INTERVIEW - Arnaud De Lie : «Avec la fusion, des liens se sont créés rapidement...»
Présent dans les locaux de son équipe à Tamise, en Belgique, Arnaud De Lie revient sur la fusion récente de son équipe et ses implications pour la saison 2026 au micro de Cyclism'Actu. Le jeune sprinteur évoque sa préparation hivernale, son plaisir retrouvé à courir, et la manière dont il gère la pression après deux années difficiles au printemps. Il détaille son programme de classiques, avec un focus sur les Flandriennes et Paris-Roubaix, et explique comment il entend tirer parti d’une équipe homogène et renforcée.
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"Je me suis dit : Arnaud t'es con !"
Dans la performance, certains disent que tu as “perdu” plusieurs jours. D’autres estiment qu’en 2024, tu t’étais peut-être trop entraîné durant l’hiver. Tu es d’accord avec ça ?
Oui, exactement. Franchement, avant l’accident, tout était bien cadré avec mon entraîneur. Chaque fin de semaine, on faisait le point et j’étais exactement là où je devais être. Après l’accident, j’ai forcément reculé, mais j’étais déjà dans un très bon état. Honnêtement, ça n’a duré que deux jours où je me suis dit : « Arnaud, t’es con ». Ensuite, j’ai changé d’état d’esprit. Je me suis rappelé que je savais rouler, que je savais faire des heures de vélo, et c’est ça le plus important. Il y a toujours des solutions.
Mars et avril vont être des mois clés pour toi, surtout après avoir manqué les classiques deux années de suite. Quel est ton objectif sur cette période ?
Mon souhait, c’est d’être présent, d’avoir dès le début de saison les mêmes jambes que celles que j’ai habituellement en deuxième partie de saison. Ce sont deux périodes très différentes, mais j’essaie de garder la sérénité que j’ai en fin d’année, de prendre du plaisir et d’avancer étape par étape, avec des petites victoires au quotidien.
"Je me mettais trop de pression"
Tu parles souvent de “petites victoires”. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
Parfois, après une semaine, réussir à poser le pied à terre, c’était déjà une victoire. Ce n’est peut-être rien vu de l’extérieur, mais ça montre que tu avances. Il faut accepter de parfois reculer d’une marche pour mieux avancer ensuite. C’est dans cette optique-là que je pense être plus fort mentalement que l’année passée.
Tu avais expliqué avoir perdu du plaisir ces deux derniers printemps. Tu as compris pourquoi ?
Oui, je pense que je me mettais trop de pression. Je voulais trop performer. À force de vouloir tout faire parfaitement, tu perds l’essence de ce que tu es, et pour moi, c’est m’amuser sur le vélo. Il faut bien sûr faire attention, être professionnel, mais aussi savoir lâcher prise. Si ce n’est pas parfait, ce n’est pas grave. Il faut faire les choses bien là où on a le contrôle, et accepter le reste.
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Est-ce que la variété dans tes lieux et terrains d’entraînement a joué un rôle ?
Oui, clairement. J’ai fait moins de jours en Espagne, d'avantage au Portugal, avec le stage de l’équipe. J’ai aussi roulé en Belgique dans la boue, parfois dans la neige, sous le soleil ou sous la pluie. J’ai trouvé un bon équilibre, notamment avec la famille, et ça m’a fait du bien.
As-tu ressenti plus de pression sur les courses de printemps que sur celles de fin de saison ?
Je pense que c’est surtout moi qui me mettais trop de pression en début de saison. Au final, ça ne sert à rien. Aujourd’hui, j’essaie d’être plus détaché, moins stressé. L’objectif, c’est de pouvoir rouler, de prendre du plaisir, et d’enchaîner les étapes.
Pour toi, c’est quoi un printemps réussi ?
Déjà, aller jusqu’à Paris-Roubaix sans pépin. Être présent, avec le bon état d’esprit, et à chaque arrivée, être satisfait de ma prestation. Pas forcément heureux tout le temps, ce n’est pas possible, mais content de ce que j’ai fait.
Un programme de classiques chargé
Ton programme de classiques est déjà bien défini ?
Oui, sur les grandes lignes. Normalement, je ne ferai pas l’E3, mais ça peut toujours changer. Je devrais faire l’Omloop, Kuurne, Tirreno, puis Bruges-La Panne, Gand-Wevelgem, À Travers la Flandre, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix.
Et pour les grands tours ?
Normalement, ce sera le Tour de France. C’est quasiment sûr. Je termine souvent bien après le Tour, j’ai une bonne relation avec cette course. L’objectif serait évidemment d’en gagner une étape, ce serait formidable.
"J'aime faire mes choix, me placer, rester calme, ..."
Comment as-tu vécu la fusion de l’équipe de l’intérieur ?
Honnêtement, tant que la fusion n’était pas actée, on n’avait pas beaucoup d’informations. J’ai continué à faire mon travail de coureur. Lors du training camp, on a compris la vraie histoire. On n’a pas vu deux équipes, mais un seul groupe. Des liens se sont créés rapidement et ça va clairement dans le bon sens.
Comment définirais-tu ton profil de sprinteur aujourd’hui ?
Je ne suis pas un sprinteur qui gagne en étant lancé de A à Z. Le sprint a beaucoup évolué. J’aime faire des choix, me placer, rester calme avant l’emballage final. Ce n’est pas toujours celui qui est devant à cinq kilomètres qui gagne. Mon sprint, c’est surtout une question de décisions et de timing.

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