INTERVIEW - Marc Fayet : «Si j'avais été à la place de Vincent Lavenu...»

Par Titouan LABOURIE le 18/11/2025 à 18:28. Mis à jour le 24/12/2025 à 15:34.
INTERVIEW - Marc Fayet : «Si j'avais été à la place de Vincent Lavenu...»
INTERVIEW
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Ancien manager général d’AG2R La Mondiale et désormais à la tête du projet Ma Petite Entreprise, Vincent Lavenu s’associe à Marc Fayet — chroniqueur pour Cyclism'Actu, écrivain et directeur du Tour du Finistère — pour raconter une vie entière dédiée au cyclisme dans leur ouvrage "Vincent Lavenu, j’y crois toujours". Au micro de Cyclism'Actu, les deux hommes reviennent sans détour sur ce livre, sur la passion qui les anime et sur l’avenir d’un sport en pleine mutation.

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"C’est un travail d’une vie..."

Salut Vincent, salut Marc. C'est une grande première pour Cyclism'Actu d'interviewer un manager qui vient de sortir son bouquin avec son auteur, qui est accessoirement chroniqueur sur Cyclism'Actu. On va parler de ce livre, "J'y crois toujours". Vincent, ça veut dire que vous n'y croyez plus ?

Vincent Lavenu : Non, pas du tout. J’y ai toujours cru. Je crois que c’est un trait de mon caractère : croire dans ce que j’entreprends. Malgré les aléas et les difficultés qu’on rencontre dans le travail, dans une entreprise ou dans la vie en général, ma caractéristique, c’est "j’y crois toujours". Je me bats tous les jours pour avancer. C’est ce que ça signifie.

 

Marc, d'où vient cette idée ? Pourquoi écrire ce livre avec Vincent Lavenu ?

Marc Fayet : C’était une demande d’un éditeur auprès de Vincent. Et Vincent, instinctivement, a pensé que je pouvais être son collaborateur pour l’écriture. L’avantage, c’est que je croisais Vincent : on se connaissait un peu, il connaissait mon écriture, lisait parfois mes chroniques sur Cyclism'Actu, et il avait vu au moins un de mes spectacles. Une confiance s’est établie. Il considérait peut-être que je connaissais bien cet univers et que je savais l’écrire. J’ai été séduit immédiatement, parce que c’est aussi mon travail d’auteur : aller plus loin dans la découverte d’un homme, de son destin, de son parcours. Vincent m’a permis de faire ce travail, et c’est quelque chose qui me passionne encore aujourd’hui.

 

Marc, qu’avez-vous découvert chez Vincent Lavenu que le grand public ne connaissait peut-être pas ?

M.F. : Je ne peux pas me mettre à la place des lecteurs, mais ce que j’ai vraiment découvert, c’est sa détermination hors normes. Elle est au-delà de ce qu’on imagine chez quelqu’un qui a une passion. Chez lui, le sport — et le cyclisme avant tout — guide sa vie. C’est une valeur centrale de son existence, de son accomplissement, et aussi de son avenir. Personne n’avait vraiment idée de cette puissance de travail, ni de cette capacité à "y croire toujours".

 

Vincent, vous êtes un homme discret. Pourtant, dans ce livre, vous vous livrez avec une certaine facilité. Comment l’expliquez-vous ?

V.L. : Je ne sais pas si je suis discret, mais je ne suis certainement pas extraverti. J’ai souhaité collaborer avec Marc parce qu’on se côtoyait déjà via différents sujets, notamment la Ligue du cyclisme. Je suis allé voir plusieurs de ses spectacles, j’ai apprécié sa plume. Quand Talent Éditions m’a proposé cet ouvrage, il m’a semblé être la bonne personne : il écrit formidablement bien, connaît le vélo et possède cette sensibilité. Au fil du travail, on a appris à mieux se connaître. Je me suis livré parce que c’était important de dire certaines choses, de rectifier certaines perceptions, et de me faire mieux connaître à travers cette passion qui m’a animé tant d’années. C’est un travail d’une vie.

 

Rectifier certaines choses : lesquelles ?

V.L. : Quand on entreprend, beaucoup vous encouragent, mais d’autres sont plus circonspects. Trente-cinq ans autour d’une équipe, c’est beaucoup d’énergie, de temps, de réussites, de déceptions, d’accompagnement de sponsors, de coureurs, d’encadrants. Forcément, certains peuvent être médisants. Je ne suis pas quelqu'un de revanchard, je n’ai rien à regretter, mais je veux être au plus près de la vérité, de mes sentiments, et de cette vie remplie de passion et de bonheur.

 

"En tant qu’organisateur, nous ressentons une pression énorme"

Parlons de "Ma Petite Entreprise", votre nouveau projet.

V.L. : C’est un projet auquel je me consacre pleinement. Deux entrepreneurs chambériens sont venus vers moi il y a 8–10 mois : ils portaient l’idée d’une équipe cycliste féminine soutenue par des PME, TPE et ETI. Le cyclisme féminin a besoin d’encouragement. Ce projet m’a semblé plein de bon sens. Je m’y engage avec conviction. Le but est d’offrir à ces athlètes des conditions professionnelles acceptables. Le cyclisme féminin évolue, mais il reste beaucoup de travail : situations sociales, salaires, structures. Si des auditeurs souhaitent soutenir ce projet, ils sont les bienvenus : le cyclisme féminin le mérite.

 

Marc, en tant que directeur du Tour du Finistère, verra-t-on une édition féminine en 2026 ?

M.F. : Pas encore, hélas. Ce n’est pas un manque de volonté, mais de moyens. Nous n’avons pas encore le budget nécessaire. D’ici trois à cinq ans, cela deviendra sans doute incontournable. Le désir existe, mais il faut plus de partenaires privés.

 

Beaucoup s’inquiètent de l’avenir du cyclisme en France et en Europe. Pourquoi ?

M.F. : En tant qu’organisateur, nous ressentons une pression énorme : l’UCI demande aux équipes de participer à toujours plus d’épreuves WorldTour. Plus elles doivent honorer ces engagements, moins elles peuvent venir sur nos courses de catégories inférieures. Cela nous fragilise.

V.L. : Le cyclisme mondial est en pleine bascule depuis deux ans. Les équipes les plus puissantes disposent de budgets gigantesques, créant un décalage dangereux. Pour exister au plus haut niveau, il faut 35 à 40 millions d’euros. Peu d’entreprises peuvent s’engager à ce niveau. Les solutions ? Peut-être les "salary caps", mais le sujet est complexe.

 

Certains évoquent même l’idée de faire payer les spectateurs. Qu’en pensez-vous ?

M.F. : Impossible pour nous. En extérieur, sur route ouverte, on ne peut pas empêcher les gens de regarder. On peut faire payer l’accès à une zone paddock ou à une tribune spécifique, mais l’esprit du cyclisme, c’est la gratuité. Tant qu’on pourra préserver ça, il faut le faire.

 

Vincent, quid des droits télé et de leur redistribution ?

V.L. : C’est un vieux débat. Aujourd’hui, équipes et coureurs ne touchent rien. Mais même si les équipes recevaient 3 à 5 millions d’euros, je ne suis pas sûr que cela changerait la donne : les grandes équipes s’en serviraient pour recruter davantage. Notre modèle économique repose à 95 % sur le sponsoring, et il atteint ses limites. Il faut réfléchir à de nouvelles sources de financement.

 

"Au fil des mois passés sur ce livre..."

Finalement, quand on écrit "J’y crois toujours", on croit en quoi ?

V.L. : On croit en notre sport. C’est un sport magnifique, qui apporte du plaisir aux athlètes comme au public. Aujourd’hui, je me bats pour une équipe féminine, pour permettre à ces athlètes de vivre de leur sport. Le cyclisme féminin progresse, le vélo séduit de plus en plus de femmes, compétitrices ou non : cela va dans le bon sens.

 

Marc, auriez-vous imaginé Vincent Lavenu rebondir aussi vite ?

M.F. : Pour moi, c’est la preuve d’un caractère hors du commun. Après l’annonce brutale pendant le Tour 2024, beaucoup se seraient effondrés. Lui non : quelques mois plus tard, il était déjà au combat. Vincent croit en l’humain, en l’aventure, en le partage : bénévoles, coureurs, champions ou mécanos, il place toujours l’humain au centre.

 

Vincent, partagez-vous ce portrait ?

V.L. : Les mots de Marc me touchent beaucoup. Au fil des mois passés sur ce livre, nous avons appris à mieux nous connaître. C’est quelqu’un de très humain, très chaleureux.

 

Pour conclure, votre combat en 2026 : c’est quoi ?

V.L. : Faire progresser Ma Petite Entreprise, permettre à nos coureuses d’obtenir de bons résultats, de bonnes conditions, et construire une structure solide. Nous serons candidats au Tour de France Femmes dès la première année.

 

En résumé, organisateur du Tour du Finistère ou manager de Ma Petite Entreprise : même combat ?

M.F. : Oui : l’aventure, l’envie, la passion. Tant qu’elles sont là, il faut continuer.

V.L. : Le maître mot, c'est la passion et l'envie de rendre service à notre sport qui le mérite, tout simplement, parce que c'est un sport qui est merveilleux. 

 

Un vœu pour 2026 ?

M.F. : Oui, nous souhaiter une belle réussite, une belle exposition, des très beaux vainqueurs, et puis de l'émotion à partager.

V.L. : Moi, ce que je souhaite, c'est effectivement que l'initiative, la nouvelle initiative Ma Petite Entreprise progresse, s'installe, permette encore une fois à ces filles qui sont valeureuses de trouver des conditions acceptables et de faire de très beaux résultats, de faire de belles courses. Qu'on puisse permettre à des coureuses de s'exprimer et de gagner des courses. C'est un vrai challenge qui donne beaucoup de sens à ma vie. Et puis que ce bouquin se vende bien parce que j'espère qu'il y aura tout simplement plein de gens qui vont s'intéresser à cette histoire qui a été très bien écrite par Marc Fayet.  

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