ITW - Samuel Maraffi médecin de la future ex TotalEnergies: «Une pathologie rare»

Par Cyclism'Actu le 08/11/2026 à 19:14. Mis à jour le 08/11/2026 à 21:14.
ITW - Samuel Maraffi médecin de la future ex TotalEnergies: «Une pathologie rare»
ITW
Photo : Total Energies Pro Cycling / Cyclism'Actu

Alors que la future ex ou ex future équipe Team TotalEnergies du président Jean-René Bernaudeau et de son manager général Stéphane Heulot s’apprête, mardi 10 novembre à 11h30, à dévoiler son futur sponsor titre, alors qu'une une page importante de l’avenir de la formation vendéenne se prépare donc à s’écrire, le médecin de l’équipe , le Docteur Samuel Maraffi a accepté de répondre aux questions de Cyclism’Actu sur l’endofibrose de l’artère iliaque externe, une pathologie qui touche régulièrement les cyclistes de haut niveau. À travers les cas récents de Célia Géry et de Sandy Dujardin, il revient sur les symptômes, les difficultés du diagnostic, les conséquences d’une opération et les moyens de mieux accompagner les athlètes. Avec un message clair : la performance passe avant tout par la santé. Bref, Au-delà des enjeux sportifs et économiques, la santé des coureurs reste un sujet essentiel !

Vidéo - Samuel Maffari, médecin du Team TotalEnergies au micro de Cyclism'Actu

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Aucun symptôme au repos 

Longtemps considérée comme rare, l’endofibrose de l’artère iliaque externe est pourtant régulièrement rencontrée dans le cyclisme professionnel. "Quand j’ai fait mes études de médecine, on nous disait que c’était une pathologie rare. En exerçant dans le cyclisme, je ne la classerais plus dans cette catégorie", explique le Dr Samuel Maraffi. Depuis une dizaine d’années dans le peloton professionnel, il estime rencontrer "au moins un à deux cas par an, si ce n’est plus".

Cette affection se caractérise par la formation progressive d’un tissu à l’intérieur de l’artère, qui réduit son diamètre et limite l’apport sanguin vers la jambe. Sa particularité : elle ne provoque aucun symptôme au repos. Les douleurs, brûlures, picotements ou pertes de puissance apparaissent à haute intensité, puis disparaissent lorsque l’effort cesse. Un phénomène facilement confondu avec la fatigue habituelle du cycliste. "Au départ, on ne fait pas le lien : on se dit qu’il est normal d’avoir mal aux jambes lors d’un effort intense", souligne le médecin. Puncheurs, sprinteurs et grimpeurs peuvent ainsi être concernés, chacun ressentant les symptômes dans les efforts qui sollicitent le plus ses capacités.

 

Un diagnostic difficile et une opération lourde

L’absence de symptômes au repos complique considérablement le diagnostic. Une échographie ou un scanner classique peuvent ne rien révéler. Il faut parfois reproduire les conditions d'apparition de la douleur : le sportif pédale jusqu'à retrouver ses symptômes, puis les médecins mesurent immédiatement le débit sanguin. "À cet instant précis, à l’échographie, on observe une chute du débit sanguin", précise Samuel Maraffi. Des examens qui nécessitent des centres spécialisés encore peu nombreux.
Selon le médecin, l’âge moyen au diagnostic se situe autour de 26 ou 27 ans, chez des coureurs parcourant généralement entre 15 000 et 20 000 kilomètres par an. Lorsque la pathologie devient handicapante, la prise en charge est principalement chirurgicale. "C’est une intervention vasculaire lourde", rappelle-t-il. Chez les professionnels, il faut compter environ trois mois avant la reprise de l’entraînement et généralement quatre à six mois avant le retour en compétition.
Sandy Dujardin, opéré durant l’été, a ainsi pu organiser sa réathlétisation pendant l’intersaison. Mais une intervention au printemps peut compromettre une grande partie de la saison.


"Il ne faut pas forcément opérer des gens asymptomatiques"

Peut-on prévenir cette pathologie en modifiant sa position sur le vélo ? La flexion prolongée de la hanche et les positions très aérodynamiques ont longtemps été considérées comme des facteurs importants. Mais les mécanismes sont plus complexes. "Aujourd’hui, on sait que c’est plus complexe", explique Samuel Maffari, qui évoque également la longueur et la rigidité des artères, leur fixation au muscle psoas ou certains facteurs inflammatoires et métaboliques.
Le médecin appelle surtout à la prudence face aux dépistages systématiques. "Si l’on faisait passer des examens systématiques à tout le peloton professionnel asymptomatique, on trouverait chez beaucoup d’entre eux des artères légèrement rétrécies. Mais il ne faut pas forcément opérer des gens asymptomatiques !" Le diagnostic doit reposer sur les symptômes et leur retentissement à l’effort. En cas de douleur ou de perte de puissance récurrente à haute intensité, il recommande toutefois de consulter un médecin du sport ou un professionnel formé. Sans céder à l’inquiétude excessive, il faut savoir écouter les signaux envoyés par son corps.

 

"Un athlète performant est avant tout un athlète en bonne santé"

Au-delà de cette pathologie, le médecin détaille le suivi des 25 coureurs de TotalEnergies. Celui-ci comprend les examens réglementaires, mais aussi un accompagnement médical plus global, physique comme psychique, en lien avec les différents professionnels qui entourent les sportifs.
"Nous ne sommes pas là pour garantir la performance, ce qui ouvrirait la porte à toutes les dérives, mais pour garantir la santé. Un athlète performant est avant tout un athlète en bonne santé", insiste-t-il. Un message qu'il illustre avec une comparaison parlante : "Certains cyclistes sont prêts à dépenser 200 euros dans des galets de dérailleur en céramique pour gagner 1,2 watt à 46 km/h, mais hésitent devant un dépassement d’honoraires de 10 euros pour un dosage de vitamine D ou une consultation diététique à 50 euros !" Pour Samuel Maraffi, les priorités sont ailleurs : bien manger, bien dormir et bénéficier d’un suivi médical adapté. "La performance passe par la santé", conclut-il.

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