INTERVIEW - Iwan Spekenbrink : «Certains préfèrent gagner plus d’argent ailleurs…»

Par Jules STEPHO & Titouan LABOURIE le 10/01/2026 à 12:56. Mis à jour le 11/01/2026 à 18:18.
INTERVIEW - Iwan Spekenbrink : «Certains préfèrent gagner plus d’argent ailleurs…»
INTERVIEW
Photo : @Cyclismactu / @OscarOnley

Présent à Calpe, en Espagne, avec la Team Picnic PostNL à l’occasion du traditionnel stage hivernal, Iwan Spekenbrink s’est confié au micro de Cyclism’Actu. Le Manager Général est revenu sur le choix de ce lieu clé pour préparer la saison, avant de dresser le bilan d’un exercice 2025 jugé correct mais perfectible. Il a également évoqué le départ d’Oscar Onley vers INEOS Grenadiers, symbole selon lui de la réussite du modèle de formation de l’équipe. Spekenbrink a enfin détaillé les ambitions de Picnic PostNL pour 2026, entre Grands Tours, sprints et développement des jeunes talents.

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"Nous pouvons clairement faire mieux que l'année dernière"

Pourquoi l’équipe est-elle ici à Calpe et quel est l’objectif de ce stage en début de saison ?

Cela fait de très nombreuses années que nous organisons nos stages hivernaux ici à Calpe. C’est un lieu idéal : les coureurs viennent du monde entier, il y a deux grands aéroports à proximité, on peut s’entraîner en montagne, travailler les ascensions, mais aussi rouler sur le plat. La météo est généralement bonne. C’est l’endroit parfait pour préparer la saison, avant que certains coureurs ne commencent à courir et que d’autres partent en stage en altitude.

 

Revenons sur la saison 2025, marquée notamment par la quatrième place d’Oscar Onley sur le Tour de France et de bons résultats au Tour de Suisse. Comment analysez-vous cette saison ?

C’était une saison correcte. Malheureusement — ou heureusement — nous voyons beaucoup de points sur lesquels nous pouvons encore progresser, et c’est positif, car il faut toujours chercher à s’améliorer. Nous avons eu des moments forts, parfois même au-dessus des attentes. Mais sur l’ensemble de la saison, nous pouvons clairement faire mieux. Les grands résultats ne sont jamais garantis, mais ce sont des objectifs vers lesquels nous devons tendre.

 

"Notre mission ? Faire progresser les coureurs et l'équipe"

Parlons maintenant du départ d’Oscar Onley vers INEOS. Pouvez-vous expliquer ce qu’il s’est passé ?

D’une certaine manière, notre fonctionnement peut être comparé à celui des grands clubs de football. Depuis toujours, notre vision repose sur le recrutement de jeunes talents et sur de lourds investissements dans des structures et des personnes de haut niveau afin de tirer le maximum des coureurs, individuellement et collectivement. Le vainqueur du Giro d’Italia est issu de notre programme de développement, et au Tour de France, six coureurs sur huit venaient également de ce programme. Quand on recrute bien et qu’on investit beaucoup, certains coureurs progressent très vite. Parfois, ils deviennent trop nombreux à progresser en même temps, ou bien ils reçoivent ailleurs des offres financières bien plus importantes. Il faut alors faire des choix et trouver un équilibre. C’est une réalité.

 

En tant que manager général, comment vivez-vous le fait de voir partir un coureur que vous avez amené au top 5 du classement général du Tour de France ?

C’est une question intéressante, mais il faut prendre un peu de recul. Si nous faisons bien notre travail, année après année, nous développons des stars. Nous avons formé des coureurs montés sur les podiums des Grands Tours, d’autres qui ont gagné des monuments ou des étapes. Quand les coureurs progressent, ils souhaitent parfois un autre rôle ou peuvent gagner beaucoup plus d’argent ailleurs. Il ne faut pas en avoir peur. Si tout le monde devient très fort, c’est la confirmation de la qualité de notre travail. Bien sûr, sur le plan personnel, j’aurais aimé garder Oscar. Il a l’ADN de l’équipe, c’est un sportif à cent pour cent. Mais notre mission est de faire progresser l’équipe et les coureurs. En ce sens, son départ est aussi une confirmation de notre succès. Il sera toujours le bienvenu.

 

Comment peut-on faire pour réguler ce genre de transferts ?

Aujourd’hui, dans le cyclisme, il y a trop de manœuvres douteuses, notamment de la part des agents. Au football, on peut changer d’équipe, mais il faut accepter une indemnité de transfert. Nous avons besoin d’un système de transferts comme dans le football.Qu’on le veuille ou non, il nous faut un système où tout contrat s’accompagne d’une rémunération convenue. Cette rémunération est indiscutable ; le coureur peut partir sans négociation. Mais si elle n’est pas payée, il est tenu de rester et de respecter le contrat

 

"On sait comment être performants sur les Grands Tours"

Nous sommes désormais tournés vers la saison 2026. Quels sont vos principaux objectifs ?

Nous voulons être à 100 % sur toutes les courses. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de courir à 80 % en pensant faire mieux plus tard. Notre priorité reste les Grands Tours, avec des objectifs de classement général et de victoires d’étapes. Bien sûr, nous voulons aussi bien performer sur les courses de préparation. Les monuments sont importants, mais ce sont des courses d’un jour, où c’est tout ou rien. Historiquement, notre équipe est très performante sur les Grands Tours, et nous savons comment y réussir.

 

Avec les départs de Romain Bardet et d’Oscar Obley, qui sera le leader de l’équipe ?

Le leader sera l’équipe. L’an dernier, nous ne parlions déjà pas uniquement d’Oscar. Beaucoup de coureurs arrivent. Vous avez cité certains noms, mais il y en a d’autres dans le pipeline, capables de bien performer au classement général. Et cela vaut aussi pour notre secteur sprint.

 

"Fabio Jakobsen est totalement rétabli, on compte sur lui"

Justement, concernant les sprinteurs, quel sera leur rôle et quels Grands Tours disputeront-ils en 2026 ?

Nous devons encore assembler toutes les pièces du puzzle. Mais ils disputeront tous les deux un Grand Tour. Ils auront un train de sprint dédié, avec un groupe fixe de coureurs, et une préparation très ciblée. Une fois la saison lancée, nous communiquerons sur la répartition des courses. Et bien sûr, Fabio Jakobsen fait toujours partie de l’équipe.

 

Fabio Jakobsen a traversé des années compliquées. Comment voyez-vous son avenir au sein de l’équipe ?

Le sport de haut niveau, c’est organiser toutes les conditions pour performer au maximum, mais parfois des événements échappent à notre contrôle : chutes, blessures. Cela a été très malchanceux pour Fabio, et pour l’équipe. Ce n’était la faute de personne. Aujourd’hui, il est complètement rétabli, il a passé un bon hiver, sans maladie. Il n’y a plus d’excuse. Tout est en place pour qu’il puisse bien performer.

 

"Le cyclisme a connu des années sombres, il faut rester vigilants"

 

Le WorldTour n’a accordé à l’équipe qu’une licence d’un an. Pourquoi pas trois ans ?

Pour obtenir une licence plus longue, tous les partenariats avec les sponsors titres doivent être confirmés. Une fois ces accords validés, la durée de la licence suivra.

 

Vous êtes impliqué au sein du MPCC (Mouvement Pour un Cyclisme Crédible). Quel est votre rôle et pourquoi cette organisation est-elle importante ?

Je siège toujours au conseil d’administration. Emily Bremmeier est désormais présidente, succédant à Roger Legeay, qui reste impliqué avec toute son expérience. Le MPCC est extrêmement important. Le cyclisme a connu des années sombres, et même s’il n’y a plus de contrôles positifs aujourd’hui, cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de risques. Il faut rester très vigilants. C’est un sport extrêmement exigeant, où les médicaments peuvent avoir un impact majeur sur la performance et la récupération. Le rôle du MPCC est de maintenir cette vigilance et de garantir l’équité. Nous voulons définir clairement ce que nous acceptons et ce que nous refusons. Nous ne voulons pas que de jeunes coureurs talentueux se sentent obligés de prendre des médicaments destinés à des personnes malades. C’est un enjeu fondamental pour l’avenir du sport.

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