INTERVIEW - Thomas Voeckler & Paul Brousse: «Si c'est facile d'être sélectionneur?»

Par Cyclism'Actu le 11/09/2026 à 20:24. Mis à jour le 11/09/2026 à 22:54.
INTERVIEW - Thomas Voeckler & Paul Brousse: «Si c'est facile d'être sélectionneur?»
INTERVIEW
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

À quelques heures de s'envoler pour le Canada et les Championnats du Monde de Montréal 2026, Thomas Voeckler et Paul Brousse, sélectionneurs respectifs des équipes de France masculine et féminine, font le point sur les ambitions tricolores. Entre la gestion du forfait sur blessure de Louis Barré (Team Visma | Lease a Bike), la redistribution des cartes en l'absence de Tadej Pogačar (UAE Team Emirates - XRG) et de Pauline Ferrand-Prévot (Team Visma | Lease a Bike), ou encore le statut des coureurs en puissance comme Paul Seixas (Decathlon CMA CGM Team) et Juliette Berthet (FDJ-Suez), les deux patrons des Bleus abordent ce rendez-vous québécois avec détermination. Thomas Voeckler et Paul Brousse ont embarqué Cyclism'Actu à l'arrière de leur taxi !

 

"Avec ou sans Pauline, notre plan est le même"

Paul et Thomas, si je vous dis : pas si facile la vie de sélectionneur des équipes de France ?

Thomas Voeckler : Oh, il y a pire tout de même ! C'est vrai que c'est la période un peu dans le "money-time" où on est au four et au moulin, mais enfin on aime ça, hein Paul ? Toute l'année, c'est le travail de l'ombre, le relationnel, la logistique. Là, ça continue, mais on entre dans le vif du sujet.

 

Honneur aux femmes si je peux me permettre. Paul, une équipe sans Pauline Ferrand-Prévot, ça change quoi ? C'était plus compliqué que prévu dans ta tête pour bâtir cette sélection ?

Paul Brousse : Non, on s'en accommode. C'est sûr qu'une Pauline Ferrand-Prévot avec un niveau de performance comme l'an passé devient très légitimement la leadeuse unique d'une équipe de France. Cette année a été un peu plus difficile pour elle. Et puis, lorsqu'on en avait reparlé en début d'année pour ce Championnat du Monde à Montréal, elle n'aurait pas souhaité non plus être leadeuse unique. Finalement, ça n'a pas changé grand-chose aux plans : on va partir avec l'idée d'avoir une course offensive avec plusieurs cartes. C'était le plan de départ, avec ou sans Pauline.

Malgré tout, il n'y a pas que sa façon d'appuyer sur les pédales : ses adversaires sont souvent concentrées sur elle, et ça aurait pu nous permettre de profiter de la situation. On ne l'aura pas. C'est ce qui s'était passé l'an dernier avec un gros marquage entre leaders qui avait profité, sans être péjoratif, à des "seconds couteaux" comme Magdeleine Vallières. C'est surtout dans la stratégie générale et le regard de nos adversaires sur l'équipe de France que ça change la donne.

 

"L'équipe des Pays-Bas reste très forte avec une individualité comme Demi Vollering"

Mais après, je suppose que les résultats du jour te satisfont, puisque Juliette Berthet est en pleine forme et s'est imposée sur le Faun Tour Dames. Est-ce que ce ne serait pas elle, la leadeuse ?

Paul Brousse : Juliette fera partie des filles protégées, qui ne seront pas mises à contribution pour épauler les autres. Elle sera parmi celles que j'attendrai dans le final pour jouer sa carte. Mais quand on regarde l'effectif, on voit tout de suite les filles qui sont là pour travailler, un rôle qu'elles tiennent toute l'année dans leurs équipes, à l'image de Léa Curinier ou Marie Le Net, des équipières de luxe. Derrière, on verra comment ça s'organise. Il y a le décalage horaire à digérer, on est en fin de saison et la forme de chaque athlète fluctue un peu. On affinera tout ça à 48 heures du départ, on en a déjà discuté avec les filles. En tout cas, c'est formidable de revoir Juliette à son meilleur niveau. Son entraîneur m'avait dit qu'à l'entraînement, ça tournait très fort depuis la fin du Tour : après avoir bien récupéré et retravaillé, elle battait régulièrement ses records. L'entraînement est une chose, la compétition en est une autre, et là, dossard sur le dos, elle confirme qu'elle est en pleine forme. Ça valide complètement son état de forme.

 

 

Tu parlais de Magdeleine Vallières. Chez les femmes, on a l'impression que la course est nettement plus ouverte que chez les hommes. À quoi s'attendre à Montréal ?

Paul Brousse : On peut effectivement s'attendre à une course plus ouverte que chez les hommes. Malgré tout, l'équipe des Pays-Bas reste très forte avec une individualité comme Demi Vollering, la meilleure cycliste du monde cette année, qui a presque tout gagné hormis Paris-Roubaix. Quand la mécanique orange se met en route et travaille ensemble, ce qui n'a pas toujours été le cas, mais qu'on a vu au Championnat d'Europe, ça peut faire de grandes choses. Ce sera l'équipe qui portera tout le poids de la course. Derrière, toutes les autres nations ont intérêt à être offensives, à créer du mouvement et à les mettre en difficulté.

 

"On sait que la Belgique devient la formation favorite avec Remco Evenepoel..."

En route pour Montréal… Thomas, impossible de parler des Mondiaux sans rendre hommage à Julian Alaphilippe. Quand on évoque ce rendez-vous, on pense immédiatement à lui, non ?

Thomas Voeckler : Ah oui ! On en a parlé plusieurs fois aujourd'hui avec d'autres médias. Évidemment, la personne de Julian revient systématiquement dans les sujets et les débats. Par ses résultats et sa personnalité, avec ses deux titres mondiaux, il a replacé la France au sommet. C'est lui qui a déclenché cette dynamique. On pense tous très fort à lui, et on n'a absolument pas oublié tout ce qu'il a apporté à l'équipe de France durant toutes ces années. C'est juste incroyable.

 

L'adage dit : jamais deux sans trois. La troisième, c'est pour cette année, Thomas ?

Thomas Voeckler : J'aimerais bien ! Pas pour ma personne, mais l'objectif reste évidemment de gagner la course et d'aller chercher le maillot arc-en-ciel. Maintenant, même si Tadej Pogačar avait été là, j'aurais annoncé la même chose : on part pour la gagne, et si elle devient inaccessible, on essaie de sauver le meilleur résultat possible. Là, on fait partie des outsiders qui ont une carte supplémentaire à jouer en l'absence de Pogačar pour viser le titre. Mais le nombre de prétendants est tout simplement hallucinant, ce qui ajoute une énorme part d'incertitude. On sait que la Belgique devient la formation favorite avec Remco Evenepoel, mais personne ne peut prédire le scénario. Quand Pogačar est au départ, on sait à peu près que la Slovénie va visser à un moment, qu'il va partir et que ce sera sauve-qui-peut. La course sera passionnante, mais l'équipe de France n'est pas plus avantagée qu'une autre par son forfait.

 

Tadej Pogacar a quitté les routes de La Vuelta lors de la 8e étape

 

"Évidemment, Paul Seixas fait partie des coureurs capables de s'imposer"

Vous avez tout de même Paul Seixas, sur qui les regards vont se braquer. La Belgique, avec Evenepoel et Van Aert, est-elle plus forte que l'équipe de France ?

Thomas Voeckler : Franchement, ça ne se dit pas comme ça. C'est difficile de décréter qu'une équipe est plus forte qu'une autre : à la fin, c'est en général celui qui gagne qui a raison. C'est une course d'un jour, pas un grand tour. Évidemment, Paul Seixas fait partie des coureurs capables de s'imposer. Peut-être pas le grand favori, mais un candidat à la victoire, et c'est pour cela que j'ai articulé l'équipe autour de lui afin de le placer dans les meilleures dispositions.

 

Le point noir de ce vendredi, c'est la mauvaise nouvelle tombée dans l'après-midi de ce vendredi : la fracture du poignet de Louis Barré.

Thomas Voeckler : Oui, c'est un vrai coup dur. Avec le décalage horaire, Louis m'a appelé tard jeudi soir alors qu'il passait des radios à l'hôpital. L'IRM passée aujourd'hui a malheureusement confirmé la fracture. On a attendu que son équipe communique avant de relayer l'information. J'ai dû m'activer pour trouver un suppléant. S'il n'y a pas un réserviste désigné déjà présent sur place, cela implique des démarches auprès de la formation concernée, la logistique du matériel, vérifier si le coureur n'est pas engagé ailleurs… Tout cela entre en compte. À l'heure actuelle, le nom de son remplaçant n'est pas encore arrêté. Nous avons transmis à l'UCI, comme chaque nation, une pré-liste de 12 coureurs susceptibles d'être au départ. Sept disputeront la course, Louis Barré était le huitième, et quatre coureurs peuvent désormais prendre son relais.

 

 

En pensant à Lenny Martinez ou Romain Grégoire, on brûle ou on est à côté ? Quand annonceras-tu le remplaçant ?

Thomas Voeckler : Je pense laisser passer les Grands Prix de Québec et de Montréal, riches d'enseignements, ainsi que la fin de La Vuelta et d'autres courses. Je prendrai ma décision d'ici lundi afin que le coureur concerné puisse nous rejoindre rapidement.

 

"Pogacar ? Je ne me réjouis absolument pas de son absence à Montréal"

Depuis l'abandon de Tadej Pogačar sur La Vuelta, on lit beaucoup de choses. Sans le patron au départ, qu'est-ce que ça change concrètement ?

Thomas Voeckler : C'est une excellente question, et je n'ai pas la réponse ! Que ce soit comme sélectionneurs ou consultants, nous étions habitués depuis des années à voir Pogačar écraser la course, s'envoler et s'imposer. Son absence change toute la donne : il faudra savoir s'adapter aux situations qui se présenteront, voire les créer ou les anticiper pour que nos coureurs réagissent au quart de tour le moment venu.

 

Dans moins d'un an, la France accueillera les Mondiaux 2027. Quand on est sélectionneur tricolore, a-t-on déjà la tête à cette échéance à domicile ou est-on focalisé à 100 % sur Montréal ?

Paul Brousse : On est tournés vers l'instant présent, mais ce Mondial 2027 reste en toile de fond dans nos têtes, exactement comme l'étaient les Jeux de Paris. On y pense forcément : on a envie de mettre l'équipe de France en confiance pour aborder ce rendez-vous à domicile de la meilleure manière, même si le groupe sera sans doute un peu différent. Ce sera un tracé exigeant, plutôt réservé aux grimpeurs et grimpeuses. Chez les filles, plusieurs coureuses présentes ici seront également de la partie l'an prochain en Haute-Savoie. C'est la construction continue d'un collectif et d'automatismes pour arriver au sommet en 2027.

Thomas Voeckler : Tout à fait d'accord avec Paulo. Que les choses soient claires : je ne me réjouis absolument pas de son absence à Montréal. Paul Seixas avait d'ailleurs confié au sujet du Tour de France que s'il devait un jour battre Pogačar, il préférerait que ce soit face à un Tadej au sommet de son art. Si vous lui posez la question, il vous dira sans hésiter qu'il préfère gagner face à Pogačar plutôt qu'en son absence. Ensuite, nous avons bien conscience qu'accueillir les Mondiaux à domicile en 2027 est exceptionnel. C'est dans un coin de notre tête, un peu comme une échéance olympique, et cela guide déjà certaines réflexions ou certains choix, même si notre objectif immédiat reste focalisé à 100 % sur Montréal.

 

Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour Montréal 2026 et pour ces Mondiaux 2027 ?

Thomas Voeckler : Commençons par Montréal ! Pour l'ensemble de l'équipe de France, toutes catégories confondues, les jeunes, les filles, les garçons, on aimerait évidemment des titres et des médailles. Mais surtout, de ne nourrir aucun regret : que chacun remplisse sa mission, exprime pleinement son potentiel et reparte sans le moindre goût amer. C'est déjà une excellente base.

Paul Brousse : Exactement. Et ce, dans toutes les disciplines : on parle beaucoup de la course en ligne, mais il y a aussi le contre-la-montre individuel, avec de belles opportunités chez les jeunes et le désir de faire le maximum chez les Élites, ainsi que le relais mixte. L'an passé, nous avions terminé vice-champions du monde à moins de sept secondes des Australiens. L'ambition sera présente partout : donner le meilleur de soi-même et monter sur un maximum de podiums.

A lire aussi...

L'info en LIVE

22:54 INTERVIEW Thomas Voeckler & Paul Brousse: "Si c'est facile d'être sélectionneur?" 22:51 Championnats du Monde L'équipe d'Allemagne à Montréal avec Lipowitz et Brenner 22:47 Route Pas de Canada, pas de Mondiaux Montréal 2026 pour Louis Barré ! 22:44 GP de Québec Remco Evenepoel : "Je suis très heureux… mais je dois rester calme" 22:39 VTT Adrien Boichis renonce aux deux dernières manches de Coupe du Monde 22:00 Média Toutes les vidéos de La Vuelta sur notre Youtube : Cyclism'Actu TV 21:52 GP de Québec Remco Evenepoel bat Giulio Ciccone ! Paul Seixas loin, Ayuso au sol 21:46 Route Pauline Ferrand-Prévôt met officiellement un terme à sa saison 2026 21:29 Transfert La Groupama-FDJ United a recruté un jeune grimpeur italien 21:10 Transfert Une jeune pépite belge promue chez la AG Insurance - Soudal 20:52 Championnats du monde Pas de Pauline Ferrand-Prévot, le collectif féminin dévoilé 20:37 Tour d'Espagne Vos pronostics pour la fin de cette Vuelta 2026 sur Cyclism'Actu 20:11 GP de Québec et Montréal Officiel ! Louis Barré out pour les prochaines courses 19:39 GP de Québec Starlist, parcours, favoris... Tout sur le GP de Québec ! 19:27 Média Cyclism’Actu cherche des rédacteurs... les informations ici ! 19:10 Tour d'Espagne Enric Mas : "Qu'une seule grande journée de montagne..." 18:52 Tour d'Espagne Après sa victoire, Stefan Küng a quitté les routes de La Vuelta ! 18:34 Tour d'Espagne Eddie Dunbar : "Après un très mauvais accident cette année..." 18:15 Route À 37 ans, David De La Cruz va ranger son vélo à la fin de la saison 17:56 Faun Tour Femmes Juliette Berthet gagne la 2e étape, Fisher-Black nouvelle leader
fleche bas fleche haut

Sondage

Après l'abandon de Tadej Pogacar, qui va remporter La Vuelta ?










-
-
-