueur tellement occupé, Daniel Mangeas... il ne vous avait pas manqué, vous ? De retour de Pontchâteau, où il a animé, accompagné de son acolyte Damien Martin, les Championnats d'Europe de cyclo-cross avec sa ferveur et sa passion habituelles début novembre, le speaker le plus célèbre de France - qui enchaîne encore et toujours les apparitions à un rythme époustouflant - a tenu à évoquer les principaux coureurs que l'on n'aura plus la chance de voir dans le peloton en 2024. Thibaut Pinot, Tony Gallopin, Nacer Bouhanni, Peter Sagan, Mikaël Cherel... tous ces noms évoquent forcément des choses et des souvenirs à l'un des historiens du cyclisme en France. Mais ce n'est pas tout... Daniel Mangeas a également accepté de parler un peu de lui... et nous révèle même un scoop : les Championnats de France sur route 2024, les 50e de son immense carrière, qui auront lieu chez lui en juin prochain, dans son village de Saint-Martin-de-Landelles (Manche), seront les derniers qu'il passera derrière le micro.

Vidéo - Daniel Mangeas parle des retraités... et de son avenir !

 

"Je continuerai à animer pour le plaisir et pour aller voir des amis"

"2024, ça sera mon jubilé des Championnats de France sur route. Ça fera 50 ans que j'anime les Championnats de France, et mon 50e, je l'animerai chez moi, à domicile, à Saint-Martin-de-Landelles. Ce seront mes derniers Championnats de France sur route, je ne pensais pas que j'aurais eu le bonheur d'en commenter 50. Je continuerai à animer pour le plaisir et pour aller voir des amis, les métiers de passion sont toujours plus difficiles à arrêter que les autres", confie Daniel Mangeas en exclusivité pour Cyclism'Actu, actant ainsi le fait qu'il va "tranquillement diminuer l'animation", son infini amour pour le cyclisme ne l'autorisant pas à quitter la scène du jour au lendemain.

 

"C'est un privilège de pouvoir faire dans sa vie d'adulte le métier dont je rêvais déjà à 4 ans"

Daniel, en 2024, ça fera 10 ans que tu as animé ton dernier Tour de France. Est-ce que tu as regretté, ne serait-ce qu'une journée, avoir décidé d'arrêter le Tour en 2014 ?

Arrêter le Tour, c'est un peu comme une rupture sentimentale, même si je m'y étais préparé sept ou huit ans auparavant. Sur le plan professionnel, le premier Tour de France qui a suivi mon arrêt, ça a été un moment difficile à vivre. Cependant, il faut arrêter d'être égoïste : j'ai ma femme, mes enfants, mes petits-enfants. Ça faisait 40 ans que je n'avais pas pris de vacances d'été, donc le plan familial a pris le dessus sur la passion. Mais j'ai toujours cette même forme et cette même passion. L'animation fait partie de mon ADN, de mon équilibre. C'est un privilège de pouvoir faire dans sa vie d'adulte le métier dont je rêvais déjà à 4 ans, avec mon tube d'aspirine vide en guise de micro. Et je suis moins fatigué lorsque je travaille, alors...

 

"Thibaut Pinot, sa vie sportive est une véritable dramaturgie"

Nous allons maintenant parler de ces champions qui partent à la retraite. Commençons par Thibaut Pinot.

Le souvenir que j'ai de Thibaut, c'est sa première victoire d'étape sur le Tour de France, à Porrentruy. Lorsqu'il gagne, j'avais à côté de moi Dietrich Thurau, qui avait été maillot jaune sur les routes du Tour à la fin des années 1970, et il m'a dit : "celui-là, il a de la gnac et du tempérament." Thibaut avait un peu désobéi à Marc Madiot pour aller gagner l'étape, c'est vraiment un souvenir marquant de sa carrière pour moi.

Thibaut Pinot, c'est une figure emblématique. Il y avait un vrai lien du coeur entre lui et le public, j'ai l'impression que chaque Français se reconnaissait en lui. Sa vie sportive est une véritable dramaturgie, avec notamment ce Tour 2019 où on croit qu'il va le gagner, avant d'abandonner le lendemain, blessé. On est passé d'un ciel tout bleu avec un immense soleil à une tempête totale. Ce sont des choses qui arrivent rarement, qui marquent les esprits et dont les gens se souviennent obligatoirement. Et puis, il a ce côté naturel, comme l'a également Julian Alaphilippe. On ne trompe pas les gens, et la sincérité, c'est quelque chose que le public ressent.

 

"Pinot et Poulidor, deux champions populaires qui avaient un regard totalement différent sur la popularité"

Peut-on comparer la popularité de Thibaut Pinot à celle de Raymond Poulidor ?

C'est très difficile à dire. La popularité de Raymond s'étale sur plus d'un demi-siècle, alors qu'on ne sait pas encore combien de temps va durer celle de Thibaut. Et puis, ce sont deux hommes très différents. Sans dire qu'il fuyait la foule, Thibaut ne la recherchait pas vraiment. Il s'accomode d'être avec ses chèvres, dans la campagne. Raymond, il aimait ce contact, il avait besoin de ressentir l'affection du public. C'était un petit peu son carburant. Il partait souvent de chez lui pour maintenir ce lien qu'il avait avec le public. Je pense qu'on verra moins souvent Thibaut que l'on ne voyait Raymond. Ce sont deux champions populaires, mais ils avaient un regard totalement différent sur la popularité et le public.

 

"La persévérance de Tony Gallopin lui a permis de faire une bien belle carrière"

Thibaut Pinot a été fêté dignement sur le Tour de Lombardie, et le lendemain, c'était au tour de Tony Gallopin d'être célébré sur Paris-Tours. On peut dire que Tony a perpétué la tradition des Gallopin dans le cyclisme.

Absolument. C'est quelqu'un qui, comme père (Joël) et oncles (Alain, Guy et André), avait l'amour du vélo. Lorsqu'il était cadet ou junior, il était loin d'être le premier de la classe, mais sa persévérance lui a permis de faire une bien belle carrière, avec en point d'orgue son maillot jaune puis sa victoire d'étape à Oyonnax sur le Tour de France 2014, ainsi que sa Clasica San Sebastian. Comme il le dit toujours, il était peut-être moins doué que son père ou ses oncles lorsqu'il était jeune, mais c'est celui qui a réalisé la plus belle carrière. C'est quelqu'un de réservé, que j'ai toujours vu d'humeur égale. C'est ce qu'on appelle un enfant bien élevé.

 

"Nacer Bouhanni, je sentais le moment où je pouvais l'interviewer"

Contrairement à Thibaut Pinot et Tony Gallopin, Nacer Bouhanni a vécu une sortie autrement plus triste et va quitter le peloton un peu dans l'anonymat, ce qui est bien sûr loin d'être mérité.

Nacer avait une grande classe, mais je dirai qu'il a peut-être été un peu incompris. Il avait cette hargne et un caractère bien trempé. Il a vécu des moments difficiles dans sa carrière, a eu l'image d'un mauvais garçon, mais moi, je garde de bons souvenirs de lui. Je sentais le moment où je pouvais l'interviewer et je devinais le moment où il fallait le laisser tranquille. Lorsqu'on voit ce par quoi il est passé il y a un peu plus d'un an de cela (Daniel Mangeas fait référence à la grave chute subie par Nacer Bouhanni sur le Tour de Turquie 2022, ndlr), je lui souhaite le meilleur.

 

"François Bidard, c'est l'arrêt qui m'a le plus surpris"

D'autres coureurs ont décidé d'arrêter, dont les deux Normands que sont Mikaël Cherel et François Bidard.

Mikaël Cherel, c'est l'enfant de mon village. Je suis de Saint-Martin-de-Landelles et lui est de Saint-Brice-de-Landelles, à 3 kilomètres du circuit de la Polynormande. Le public normand a beaucoup apprécié que la Polynormande soit la dernière course française de sa carrière, avant de prendre la direction de La Vuelta. Il a fait un très beau discours sur le podium, le public était heureux de pouvoir lui dire au revoir. Il a réalisé une grande et belle carrière d'équipier de haut niveau, en obtenant des victoires par procuration avec les coureurs qu'il amenait dans les meilleures conditions pour aller gagner.

Pour ce qui est de François Bidard, c'est l'arrêt qui m'a le plus surpris. Je ne m'attendais pas à ce que ce très bon équipier arrête sa carrière maintenant, je me disais qu'il allait pouvoir enfin disputer son premier Tour de France après avoir pris part à six Giro et trois Vuelta. Il aurait pu être un précieux coéquipier sur un Tour. Il a certainement mûrement réfléchi avant d'annoncer sa décision d'arrêter sa carrière.

 

"Ce sont des coureurs attachants, sérieux et remarquables qui quittent le peloton"

Matthieu Ladagnous, Maxime Bouet, Pierre-Luc Périchon, Laurent Pichon : voilà quatre autres coureurs français qui ont raccroché leur vélo !

Matthieu Ladagnous, c'est un peu le même style que Mikaël Cherel, mais avec des qualités différentes. Il a gagné les 4 Jours de Dunkerque, la Polynormande, mais mon premier souvenir de lui, c'est cette belle étape qu'il avait gagné sur le Tour Méditérranéen en 2006. Maxime Bouet a aussi fait une très belle carrière, et je vois encore son bonheur lorsqu'il avait gagné sur le Tour de l'Ain. Henry Anglade, Jean Dumont, Joseph Carrara, Raymond Elena... tous ces anciens coureurs étaient sur le bord de la route et ne voyait que par Maxime ce jour-la.

De son côté, Pierre-Luc Périchon aurait pu être normand puisque c'est certainement sur Paris-Camembert et la Polynormande qu'il a réussi ses plus belles prestations. Enfin, Laurent Pichon, j'ai des souvenirs très forts avec lui à Châteaulin puisqu'il va partir à la retraite sans avoir gagné les Boucles de l'Aulne. Le Breton a fait des podiums, mais il n'a pas réussi à l'emporter, tout comme il n'a pas réussi à gagner le Tro Bro Leon, l'autre course de son coeur. Tous ces coureurs dont on parle, je les ai toujours vus avec le sourire sur le podium. Ils étaient heureux de faire ce métier et en même temps fier de réaliser une belle carrière selon leurs possibilités respectives. Ce sont des coureurs attachants, sérieux et remarquables qui quittent le peloton.

 

"Peter Sagan avait tout simplement ce qu'on appelle le charisme"

Des coureurs étrangers s'en vont également, dont le triple champion du monde Peter Sagan et le champion olympique Greg Van Avemaet.

Mes derniers Tour de France ont correspondu à l'avènement de Peter Sagan, et je me souviens de son père qui, à l'arrivée des étapes, venait dans ma cabine et suivait son fils. J'ai le souvenir de son énorme cri lors de la première victoire de Peter. Sagan, c'est un garçon qui a rendu service au sport cycliste. On devient star lorsqu'on est connu ailleurs que dans son sport, et c'était le cas de Peter Sagan.

Nombreuses ont été les personnes qui m'ont parlé de Peter Sagan sans être véritablement passionnées de cyclisme. Il avait tout simplement ce qu'on appelle le charisme. Greg Van Avermaet est aussi un grand monsieur, il est très sympa. Il vient du football, il était troisième gardien dans le club de Beveren, et il s'est ensuite tourné vers le cyclisme. Ça a été un coureur très agréable, qui a terminé dans une équipe française et qui a eu l'honneur d'être champion olympique, ce qui fait de lui un coureur à part.

 

Et pour finir Daniel, un mot sur quelqu'un que tu connais bien, à savoir David van der Poel, qui arrête aussi. Que peux-tu nous dire sur le grand frère de Mathieu ?

C'est un homme discret. Étant plus âgé que Mathieu (David est de juin 1992, Mathieu de janvier 1995), David est arrivé le premier, puis il s'est vite retrouvé dans l'ombre de son frère, ce qui est toujours un peu difficile à vivre. Mais je crois qu'il a pris du plaisir et a réalisé une bonne carière. C'est lui qui a ouvert le chemin à Mathieu et on voit les résultats que ça donne.

 

Qui va le plus vous manquer parmi ces néo-retraités ?

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