INTERVIEW - Laurent Dufaux : «Élite Fondations a grandi, gagné en crédibilité»
Ancien coureur professionnel - vainqueur du du Critérium du Dauphiné en 1993 et 1994, vainqueur du Tour de Romandie 1998... - Laurent Dufaux est aujourd’hui cofondateur et directeur sportif d’Elite Fondations Cycling Team, structure suisse qu’il a contribué à faire grandir pas à pas depuis sa création. Désormais engagée pour la première fois au niveau Continental (3e division mondiale), l’équipe a récemment franchi un cap symbolique avec ses débuts professionnels sur le GP La Marseillaise. Auprès de Cyclism’Actu, le natif de Montreux revient sur l’évolution du projet, les ambitions à moyen terme, les réalités budgétaires de la troisième division mondiale et les défis à relever pour s’inscrire durablement dans le paysage du cyclisme professionnel.
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"Rien à perdre et tout à gagner"
Bonjour Laurent, re-bienvenue sur Cyclism’Actu. Vous étiez venu il y a un peu moins de deux ans présenter le projet Elite Fondations, créé en 2021. Qu’est-ce qui a évolué depuis au sein de cette structure suisse ?
Effectivement, le projet évolue chaque année. Elite Fondations a été créé en 2021 et nous sommes aujourd’hui entourés d’une équipe vraiment solide. L’objectif premier reste la formation des jeunes, leur offrir une structure de qualité. En Suisse, il manquait clairement des équipes de ce type pour permettre aux jeunes de progresser dans le cyclisme moderne. Au fil des saisons, l’équipe a grandi, gagné en crédibilité et en reconnaissance. Nous sommes arrivés à un tournant en 2025, avec la décision de franchir un cap en créant une équipe Continental. Le projet a donc été scindé en deux : une équipe orientée vers la troisième division mondiale, avec un statut professionnel, et une structure nationale que nous avons souhaité conserver pour continuer à assurer un vrai travail de formation.
Vous avez justement disputé récemment votre première course professionnelle avec le Grand Prix cycliste de Marseille – La Marseillaise. Comment avez-vous vécu cette première à ce niveau ?
Globalement, cela s’est plutôt bien passé. Il y avait évidemment une certaine pression : c’était la première course de classe 1 de toute l’histoire d’Elite Fondations Cycling Team. Nous avions bien préparé cette échéance, notamment avec un stage hivernal à Calpe. Pour nous, l’état d’esprit était clair : nous n’avions rien à perdre et tout à gagner. Le mot d’ordre était d’être opportunistes, d’essayer d’intégrer l’échappée matinale. Nous savions que la course se terminerait probablement au sprint. Malheureusement, la journée s’est conclue par une chute dans les derniers mètres : Guillaume Bagou, notre sprinteur pour le final, a été emporté dans une vague et a heurté les barrières, tout comme Victor Jean. Heureusement, sans gravité. Malgré cela, le bilan reste très positif. Nous étions dans l’échappée, encore trois coureurs présents dans le groupe final d’une cinquantaine d’unités. Cela nous rend confiants pour la suite, notamment à l’approche de l’Étoile de Bessèges.
"Notre budget cash se situe entre 750 000 et 800 000 francs suisses"
En tant que fondateur et directeur sportif, quel sentiment domine aujourd’hui , après être pleinement entré dans le monde professionnel ?
C’est un projet construit dans le temps. Le projet masculin national date de 2021, mais l’histoire globale d’Elite Fondations remonte à 2016 avec la création de l’équipe féminine. Cela représente bientôt dix ans d’expérience, avec une structure solide. Il fallait aussi être en adéquation avec nos partenaires. Le nerf de la guerre reste le budget. Dès lors que nous avons obtenu le soutien de nos sponsors, notamment de notre partenaire principal Elite Fondations, nous avons pu lancer concrètement le projet professionnel à partir de juillet dernier. L’objectif à long terme serait de créer une Pro Team, une équipe de deuxième division, mais cela passera par une phase de stabilisation en 2026 et 2027, et par un travail important sur la recherche de partenaires.
Sans entrer dans le détail, pouvez-vous donner un ordre de grandeur du budget nécessaire pour une équipe de troisième division ?
Notre modèle est un peu différent. Tous les coureurs sont salariés, avec des charges sociales déclarées. En revanche, une partie du staff est indemnisée mais exerce une activité professionnelle en parallèle. La passion reste centrale dans notre fonctionnement. Notre budget cash se situe entre 750 000 et 800 000 francs suisses, sans compter l’infrastructure : bus, véhicules, matériel, logistique. Si l’on intègre tout cela, le budget réel est bien plus élevé. Nous faisons partie des petits budgets continentaux, mais nous fonctionnons de manière très professionnelle, avec un sérieux très suisse.
"Profiter de chaque invitation, d’honorer la confiance des organisateurs"
La montée en Pro Team est-elle un objectif daté ?
Tout dépendra des moyens. La priorité reste de réussir cette première saison à ce niveau, de stabiliser le projet, puis de continuer à structurer. L’horizon 2028 semble plus réaliste : 2027 serait encore prématuré. Passer Pro Team implique un changement complet de dimension, avec du personnel salarié à plein temps et une organisation beaucoup plus lourde.
Sur quelles courses françaises verra-t-on Elite Fondation cette saison ?
Nous serons présents sur plusieurs épreuves françaises : la Classique du Var et des Alpes Martimes, la Route Adélie, Paris-Camembert, la Roue Tourangelle, ainsi que le Circuit des Ardennes. Nous avons également des invitations en Belgique, notamment pour le Samyn, la Famenne Ardenne Classic, et dans le Jura avec le Tour du Jura et la Classic Grand Besançon Doubs... Le calendrier est déjà bien construit jusqu’à l’été, même si nous attendons encore quelques confirmations.
Pour conclure, que peut-on vous souhaiter pour 2026 ?
Pour le cyclisme suisse, de continuer sur cette dynamique très positive. Pour Elite Fondations, de profiter de chaque invitation, d’honorer la confiance des organisateurs et de poursuivre notre progression. Et, pourquoi pas, de se retrouver un jour pour une interview en tant que Pro Team.

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