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Christian Prudhomme : «Là maintenant, rien n'est fait...»

Tour de France
Mis à jour le par Paul-Antoine STEVENIN
Photo : @Cyclismactu / CyclismActu.net

Le dénouement de ce Tour de France 2026 est désormais plus proche que jamais ! Les coureurs ont entamé la dernière semaine de course et, avant le départ de la 17e étape ce mercredi à Chambery, Cyclism'Actu s'est entretenu avec Christian Prudhomme. Le directeur de la course s'est ainsi exprimé sur ce que ces derniers jours de course peuvent nous reserver, notamment sur les pentes de l'Alpe d'Huez, un col qui lui rapelle bien des souvenirs...

Vidéo: Christian Prudhomme au micro de Cyclism'Actu

 

"Le parcours laisse à penser que tout est possible"

Ça y est, on y est dans cette troisième et dernière semaine du Tour de France 2026. Il va se réaliser ce pari fou ?

Quel est le pari fou ? Un Tour de France qui va crescendo et où tout est possible jusqu'à la fin ? Je ne sais pas du tout. Tadej Pogacar est un solide maillot jaune, même s'il a été dominé [mardi] sur le contre la monde par Remco Evenepoel. Remco Evenepoel est étourdissant. Mais c'est vrai que l'étape de Bourg d'Oisans à l'Alpe d'Huez à la veille de l'arrivée finale, samedi, est, sur le papier, la plus dure de ce Tour de France. Et le temps va changer puisque l'on va avoir de la pluie et des températures qui seront en dessous des 18 ou 20 degrés, peut-être même plus froid en haut des cols.

Donc voilà, tout est toujours possible. Il y a un super favori qui a complètement assumé et écrasé le début du Tour sans aucun doute, qui est toujours très haut mais dont l'équipe semble un peu moins performante ces derniers jours. Et puis il y a un parcours qui laisse à penser que tout est encore possible. Peut-être que Pogacar remontera encore son avance. Mais peut-être que si on a un coup de moins bien, on peut tout perdre.

 

Vous dîtes souvent que le Tour de France, ce sont des souvenirs d'enfance. Si je vous dit Pâques 1969 ?

Alors Pâques 1969. En effet, c'est la première fois que nous sommes partis en vacances à l'Alpe d'Huez avec mes parents et mes frères et soeurs. Il y avait encore les anneaux olympiques sur la route. Et moi, je ne savais pas du tout que le Tour était déjà arrivé une fois à l'Alpe d'Huez en 1952. Et je me disais : « Cette route-là, elle est classée en quelle catégorie ? » À l'époque, il n'y avait que des cols de troisième, deuxième et première catégorie. Il n'y avait pas de hors catégories. Et je me disais, mais ça, ça doit quand même être une montée de première catégorie. C'est une montée hors catégorie, puisque depuis longtemps maintenant, il y a des cols hors catégorie.

Mais oui, en effet, ma première découverte de l'Alpe d'Huez, avant d'apprendre à skier, ça avait été en lien avec le Tour de France en me disant : « mais cette montée-là, elle est incroyable. Et si d'aventure, les coureurs du Tour de France la faisaient un jour, dans quelle catégorie serait-elle classée ? ». 

 

Et c'est là, sur l'Alpe d'Huez, que va se jouer le Tour de France 2026 ?

Alors, sur la montée de l'Alpe d'Huez ou sur la variante qui sera pour la première fois empruntée en montée sur le Tour de France par le col de Sarenne. En fait, ça fait très longtemps que nous avons envie, que j'ai envie d'aller à l'Alpe d'Huez en empruntant un autre chemin que les 21 lacets. Souvenez-vous, en 2013, pour la 100e édition du Tour de France, on avait fait deux fois l'Alpe d'Huez en descendant le col de Sarenne. Là, la volonté, c'était d'arriver par Sarenne, mais on ne peut pas arriver à l'Alpe d'Huez sans emprunter les 21 lacets. Ce n'est pas possible.

Donc la seule solution, c'était de faire deux arrivées, vendredi par les 21 lacets et samedi par le col de Sarenne avec la ferveur, l'enthousiasme, la passion, la folie des 21 lacets et le silence de la montagne le lendemain puisque sur quasiment 10 kilomètres, il n'y aura pas de public. C'est une route étroite, c'est une route dangereuse, c'est une route protégée. Je le dis souvent, le Tour n'a pas envie d'abîmer la France parce que le Tour se nourrit des beautés de la France.

Donc voilà, il va y avoir un contraste terrible avant de retrouver la ferveur, la passion, la folie parce que sur la patte d'oie des derniers kilomètres de l'Alpe d'Huez, on va redescendre et les coureurs emprunteront les 4 derniers kilomètres, donc certains des derniers lacets numérotés du Tour. Oui, l'Alpe d'Huez a tout pour être évidemment le juge de paix du Tour de France. Est-ce qu'il y aura un bouleversement total qu'on n'ose imaginer encore ? Je ne sais pas. En tout cas, ça a été fait pour. On verra ce que ça va donner. Le changement de temps peut avoir un rôle considérable.

 

Paul Seixas et Isaac del Toro, duel sur l'Alpe d'Huez ?

 

"Le dernier Français sur le podium... Romain Bardet"

La belle aubaine, c'est qu'un Français va essayer d'y chercher un podium. Paul Seixas, quatrième à 20 secondes du podium.

Paul Seixas, à 20 secondes aussi bien sûr du maillot blanc puisque c'est le même combat contre le Mexicain, Isaac Del Toro. Ce Tour de France qu'il voulait tant disputer, puisque c'était vraiment son choix, à 19 ans, et il est là en troisième semaine. Il a dit il y a quelques jours déjà : « je rentre dans l'inconnu », puisqu'il n'a jamais couru des épreuves de plus de 8 jours. Il est toujours là et il est toujours ultra performant. Bien sûr, un peu en dessous de Pogacar, peut-être d'Evenepoel, mais la bagarre pour le podium va être formidable.

Le dernier Français sur un podium, c'est Romain Bardet en 2017. Il y avait évidemment le rêve de Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe en 2019, mais le dernier Français sur un podium, c'est 2017. Ça ne s'était joué à rien sur le contre-la-montre de Marseille où Romain Bardet avait failli perdre le podium. C'était formidable cette bagarre-là. Il va vivre une dernière semaine de son premier Tour de France marquante. J'espère qu'elle sera marquante pour nous et avec plein d'émotions. Ce que je disais au départ du Tour de France concernant Paul Seixas, c'est à quoi on peut s'attendre ? À nous donner plein d'émotions et des émotions magnifiques. Là, on est au pied de la montagne. Il va y avoir deux, trois étapes pour nous donner plein d'émotions. Je crois qu'il sera au rendez-vous.

 

Un petit mot et un dernier mot sur Remco Evenepoel. Stéphane Thirion (journaliste au Soir) disait au départ qu'il n'avait jamais été aussi affûté. Il paraît que l'année prochaine, il y aura des chronos plus longs pour lui.

En tout cas, oui. Il est à un niveau qu'on n'a jamais connu de sa part sur le Tour de France. Sa victoire au Plateau de Solaison, en plus avec et Pogacar et Del Toro ensemble — il est à un contre deux et il gagne — , sa démonstration très impressionnante dans le contre-la-Montre entre Evian et Thonon... Il est champion olympique, c'est le maître de la discipline. La manière dont il a gagné l'étape hier est très spectaculaire, surtout après avoir triomphé en haut du Plateau de Solaison. Là où on s'attendait, sur l'étape du Plateau de Solaison, à ce qu'il perde du temps, il en gagne et il gagne l'étape et il est au moins au niveau auquel on l'attendait sur le contre-la-montre. Je suis très curieux de voir ce qu'il va faire dans les deux ascensions de l'Alpe d'Huez.

 

Je sais que vous detestez l'exercice et je sais que vous n'allez pas répondre. Votre podium à Paris ?

Je ne vais évidemment pas répondre. En revanche, il y a quelques jours encore, il y avait une très forte densité pour le podium, précisément derrière Pogacar. Aujourd'hui, malheureusement, après les chutes de Vingegaard et de Lipowitz, ça s'éclaircit et Ayuso semble un peu en retrait. On ne sait jamais. La canicule a marqué les organismes. C'est une fin de troisième semaine du Tour de France. La semaine où on reconnaît les vrais coureurs du Tour, les champions du Tour. Et il y aura un changement de temps sur l'étape de samedi, qui est la plus dure. J'ai envie de le redire, même si c'est peut-être un peu prétentieux, là maintenant, rien n'est fait.

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