Faun Tour Femmes - Guillaume Delpech : «On peut prétendre au plus haut niveau»
Par Paul-Antoine STEVENIN le 17/06/2026 à 14:21
Adieu le Tour Cycliste Féminin International de l'Ardèche et place désormais au Faun Tour Femmes, une nouvelle épreuve disputée sur quatre jours, avec deux étapes dans la Drôme et deux autres en Ardèche. En conférence de presse ce mercredi, le directeur des Boucles Drôme Ardèche, Guillaume Delpech, a affiché de grandes ambitions pour cette nouvelle formule, avec un objectif clairement assumé : atteindre à terme le niveau WorldTour dans les prochaines années.
"Cette épreuve a toujours eu le mérite d'exister"
Tu peux nous expliquer qu'est-ce qui t'a poussé, toi et ton équipe, à reprendre l'ancien Tour d'Ardèche Féminin ?
Il y a une discussion qui a été entamée entre les anciens organisateurs et le département de l'Ardèche. C'est presque une commande politique, au départ, qui nous a été passée. Ça s'est accompagné de certitudes sur le plan du financement, qui nous a permi de nous inscrire dans cette dynamique-là à partir de l'automne dernier. Alors, c'était un peu compliqué parce qu'on était en plein livrable du Championnat d'Europe. Mais une fois que la position du Championnat d'Europe est retombée, on a pu se projeter un peu sur ça.
On a pu évoquer le sujet du projet avec nos partenaires phares. La plupart ont répondu, évidemment, présents. Ça nous a permis de nous projeter. Alors, on a été un peu à tâtons sur le schéma. On avait commencé par livrer deux jours au calendrier UCI. Puis, en fait, on a trouvé des collectivités motivées qui voulaient nous accompagner. Donc, finalement, on finit avec quatre jours.
Ça nous permet d'avoir un vrai premier livrable pour un format de course à étape, en cochant les cases et les objectifs qu'on s'était fixés, c'est-à-dire de transposer l'approche organisationnelle que l'on a en février avec les épreuves hommes, pratiquement point par point, pour l'épreuve femme. Donc, on va retrouver à chaque fois ce qui a fait la recette des épreuves hommes, c'est-à-dire des épreuves en circuit avec des difficultés crescendo sur la journée, une sécurité que l'on espère optimale pour les filles, et puis une diffusion télé en direct sur les quatre jours. Ça, c'est le premier gros gap, je pense.
Pourquoi le choix d'une course à étapes, plutôt qu'une course, comme vous le faites avec les hommes, sur deux journées ?
Il y a un historique, c'est quand même une épreuve qui existe depuis 24 éditions au calendrier femmes. Je disais tout à l'heure en préambule que quand le cyclisme féminin était en net recul, quand il n'y avait plus le Tour de France, cette épreuve-là a toujours eu le mérite d'exister. Ça a toujours été une course à étapes, et donc dans le passage de témoins, il nous semblait naturel, et par respect aussi par rapport à l'engagement qui avait été fait par les précédents bénévoles sur cette organisation-là, de s'inscrire dans cette continuité de course à étapes.
Je pense aussi pouvoir dire que les schémas de courses chez les femmes ne sont pas encore aussi fermés que ce que l'on peut avoir chez les hommes, et que la recette des courses d'un jour qu'on a voulu avoir sur les épreuves hommes pour éviter la gestion et les calculs qui pouvaient impacter directement les épreuves, chez les femmes, ce n'est pas réellement encore le cas. Donc le fait d'avoir une course à étapes, je pense, ne va pas scléroser ou fermer le déroulement de la course au fil des quatre étapes. C'est vraiment la continuité qui existait avant, il y a 24 éditions précédemment, et donc on s'inscrit dans ce sillon-là et on continue.
Peux-tu nous parler du choix de la date ?
La date, c'est un vrai sujet, surtout qu'il y a le Tour de Romandie qui nous précédait d'une semaine qui a finalement été annulé. Historiquement, le tour de l'Ardèche était toujours sur cette semaine-là, c'est-à-dire sur l'occurrence de la deuxième semaine de septembre, donc sur une reprise de date, il nous semblait naturel de nous inscrire sur ce créneau-là. On se disait qu'on était une semaine après le Tour de Romandie, que la Romandie par rapport à Valence, ce n'est pas si loin, donc il y avait presque une continuité géographique, parce que le Tour de Romandie est autour et on se disait que ça pouvait nous bénéficier, cette proximité-là.
On est aussi 15 jours avant les mondiaux, et qu'aujourd'hui, par rapport à l'éjection du décalage horaire, ça ne me semblait pas inopportun de pouvoir être 15 jours avant les mondiaux à Montréal, que les filles pouvaient faire encore notre épreuve avant de prendre l'avion pour s'adapter du décalage horaire à Montréal. Ça, c'est vrai pour 2026. Ça sera moins vrai pour 2027, puisqu'avec les Super-Championnats du Monde qui seront clôturés par l'épreuve Elite Femme, on aura des répercussions sur le calendrier, puisque ça se termine le 5 septembre. Du coup, le Tour de Romandie est percuté sur ces dates et va se décaler sur la semaine sur laquelle on se trouve actuellement.
Aujourd'hui, par rapport aux voeux qui sont faits actuellement sur le calendrier 2027, cette occurrence de septembre ne me paraît plus valable. En plus, on a appris que La Vuelta féminine se décalait en septembre, donc vraisemblablement cette tradition d'avoir cette épreuve-là en septembre n'aura plus lieu en 2027, et il faudra qu'on ait un repositionnement sur la saison 2027. Alors, j'ai une idée très précise de comment on va pouvoir se repositionner, mais il faut d'abord que le calendrier international soit validé avant de pouvoir communiquer sur cette nouvelle échéance en 2027.
Monica Trinca Colonel sera à nouveau de la partie en 2026
"On aura plus de visibilité après le Tour de France Femmes"
Quels sont les premiers noms annoncés sur cette nouvelle formule ?
Sur la composition des équipes, aujourd'hui, c'est un peu prématuré. Il y a l'échéance du Tour de France qui va conditionner la planification. Aujourd'hui, les équipes, on se rend compte qu'elles ont planifié du début de saison jusqu'au Tour de France et on a du mal à avoir des confirmations précises sur la composition de chaque équipe présente au départ. Je pense qu'une fois le Tour de France passé, on aura plus de visibilité sur comment les athlètes vont sortir et comment ils vont se projeter sur l'échéance des Championnats du Monde.
C'est un peu difficile pour moi de vous répondre aujourd'hui sur les compositions. Néanmoins, je peux annoncer déjà deux choses. La vainqueur de l'édition 2025, c'était Monica Trinca-Colonel de Liva AlUla Jayco, elle sera présente. C'est important pour nous qu'elle puisse porter le numéro un, comme le veut la tradition. Elle sera accompagnée notamment de Talia Appleton, qui a gagné l'Alpes Gresivaudan Classic il y a 15 jours en Isère.
Pour le reste, aujourd'hui, on a fait le choix de ne pas s'aventurer sur des noms. C'est assez facile au moment où on présente l'édition masculine en décembre, d'avoir une visibilité sur le programme des leaders et de dire qu'on aura tel nom au départ. Là, tant qu'on n'a pas l'occurrence du Tour de France qui est passée, c'est difficile de se projeter avec les équipes. On fait le maximum, en tout cas, pour avoir un plateau qui colle au maximum à nos ambitions pour cette épreuve.
On a la faiblesse de croire qu'aujourd'hui, le calendrier féminin est moins dense que le masculin et que du coup, si on est capable de livrer une organisation dans des codes qui correspondent à ce qu'on fait en février, si on peut livrer une épreuve femme dans ces mêmes codes-là, avec une diffusion télé, je pense qu'on peut prétendre accéder au plus haut niveau du calendrier, à court ou à moyen terme. En tout cas, c'est l'ambition.
Quelle est l'étape reine de ce Faun Tour Femmes ?
Clairement, c'est celle du dimanche, puisqu'on va être dans le Vercors Dromois, avec une étape qui développera 140 km et plus de 2 000 m de dénivelé positif avec le Col de Tourniol, qui est classé en première catégorie, à deux reprises. C'est là où le dénouement doit intervenir. C'est une véritable étape de montagne dans le Vercors Dromois. C'est un territoire qui nous tient à cœur, mais qu'on n'arrivait pas à explorer en février parce qu'on a des conditions météo qui ne nous permettent pas. Le Col de Tourniol est ouvert à partir du printemps. Là, en septembre, la date est totalement adaptée pour nous permettre de nous y aventurer.
Les filles vont avoir le plaisir et la chance de le monter à deux reprises. C'est une carte postale magnifique du territoire parce que ça nous permet aussi, à l'inverse de ce qu'on fait sur l'Ardèche, d'avoir une visibilité sur toute la vallée du Rhône, sur les monts de l'Ardèche, et de basculer sur le Vercors Dromois, qui est une région préservée, sauvage, qui nous permettra d'avoir une carte postale télé magnifique en plus des exploits des sportifs.
Vous disiez que la tendance actuellement est que les épreuves hommes se discutent en même temps que les épreuves femmes. Est-ce que c'est aussi le souhait à terme pour les Boucles Drôme-Ardèche ?
L'idée de faire l'épreuve femme le matin ou après-course, comme c'est le cas sur Liège-Bastogne-Liège, c'est-à-dire qu'il y a d'abord l'arrivée des hommes et après l'arrivée des femmes, ça nous a traversé l'esprit, mais on n'est pas sur ce schéma-là aujourd'hui. Peut-être qu'on révisera notre position à court, à moyen terme, pour avoir des économies d'échelle, mais on n'est pas sur cette position-là. Souvent le grief, c'est qu'on a une temporalité qui est forte à un moment donné dans l'année et on n'a pas de répétition, et pour les partenaires, souvent, c'est un manque.
Donc avoir une troisième épreuve, ça nous permet de développer une temporalité plus large sur la saison et d'occuper et d'animer notre réseau partenaire et les collectivités sur un laps de temps qui est plus important. On est vraiment dans ce schéma-là aujourd'hui.
Est-ce que le Val d'Enfer sera au programme également pour les femmes ?
C'est une excellente question parce que ce Val d'Enfer et même le Mur des Royes auraient pu être au menu de la première étape puisque la première étape se déroule sur le territoire de Rhone-Crussol, là où ont eu lieu les Championnats d'Europe l'an dernier. Mais la crainte, c'était que si on traçait le parcours de la première étape avec ces difficultés-là, on allait plier le général la première journée. Là, on est dans une construction différente, avec une histoire qui doit s'inscrire sur 4 jours. On a fait le choix de ne pas passer par le Val d'Enfer, en tout cas pour l'édition 2026, ni par le Mur des Royes.
Peut-être que l'année prochaine, ça sera l'étape clé de l'épreuve sur laquelle le dénouement final interviendra. C'est presque un crève-cœur de ne pas le faire, mais la crainte était réelle de plier le général. Je pense que d'un point de vue médiatique, ça aurait été une erreur de passer par là.
