Dopage - Alex Carera : «Le cyclisme a changé, le problème du dopage n’existe plus»
Par Benoît GILLES le 06/03/2026 à 19:12
C'est le sujet brûlant de ce début de saison dans le peloton professionnel, alors qu'approche Paris-Nice, ce dimanche, la première course WorldTour par étapes en Europe de l'année. Annoncé dès l'été dernier, la mise en place d'une expérimentation de contrôle longitudinal des puissances des coureurs professionnels, par l'Union cycliste internationale (UCI) et l'International Testing Agence (ITA), avait déjà fait couler beaucoup d'encre. Le but ? Créer un passeport de puissance, qui analyserait toutes les données, relevées à l'entraînement sur la base du volontariat pour l'instant, afin de cartographier l'évolution des performances au fil de temps, et ainsi, peut-être déceler de trop fortes variations qui ne relèveraient pas d'une progression "naturelle".
Vidéo - L'interview d'Alex Carera au micro de Cyclism'Actu
Lire la suite de l'article
Le syndicat des coureurs se dit "contre"
Ce test d'un an, en collaboration avec l'Université de Kent, était alors présenté par l'ITA comme devant servir de base pour créer "un outil supplémentaire dans la lutte contre le dopage". Plusieurs WorldTeams s'étaient portées volontaires pour partager leurs données, toujours selon l'ITA. Mais cette expérimentation n'est pas du goût de tout le monde, évidemment.
Le syndicat des coureurs (Cyclistes professionnels associés, CPA) est vent debout depuis le début. Son président, Adam Hansen, disait déjà l'été dernier : "Je suis 100% contre et les coureurs le sont aussi". Il en a remis une couche : "Pour l'instant, c'est volontaire, mais si cela devient obligatoire, que se passera-t-il si un coureur refuse de fournir ses données d'entraînement ? Sera-t-il contraint ? Comment ? Et que se passe-t-il si un coureur a une montre Garmin défectueuse ou un capteur de puissance défaillant ? Que se passe-t-il s'il s'entraîne, par exemple, en VTT ce jour-là ? Comment pourra-t-on prendre tout cela en compte ?"
La forme du moment, l'intensité variable d'un jour à l'autre ou d'une semaine à l'autre en fonction des séances, l'altitude et bien d'autres questions sont posées par Adam Hansen, ancien coureur australien et président du CPA, qui se dit convaincu que "ce système ne fonctionnera pas" et "qu’il sera abandonné".
L'opposition à ce passeport de puissance est loin de faire l'unanimité. Dans une interview récent à road.cc, Alex Carera, l'agent de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates-XRG) notamment, est monté au créneau : "Notre sport a beaucoup changé. Le cyclisme a désormais une crédibilité. On n’a pas besoin de chercher d’autres d’autres idées stupides qui ne feront que créer des problèmes, car le cyclisme a changé depuis 15 ans. Aujourd’hui, les mentalités ont changé. Le problème du dopage n’existe plus. Pourquoi en créer un nouveau ? Pourquoi devrions-nous faire ça ? Chaque équipe a ses secrets en matière d’entraînement. Sinon, pourquoi dépenser de l’argent dans cette technologie si d’autres la copient ensuite ?"
Une idée déjà évoquée en 2015... par Dave Brailsford
L'idée du passeport de puissance n'est pas nouvelle, puisque Dave Brailsford, le manager du Team Sky (aujourd'hui INEOS Grenadiers) avait lui-même évoqué cela pendant le Tour de France 2015, alors que son leader Chris Froome était sous le feu des critiques et que ses performances escortaient bon nombre de suspicion et de doutes. "Pourquoi pas un passeport de puissance, comme il y a le passeport biologique (depuis 2008, Ndlr) ? Toutes les équipes donneraient leurs données de puissance à l'UCI. On arrive peut-être à un moment où c'est nécessaire", expliquait alors Brailsford.
Cela avait été aussi soutenu, à cette époque, par le médecin de la FDJ, Gérard Guillaume. Ce dernier évoquait, dans Le Figaro, un passeport de puissance "dans lequel on rentrerait toutes les données : puissance, rapport poids-taille, etc., au fil du temps, en remontant le plus loin possible, jusqu’aux juniors. Cela permettrait d’établir un profil d’évolution possible, en sachant que ce ne sont pas des machines, qu’il n’y a pas que les données physiologiques et qu’il y a aussi le mental lié à la psychologie. Mais cela permettrait de conclure si un coureur est dans les clous ou s’il est sorti de son profilage et à partir de là…"
