Étoile de Bessèges - Claudine Fangille : «Ne pas connaître les mêmes problèmes...»
Par Titouan LABOURIE & Benoît GILLES le 15/01/2026 à 18:20
Marquée par des incidents, un manque de sécurité en course et le départ de plusieurs équipes, l’édition 2025 de l’Étoile de Bessèges - Tour du Gard avait laissé des traces, au point de faire planer le doute sur l’avenir même de l’épreuve gardoise. À l’approche de la 56e édition, prévue dans un contexte de vigilance renforcée et de plateau volontairement resserré, sa directrice Claudine Fangille a accepté de revenir en détail sur les événements de la saison passée, les mesures mises en place avec les autorités et les choix opérés pour relancer la course au micro de Cyclism'Actu.
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"Nous travaillons pour éviter de revivre les difficultés rencontrées l’an passé"
La 56e édition de l’Étoile de Bessèges Tour du Gard approche. Comment se présente cette dernière ligne droite ?
C’est toujours la période la plus intense. Il reste les ajustements de dernière minute, la finalisation des derniers détails et la coordination pour que tout soit parfaitement en place. C’est la dernière ligne droite, celle où il faut s’assurer que rien ne nous échappe. Je ne dirai pas que j’ai 56 ans d’organisation derrière moi, mais cela fait de nombreuses années que je suis impliquée, déjà aux côtés de mon père. Aujourd’hui, nous avons une équipe solide, chacun connaît son rôle. Nous travaillons pour éviter de revivre les difficultés rencontrées l’an passé.
L’édition précédente avait été marquée par de graves incidents de sécurité. Où en est-on aujourd’hui sur ce dossier ?
Effectivement, l’an dernier, une étape avait été amputée de nombreuses équipes en raison d’intrusions de véhicules sur le parcours. Après les faits, je n’ai pas déposé plainte, même si certains me l’avaient conseillé. En revanche, la gendarmerie, qui s’était retrouvée en situation délicate, a mené ses propres investigations. Il est apparu qu’un premier individu avait reconnu avoir été intercepté à deux reprises le jeudi. Le dossier a donc été transmis au procureur. Lors de l’étape de Bessèges, les coureurs avaient également signalé une voiture de La Poste. La conductrice a été rapidement identifiée et a prouvé qu’elle était arrêtée, en train de prendre des photos, sans intention de repartir. Son dossier a été classé. Tout cela relève d’un engrenage de faits qui ont mis en lumière un vrai problème d’incivilité. Lorsqu’un automobiliste ne s’arrête pas malgré les injonctions d’un gendarme, je vois mal comment un simple motard civil pourrait faire mieux. C’est une question d’autorité et de sécurité.
"Ce n’est pas parce qu’il y aura moins d’équipes WorldTour que la course sera moins belle"
Le retrait de plusieurs équipes l’an dernier a-t-il été un choc pour vous personnellement ?
Sur le moment, oui. J’ai pris beaucoup de recul. Le soir même, j’ai décidé de ne plus regarder les réseaux sociaux. Ce n’est qu’à l’arrivée du dimanche que l’on m’a incitée à regarder ce qui se disait. À titre personnel, après l’Étoile, j’ai annoncé que je ne souhaitais pas repartir. C’était devenu trop compliqué. Mais les membres du bureau m’ont soutenue et m’ont demandé de continuer. En février, nous avons reçu un courrier du préfet du Gard, M. Bonnet, qui souhaitait nous rencontrer. Lors de cet échange, son représentant a évoqué un article intitulé "Est-ce que l’Étoile de Bessèges va s’éteindre ?". Le préfet avait clairement exprimé sa volonté de voir ce que les services pouvaient faire pour nous aider. Nous nous sommes mis autour de la table avec l’ensemble des acteurs concernés : la préfecture, le SDIS, les services des routes du département. Nous avons analysé ce qui n’avait pas fonctionné et réfléchi à des solutions concrètes.
Quelles mesures concrètes ont été mises en place pour 2025 ?
Nous ne sommes pas le Tour de France et nous n’avons normalement droit qu’à dix minutes de fermeture de routes. L’an dernier, une fermeture de trente minutes avait été demandée. Cette année, nous avons trouvé un compromis avec une moyenne de vingt minutes avant le passage de la course. Nous disposerons de vingt motos de la gendarmerie, entièrement mobilisées pour la gestion de la circulation et des abus éventuels. En complément, nous avons intégré dix motos civiles, dédiées à la signalisation des obstacles et à la sécurité sportive des coureurs. Les parcours ont été validés avec l’ensemble des services avant même le dépôt officiel du dossier. Nous sommes clairement soutenus, même si le risque zéro n’existe pas.
Sur le plan sportif, le plateau sera légèrement réduit cette année. Pourquoi ce choix ?
Nous partirons avec 17 équipes. C’était une volonté assumée : moins de coureurs, moins de véhicules, des bulles de course plus courtes, et donc moins de tensions pour le public. Le calendrier WorldTour oblige désormais certaines équipes à privilégier les courses à l’étranger, ce qui a compliqué la venue de formations françaises. Nous avons dû faire des choix parmi les candidatures reçues. Ce n’est pas parce qu’il y aura moins d’équipes WorldTour que la course sera moins belle. Au contraire, ces équipes viendront pour courir, pour marquer des points. L’Étoile a toujours été une épreuve permettant à des équipes moins exposées de se montrer. Finalement, on revient un peu aux sources. Le peloton sera peut-être plus homogène, mais la course n’en sera que plus animée.

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