ITW - Pierre-Yves Chatelon : «On ne connaît pas les limites de Paul Magnier»

Par Nicolas GAUTHIER le 17/02/2024 à 13:33. Mis à jour le 20/02/2024 à 18:21.
ITW - Pierre-Yves Chatelon : «On ne connaît pas les limites de Paul Magnier»
Photo : Patrick Pichon - FFC / @tourofoman

Si le potentiel de Paul Magnier n'était pas passé inaperçu les années précédentes, le voir remporter deux courses dès ses débuts professionnels n'était franchement pas quelque chose d'attendu. Au vu des performances du jeune phénomène de la Soudal Quick-Step, vainqueur d'une manche du Challenge de Majorque et d'une étape du Tour d'Oman, Cyclism'Actu a souhaité s'entretenir avec une personne qui connaît bien le coureur de 19 ans, et c'est vers Pierre-Yves Chatelon, le sélectionneur de l'équipe de France Espoirs masculine sur route depuis 2014, que nous nous sommes tournés. Le natif de Bourg-Argental, dans le département de la Loire, apporte son regard sur les débuts en fanfare de Paul Magnier, qui avait brillé sous ses ordres, en septembre dernier, en décrochant la médaille de bronze sur la course en ligne des Championnats d'Europe. L'homme de 52 ans évoque également dans cet entretien "son" équipe de France U23, qui sort d'une fantastique saison 2023, dont le point d'orgue avait été bien sûr le titre mondial obtenu par Axel Laurance (Alpecin-Deceuninck) en août dernier à Glasgow. Cette interview de Pierre-Yves Chatelon est à lire et/ou écouter ci-dessous.

 

"Paul Magnier, c'est une crème, un garçon avec qui on aime bien travailler"

Étes-vous surpris par les performances réalisées par Paul Magnier en ce début de saison 2024 ?

Oui, on est un petit peu surpris de le voir évoluer tout de suite à ce niveau-là, même si on l'avait vu arriver. Il évolue actuellement dans un registre de pur sprinteur, et j'avoue que je ne l'avais pas catalogué comme tel jusqu'ici. On le savait capable d'aller très vite sur des arrivées difficiles, à la façon d'un puncheur, ce qu'il avait démontré en Juniors, puis en Espoirs l'an dernier, avec notamment cette médaille de bronze au Col du Vam lors des Championnats d'Europe, mais je ne lui prêtais pas encore cette qualité de briller sur des sprints massifs.

Moi, je le catalogue plutôt comme un puncheur capable des passer les bosses d'une certaine distance et d'une certaine difficulté. Ce ne sera jamais un grimpeur, mais on ne connaît pas encore toutes ses limites. Je pense qu'il pourra évoluer avec brio sur les classiques vallonnées, voire même sur les courses par étapes de moins d'une semaine.

 

Et au niveau de sa personnalité, comment le décririez-vous ?

C'est une crème, un garçon avec qui on aime bien travailler. Il fait preuve parfois d'un peu de naïveté car il découvre plein de choses, mais c'est le type de garçon très intéressant pour le collectif. Il est très bien élevé, super gentil, reconnaissant et heureux de vivre. On le retrouvera en sélection à quelques occasions cette année, et notamment au mois de septembre avec cet enchaînement Championnats d'Europe - Championnats du monde.

 

"On veut inculquer des valeurs de collectif et d'amour du maillot de l'équipe de France"

Qu'est-ce que Pierre-Yves Chatelon, sélectionneur des Espoirs, attend de 2024 ? Peut-on faire mieux que l'an dernier ?

Très honnêtement, ce sera difficile de faire mieux. Ce qu'on attend, c'est de continuer à accompagner ces jeunes vers le haut niveau pour que leur transition vers la catégorie Élite et le WorldTour, pour certains, se passe dans les meilleures conditions. On veut également leur inculquer des valeurs de collectif et d'amour du maillot de l'équipe de France, que Julian Alaphilippe n'hésite pas à rappeler lorsqu'il vient en sélection. Ce qui m'importe, c'est de développer cet état d'esprit.

 

Constatez-vous un changement, au niveau de votre fonction et de votre travail, lié à ce développement des jeunes qui intervient de plus en plus tôt ?

Oui, clairement. Déjà, au niveau de la disponibilité des coureurs pour la sélection U23, on est plus dans la négociation avec les équipes afin que les coureurs ayant envie de venir en sélection puissent venir. C'est difficile de faire un programme très important, de mettre en place beaucoup de stages, voire de disputer beaucoup d'épreuves, parce que dès la sortie des Juniors, les coureurs sont accaparés par leurs équipes. Je ne sais pas si c'est un bien ou un mal, mais c'est clairement une évolution des choses.

 

"Il y a chaque année des satisfactions, même si on aimerait bien sûr remporter le Tour de l'Avenir"

Il y a une épreuve du calendrier Espoirs qui attire les observateurs plus que les autres, c'est le Tour de l'Avenir. L'équipe de France n'a plus gagné cette course, ni même placé un coureur sur le podium depuis 2016. Est-ce que c'est quelque chose qui vous manque et avez-vous l'ambition de voir l'un de vos coureurs sur le podium en 2024 ?

C'est effectivement un regret, depuis la victoire de David Gaudu en 2016, de ne pas avoir plus brillé sur cette épreuve. Ceci dit, on a quand même toujours obtenu des résultats plutôt sympas, comme la deuxième place sur le contre-la-montre par équipes l'an dernier, un exercice qu'on avait beaucoup travaillé. Il y a chaque année des satisfactions, même si on aimerait bien sûr remporter le Tour de l'Avenir. Après, encore une fois, le résultat n'est pas une finalité, le but, y compris sur le Tour de l'Avenir, étant de faire progresser les coureurs et de leur apprendre des choses.

 

"On essaye de ne pas mettre trop de pression à des garçons comme Léo (Bisiaux)"

Léo Bisiaux passe des Juniors aux Espoirs cette année. On sait que la transition entre ces deux catégories n'est pas simple, mais ses résultats obtenus en cyclo-cross cet hiver sont très encourageants pour la route !

Oui, c'est vrai, mais j'essaye toujours de rester un peu sur la réserve. Je compare les performances de Léo Bisiaux en Juniors à celles par exemple d'un Hugo Toumire, qui avait notamment gagné la Course de la Paix Juniors. Aujourd'hui, rien ne nous dit que le potentiel de Léo soit supérieur à celui de Hugo, qui tarde à confirmer chez les pros. On essaye donc de ne pas mettre trop de pression à des garçons comme Léo, même s'il suscite des espoirs. Une carrière est faite de hauts et de bas, il ne faut pas aller trop vite en besogne afin de ne pas griller mentalement ces jeunes coureurs.

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