INTERVIEW - Mauro Gianetti : «Milan-San Remo sans Wellens et Narvaez... »

Par Titouan LABOURIE le 18/03/2026 à 20:18. Mis à jour le 21/03/2026 à 07:44.
INTERVIEW - Mauro Gianetti : «Milan-San Remo sans Wellens et Narvaez... »
INTERVIEW
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

À quelques jours de Milan-San Remo, premier Monument de la saison, Mauro Gianetti s’est confié à Cyclism’Actu. Le manager général de la formation UAE Team Emirates XRG évoque sans détour les ambitions de Tadej Pogacar, obsédé par la "Classicissima", les difficultés tactiques d’une course insaisissable, mais aussi le cas Paul Seixas. Entre stratégie, rivalités et émergence de nouveaux talents, il livre une vision claire et ambitieuse de la meilleure équipe du peloton international.

 

Milan-San Remo, le grand défi de Pogacar

On est à quelques jours de Milan-San Remo, un des premiers grands rendez-vous de la saison. Est-ce que vous sentez l’attente ? Vous avez déjà envie d’y être ?

Ça fait une année qu’on attend la revanche sur Milan-San Remo, que ce soit nous ou Tadej bien sûr. C’est une course extraordinaire, très intéressante, très difficile dans sa simplicité. On est vraiment motivés de voir ce qu’il va se passer samedi entre Milan et San Remo.

 

Justement, c’est une course que vous n’avez jamais gagnée. On sait que pour Tadej, c’est un très gros objectif. Comment faire, quelle est la tactique pour réussir à gagner ce Monument qui vous échappe ?

Déjà, il faudrait être plus fort que les autres. Tadej est bien motivé, il a fait une course cette année, les Strade Bianche, il a bien travaillé. Comme d’habitude, c’est un professionnel sérieux. La vérité, c’est qu’il s’est souvent entraîné cette année sur le parcours de Milan-San Remo pour étudier le parcours, même s’il le connaît par cœur, mais aussi pour se motiver sur ces routes. Tactiquement, c’est quand même assez compliqué, parce qu’il faudra qu’il soit capable de gérer les situations et de profiter des opportunités. Ce n’est pas un secret : le point où c’est possible de faire la différence, c’est soit la Cipressa, soit le Poggio. Ce n’est pas facile ailleurs. Tout le monde va être sur lui, mais tout le monde ne pourra pas oublier Van der Poel ou Ganna, qui sont aussi prêts pour cette course. Il faudra avoir une équipe à ses côtés, mais ça aussi c’est compliqué, parce que rentrer à la Cipressa devant avec plusieurs coéquipiers, c’est difficile. Tout le monde a le même but, pas que nous. Les places devant ne sont pas nombreuses, donc la vraie clé, c’est l’entrée de la Cipressa.

 

Les absences de Jonathan Narváez et Tim Wellens compliquent-elles encore un peu la tâche ?

Oui, bien sûr. Les qualités de Tim Wellens et de Jonathan Narváez dans cette course spécifique — savoir bien se placer sans trop dépenser d’énergie, puis garder les ressources nécessaires pour une très haute vitesse dans la Cipressa — vont nous manquer. Ce sont des coureurs d’expérience. Mais on a des jeunes : Isaac Del Toro, Jan Christen, Brandon McNulty, qui ont de très bonnes qualités. Peut-être pas la même expérience, mais la même envie de bien faire. Donc on fait avec. Notre début de saison a été un peu bouleversé par plusieurs chutes, avec beaucoup de coureurs hors course pendant de longues périodes : Jay Vine, Narváez, Wellens, Mikkel Bjerg, Vegard Stake Laengen… Ça a compliqué les choses, mais on a quand même réussi un bon début de saison.

 

Tadej a déclaré que gagner Milan-San Remo ou Paris-Roubaix cette année serait peut-être plus important que le Tour de France. En tant qu’équipe, qu’en pensez-vous ?

On prend course par course. Milan-San Remo est une course très importante, mais si moi, personnellement, je peux choisir, j’irais sur le Tour. Mais le Tour, ce sera pour plus tard. Maintenant, on se concentre sur Milan-San Remo et bien sûr Paris-Roubaix. Le défi de Tadej est extraordinaire. Je pense que le public a la chance de vivre un moment unique : voir un coureur capable de se battre sur Strade Bianche, Milan-San Remo, Paris-Roubaix, le Tour des Flandres, Liège… puis le Tour de France. C’est unique, c’est extraordinaire. Il faut en profiter.

 

Un début de saison contrasté

Globalement, comment jugez-vous le début de saison de votre équipe ? Déjà 16 victoires malgré les nombreuses chutes.

C’est vraiment très positif. C’est la première fois qu’on a autant de coureurs absents depuis le début du projet. Mais malgré ça, on a déjà obtenu 16 belles victoires. Et sur ces 16, il n’y en a qu’une seule de Tadej. C’est toute l’équipe qui a bien fonctionné. Les jeunes comme Antonio Morgado, Jan Christen, Isaac Del Toro ont bien commencé la saison. Jay Vine avec sa victoire au Tour Down Under, Adam Yates aussi.Ça montre que l’équipe fonctionne bien malgré les pépins, comme toutes les équipes d’ailleurs. On n’est pas les seuls à avoir des coureurs blessés. Donc je suis vraiment très content.

 

João Almeida était absent sur Paris-Nice. Pouvez-vous nous donner de ses nouvelles ? Sera-t-il au départ du Tour de Catalogne ?

Oui, normalement. Il était malade, avec un peu de fièvre avant Paris-Nice. Il n’aurait pas pu être compétitif. Aujourd’hui, ça ne sert à rien de courir fatigué ou malade. Il a donc préféré récupérer pour être prêt pour le Tour de Catalogne. Normalement, il va bien et sera au départ.

 

Avec l’espoir de concurrencer Jonas Vingegaard, récent vainqueur de Paris-Nice. Peut-on parler d’un premier duel avant le Giro ?

C’est déjà un deuxième round, et le troisième sera sur le Giro. Jonas n’a pas besoin de présentation. On a vu à Paris-Nice qu’il est en grande condition. Lui aussi a dû adapter son programme. Comme pour João Almeida, courir sans être prêt n’a pas de sens. Ça va être une belle bataille, mais pas seulement entre eux. Le niveau monte partout. La Catalogne est une course très exigeante, avec beaucoup de montagne. On y verra déjà des choses proches de ce qu'on va voir sur le Giro.

 

Les cas Paul et Nino Seixas

En France, on parle beaucoup de Paul Seixas depuis le début de saison. Quel est votre regard sur lui ? On a entendu dire que vous seriez intéressé par lui...

C’est extraordinaire de voir un coureur avec un talent aussi cristallin. Son début de saison est impressionnant, physiquement mais aussi dans le caractère. C’est un nouveau phénomène, comme Tadej, Van der Poel, Evenepoel ou Vingegaard. En plus, c’est un Français. Bien sûr, toutes les équipes regardent ce qu’il fait. Mais c’est lui qui décidera. Aujourd’hui, il est dans une très bonne équipe. En tout cas, chapeau à lui. Ce qu’il a fait sur Strade Bianche, c'était extraordinaire.

 

Avoir Paul Seixas et Tadej Pogačar dans la même équipe, ce serait un rêve pour vous en tant que manager ?

C’est plus qu’un rêve. Comme je l’ai dit, c’est le nouveau phénomène qui arrive et tout le monde rêve de l’avoir.

 

On a aussi vu son petit frère Nino Seixas en stage avec vous cet hiver. Comment cela s’est-il fait ?

On soutient une dizaine de coureurs juniors. On leur apporte du matériel, des conseils, sans contrat ni obligation. Quand des jeunes talentueux nous sollicitent, on les aide. Mais on tient à ce qu’ils restent dans leur environnement, près de leur famille, et qu’ils poursuivent leurs études. C’est la priorité. Nino fait partie de ces jeunes qu’on accompagne.

 

Certaines équipes développent des structures juniors. Pourquoi pas vous ?

Créer une équipe junior impliquerait de regrouper des jeunes loin de chez eux. Ce n’est pas notre philosophie. À cet âge, il faut surtout éviter les erreurs : trop s’entraîner, mal manger, brûler les étapes. Nous préférons leur donner des bases simples et les laisser évoluer dans leur environnement. Les études doivent rester prioritaires.

 

Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour ce week-end ?

Déjà une belle course, une belle bataille. On vit un cyclisme extraordinaire avec des champions incroyables. Et bien sûr, on espère enfin gagner Milan-San Remo.

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