ITW / Le Mag - Thomas Voeckler : «Je ne m'interdis rien pour l'avenir...»

Par Nicolas GAUTHIER le 18/11/2023 à 19:10. Mis à jour le 25/12/2023 à 21:00.
ITW / Le Mag
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Sélectionneur à succès de l'équipe de France depuis juin 2019, Thomas Voeckler va vivre une année 2024 importante et particulière sur le plan sportif, avec bien sûr les traditionnels Championnats d'Europe et Championnats du monde, qui auront respectivement lieu dans le Limbourg (Belgique) et à Zurich (Suisse), mais aussi - et peut-être surtout - les Jeux olympiques de Paris 2024 ! À quelques mois de cet évènement hyper important et qu'il a déjà bien en tête, le Véndéen d'adoption a accordé un entretien à Cyclism'Actu pour parler de l'équipe de France. Et comme on ne pouvait bien sûr pas ne pas questionner le consultant de France Télévisions -  et occasionnellement de la Chaîne L'Équipe - sur l'actualité de son sport, Thomas Voeckler a également évoqué l'exercice 2023 et donné son avis sur quelques sujets d'interêt en vue de 2024. Un long entretien à regarder et lire ci-dessous.

Vidéo - Thomas Voeckler... entretien avec et sur Cyclism'Actu !

 

"Le triplé de la Jumbo-Visma sur La Vuelta, ça n'est pas aberrant"

Quels sont les enseignements principaux que vous retenez de la saison 2023 ?

Ce que je retiens avant tout, c'est la continuité dans la domination des mêmes coureurs, mais plutôt dans le bon sens. En termes d'attractivité et de spectacle, c'est une bonne chose que les stars actuelles soient là du début à la fin de l'année. C'est bien sûr plus dur pour les adversaires de ces quelques coureurs de trouver un moyen de faire des résultats, mais il y a clairement du beau spectacle.

 

Deux équipes sont clairement au-dessus du lot, Jumbo-Visma et UAE Team Emirates, et on sent un certain désarroi au sein des autres équipes, qui ont beaucoup de mal à rivaliser.

Ces deux équipes ont les meilleurs coureurs et elles les rendent meilleurs, donc je comprends que ce soit difficile pour les autres. Il faut trouver des leviers de motivation, avoir des objectifs élevés mais pas non plus croire au Père Noël, et puis ne surtout pas se décourager parce que ce sont certes les meilleures formations mais elles peuvent être concurrencées. Ça ne va pas se faire en deux semaines, mais il ne faut pas baisser les bras. Je comprends qu'on puisse se dire que c'est foutu d'avance, mais il y a toujours moyen de s'illustrer.

 

Comment avez-vous accueilli le triplé de la Jumbo-Visma sur le Tour d'Espagne ? De leur côté, les fans de cyclisme ont globalement eu du mal avec cela...

Ça ne me choque pas plus que ça car ce sont les meilleurs. On n'avait pas besoin de ce Tour d'Espagne pour savoir qu'en l'absence de Pogacar et avec le mauvais jour connu par Evenepoel, ils étaient les plus forts. Ce ne sont pas des coureurs inconnus qui ont fait ça. Pour moi, ça n'est donc pas aberrant, mais c'est clair qu'en termes de spectacle, ce n'est pas le plus réjouissant.

 

"Van Aert ? Il y a peut-être une petite frustration qui est née en lui ces dernières années"

En 2024, Wout van Aert pourrait viser le classement général du Tour d'Italie. Est-il capable selon vous de faire un gros classement général ?

S'il est à son niveau qui était le sien sur le Tour de France 2022, sans aucun doute. Il était tout le temps devant, il était encore là en troisième semaine, et c'est même lui qui a fait exploser Pogacar dans Hautacam après avoir passé la journée à l'avant. Après, je pense qu'on peut prendre cette volonté comme un message et qu'il a un peu envie de courir pour lui. Il y a peut-être une petite frustration qui est née en lui ces dernières années et il a lui aussi envie d'être leader. 

 

Remco Evenepoel a parfois montré des signaux inquiétants lors des Grands Tours. Le pensez-vous en mesure d'être à la lutte avec Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard sur un Tour de France ?

Il faut attendre la confrontation, et si on y a le droit en juillet, on aura une première réponse. Et même s'il est battu en 2024, ça ne voudra pas dire qu'il ne pourra pas le gagner par la suite. J'avais des doutes sur ses capacités en haute montagne il y a deux ou trois ans, mais il s'est beaucoup affiné depuis et a énormément travaillé. Après, comme je l'ai dit, c'est seulement quand ils seront confrontés qu'on pourra voir ce que ça donne.

 

"Julian Alaphilippe n'a pas non plus 36 ans..."

Champion du monde sous vos ordres en 2020 et 2021, Julian Alaphilippe reste sur deux saisons compliquées. Le voyez-vous revenir à son meilleur niveau ?

Après une année tronquée comme celle de 2022, il faut du temps pour retrouver son meilleur niveau. Cette saison, je pense qu'il sentait qu'il n'était pas à son meilleur niveau. On l'a vu faire des courses au panache, et notamment sur le Tour de France avec beaucoup d'échappées. Il prenait le créneau où il pouvait s'exprimer car il se sentait un peu trop juste pour faire autre chose. Après, Julian Alaphilippe n'a pas non plus 36 ans et ça ne fait pas si longtemps que ça qu'il était parmi les meilleurs coureurs du monde. Je ne sais pas s'il reviendra à la domination qui était la sienne, mais il est en tout cas capable, et sans aucun problème, d'être bien meilleur qu'il ne l'a été en 2023.

 

Après des mois et même des années aussi compliquées, comment faire pour se remettre en condition de se battre avec les meilleurs ?

Chaque cas est particulier et chaque coureur a une source dans laquelle il va puiser sa force et sa motivation. Il faut activer ces leviers-là. Et puis, ce qui joue beaucoup aussi, c'est l'équipe dans laquelle on court. C'est important d'avoir la confiance de l'entourage, et si on sent qu'on n'a pas tout le groupe derrière soi, y compris les chefs, ça n'aide pas. Je pense que vous voyez de quoi je veux parler...

 

"La TotalEnergies, c'est l'équipe française qui possède certainement le plus gros sponsor"

Selon vous, il doit donc partir de Soudal Quick-Step pour retrouver un élan ?

J'ai mon avis là-dessus, mais je ne le communiquerai pas. Ce qui est sûr, c'est qu'il est apprécié de ses coéquipiers et du staff. Patrick Lefevere a fait des déclarations l'année dernière, mais ce n'est pas à lui qu'on va apprendre à manager une équipe et il savait ce qu'il faisait. Julian est un grand garçon, il sait ce qui est le mieux pour lui et c'est à lui de décider. Il a largement l'expérience et la sensibilité pour faire le bon choix.

 

Comment voyez-vous l'évolution et les performances de votre équipe de toujours, la TotalEnergies ?

C'est l'équipe française qui possède certainement le plus gros sponsor. Cela ne veut pas dire que c'est celui qui met le plus d'argent, mais c'est sans doute le sponsor français qui pourrait rivaliser avec les plus grosses équipes du monde. La TotalEnergies, c'est une formation structurée et qui donne le meilleur de ce qu'elle peut faire. Depuis que j'ai arrêté ma carrière, le vélo a évolué et l'équipe a également évolué. Après, vous dire si c'est super ou moins bien que prévu, je n'ai pas à en juger. Je reste dans mes fonctions et ce n'est pas à moi de juger du rendement d'une équipe.

 

"La priorité, c'est le collectif et l'intérêt de l'équipe de France"

Quel est votre bilan de la saison 2023 pour l'équipe de France ?

Aux Championnats du monde, sur un parcours de cyclo-cross sur plusieurs heures, on n'avait pas les armes. J'ai quand même en travers la crevaison de Christophe Laporte, c'était notre seule chance de faire un résultat. Je ne pense pas qu'il aurait été champion du monde, mais il était tout à fait capable d'être dans le final. On n'avait pas la force collective sur cette course, on ne peut pas avoir des médailles à chaque fois. Je ne sautais pas au plafond après ces Mondiaux, j'étais dégoûté. En revanche, ça a bien marché aux Championnats d'Europe avec Christophe Laporte et une manière de courir adaptée à l'adversité et au parcours. Je suis vraiment content pour lui car il était vraiment concentré sur ce Championnat et avait vraiment envie d'aller le chercher.

 

Quelle est la priorité du sélectionneur Thomas Voeckler lorsqu'il récupère les coureurs lors d'un rassemblement ?

Le collectif et l'intérêt de l'équipe de France. Je tire mon chapeau à tous les coureurs appelés depuis que je suis à la tête de l'équipe de France car les gars sont concurrents toute l'année mais ils arrivent, sur une journée, à aider un coéquipier du jour pour faire du mieux possible. Ils ont la fierté de porter le maillot de l'équipe de France. 

 

"Être à trois sur la course en ligne des JO, ça aurait été super pénalisant"

L'un des gros objectifs de 2024, ce sera les Jeux olympiques de Paris. On aura quatre coureurs, c'est la bonne nouvelle.

La fin d'année a été un peu stressante. Plusieurs classements sortaient, donc on n'y voyait pas trop clair. Je faisais mes calculs de mon côté sur mes fiches. Être à trois pour cette course n'aurait pas été une catastrophe, mais ça aurait été super pénalisant. C'était important d'avoir quatre coureurs.

 

Quatre coureurs, ça reste très peu par rapport aux Championnats du monde ou aux Championnats d'Europe,ce qui rend la course des JO vraiment incomparable... Quels souvenirs vous gardez de Tokyo ?

Il faut se casser la tête pour imaginer comment ça peut se passer. Le truc, c'est que le parcours était vraiment super dur à Tokyo, c'était un chantier. Il fallait des purs grimpeurs à Tokyo et éventuellement un gars pour faire le boulot, mais ça va être complètement différent à Paris. Ce n'est pas facile de donner le scénario. Mais je trouve ça bien qu'il y ait un côté différent pour les JO, que ce soit une course à part.

 

"Je pense qu'un sprinteur peut être champion olympique, mais je crois qu'un puncheur peut l'être aussi"

Ce parcours des JO, il est pour quel type de coureurs ?

Quand vous voyez le niveau d'un Philipsen en forme, ça ne sera pas un problème pour lui par exemple. Après, ça dépend aussi de comment ça va courir. Je pense qu'un sprinteur peut être champion olympique, mais je crois qu'un puncheur peut l'être aussi. La distance va jouer beaucoup.

 

Y a-t-il des coureurs qui se détachent déjà dans votre esprit pour porter le maillot bleu durant ces JO ?

Bien sûr que j'avance déjà de mon côté. J'ai des noms en tête, des scénarios en tête, mais il faut aussi être patient car il peut se passer beaucoup de choses dans le vélo lors des prochains mois.

 

"Je ne m'interdis rien pour l'avenir"

Selon vous, c'est mieux de faire le Tour avant ces Jeux olympiques ou ce n'est pas conseillé ?

J'ai mon idée là-dessus, je la garde pour moi. Ça dépend des coureurs et de leur profil. En tout cas, la course en ligne a lieu 13 jours après la fin du Tour, donc y participer, ce n'est pas quelque chose que l'on peut décider au dernier moment. C'est un objectif qu'il faut préparer et qu'il faut avoir en tête plusieurs mois avant.

 

Cela fait quatre ans et demi que vous êtes à la tête de l'équipe de France. Jusqu'à quand vous voyez-vous sélectionneur ?

Je n'ai pas forcément d'idée sur le sujet. Je prends beaucoup de plaisir à faire ça, avec toujours de belles aventures collectives et de beaux moments. Je ne m'interdis rien pour l'avenir, mais je reste motivé à bloc pour l'équipe de France en vue des prochaines échéances... même si j'aimerais bien qu'il y en ait plus. Après, la rareté fait la valeur comme on dit, ça me rajeunit un peu, c'est bien (sourire).

 

Être manager général d'une équipe professionnelle, ça ne vous attire pas encore ou vous n'avez pas encore eu l'opportunité de le devenir ?

Je ne m'interdis rien et je n'ai pas à vous dire s'il y a eu des opportunités ou non. Ce qui est sûr, c'est que quand je me lance dans quelque chose, j'essaye de le faire à fond et je veux me sentir prêt pour le faire tout simplement. Pour l'instant, c'est l'équipe de France, et il y a de quoi penser pour 2024.

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