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Marc Madiot: «Il faut être réaliste, on est des marchands de spectacle»

INTERVIEW
Mis à jour le par Titouan LABOURIE
Photo : Cyclism'Actu

Alors que les Championnats du Monde de Montréal viennent de s'achever et que les Championnats d'Europe vont débuter en Slovénie, Marc Madiot, président de la Groupama-FDJ United, s'est confié au micro de Cyclism'Actu. Le dirigeant français revient notamment sur le sacre de Brandon McNulty, le spectacle offert à Montréal et la question des oreillettes et des capteurs de puissance, qu'il souhaite voir davantage limités en course. Il évoque également la performance de Paul Seixas, les ambitions de Romain Grégoire aux Championnats d'Europe, les prochaines classiques italiennes et l'intégration des courses hors route dans le système de points UCI.

Vidéo: Marc Madiot au micro de Cyclism'Actu

 

"Il y a une occasion à saisir pour le président Lappartient…"

Personnellement, où en êtes-vous dans ce nouveau rôle, qui est quand même assez récent pour vous ? Qu'est-ce que cela change en cette fin de saison ? À quoi ressemblent vos journées ?

Il n'y a rien de spécial, rien de différent par rapport au début de l'année, on est dans la continuité du renouvellement de l'équipe. Je fais un peu de tout. Je suis présent sur bon nombre de courses, je participe à pas mal de réunions pour différentes situations, que ce soit au niveau de la Ligue, de l'équipe, et je suis à disposition de l'équipe quand elle a besoin de moi pour telle ou telle prestation.

 

Pour revenir sur le côté sportif, on a eu les Mondiaux avec la victoire de Brandon McNulty chez les hommes, pour la première fois depuis de nombreuses années, avec un vainqueur un peu surprise. On n'aura pas l'un des grands favoris du peloton avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules pendant un an. Qu'est-ce que vous pensez de ce nouveau champion du monde ?

Je n'en pense que du bien. On a eu une course fantastique dimanche, à l'image de ce qu'il y a eu pendant toute la semaine pour toutes les épreuves de catégories d'âge et les épreuves féminines. On a eu des Championnats du Monde d'exception, avec des courses somptueuses, et on a fini en apothéose dimanche avec la course élite. Que ce soit un coureur qui n'est pas forcément le favori qui gagne, je trouve que c'est bien. Ça remet en scène ce qu'est le véritable cyclisme. Ce n'est pas forcément toujours le plus fort qui gagne. On a eu du suspense, on était presque devant un film. On n'était pas dans un sport, on était devant un film. Il y avait des rebondissements, on croyait que ça allait basculer d'un sens, puis ça repartait dans l'autre.

Moi, je me suis régalé pendant plus de 150 kilomètres devant mon écran de télévision. C'était un grand moment de sport et de cyclisme. Ça montre aussi que si on redonne la course aux coureurs et qu'on leur redonne l'initiative de ce qui se passe sur une course, ça peut être somptueux et majestueux. Je crois que le président Lappartient a l'occasion de remettre en pratique le fait de dire : voilà, on enlève les oreillettes en course, on cache les capteurs de puissance et on aura un sport magnifique, vraiment magnifique. On a eu une course exceptionnelle ce dimanche et on peut le renouveler parce qu'on a la chance d'avoir des coureurs de talent dans le peloton en ce moment, qui ont de l'envie, de l'orgueil, qui sont déterminés. C'est formidable.

 

Vous pensez notamment que c'est en grande partie lié au fait qu'il n'y ait pas d'oreillettes?

Mais bien sûr. Ils ont tous commis des erreurs à un moment ou à un autre et c'est formidable. Ça reste un sport humain. Ce n'est pas l'ordinateur qui décide, ce n'est pas une voix à distance qui décide derrière un écran, et ça, c'est formidable. Il faut redonner l'initiative du sport aux sportifs. Là, le vélo a une occasion en or de le faire puisqu'on vient de le démontrer à travers les Championnats du Monde, s'il fallait encore le démontrer. Il y a une occasion à saisir pour le président Lappartient : avec une même oreillette pour tout le monde qui pourrait signaler les dangers, puisqu'il faut toujours penser à la sécurité, mais la même oreillette pour tout le monde avec des informations distribuées quand il y en a besoin. Par exemple, donner la composition d'une échappée quand elle a 30 secondes et donner les incidents sur la route qui pourraient perturber la sécurité des coureurs. Mais ça se limiterait à ça, l'oreillette. Ensuite, cacher les capteurs de puissance, à l'aveugle. Que chacun enregistre ce qu'il veut de ses performances et de ses données, mais que ça ne serve pas en live, en compétition. Qu'on ne voie pas des coureurs en permanence le nez sur leur écran pour savoir ce qu'ils doivent faire. Ce qu'il faut, c'est l'initiative totale du coureur dans sa décision et dans sa participation à la course.

 

Vous êtes parmi ceux qui militent depuis un petit moment pour ça. Pourquoi ça ne se fait pas ? Qu'est-ce qui empêche cela ?

Parce que tout le monde veut tout maîtriser. Les équipes et les staffs de certaines équipes veulent tout maîtriser, tout contrôler, et certains coureurs ont peur de prendre l'initiative. Ils sont toujours en train de dire : "Mais tu ne m'avais pas dit ce qu'il fallait faire." Je suis désolé, quand on est un vrai champion, on sait ce qu'on doit faire et on sait ce qu'on veut faire. Pour moi, des grands coureurs comme Philippe Gilbert, par exemple, l'intelligence en course, ça fait partie des qualités. Et si on gomme cette intelligence en course à travers l'oreillette et les capteurs de puissance, je suis désolé, on avantage les faibles.

 

Ce qui serait donc une bonne chose pour le suspense et pour certaines dynamiques de course ?

Pour la qualité du spectacle ! Il faut être réaliste, on est des marchands de spectacles. Le cyclisme est un spectacle, comme le football est un spectacle, comme le rugby est un spectacle, et il y a une rivalité entre les différents sports pour obtenir les parts de marché. Les télévisions vont vers là où ça marche le mieux, là où il y a le plus d'audience. Je pense que le cyclisme a une occasion unique qui se présente devant nous d'enfoncer le clou pour être encore plus attractif et gagner des parts de marché, parce qu'il y a des parts de marché à gagner pour le cyclisme en termes d'audience.

 

Cette année, on a eu une meilleure course sans oreillette, mais quand on regarde l'édition de l'année dernière au Rwanda ou celle d'il y a deux ans à Zurich, il n'y avait pas d'oreillette mais la course était ennuyeuse. Certains vont dire que c'est parce qu'il y avait Pogacar. Est-ce que ce n'est pas aussi parce qu'il n'était pas là cette année que le suspense était plus important ?

Peut-être, mais il n'empêche que quand ce sont les coureurs qui font la course, c'est quand même mieux. Et puis, il n'y aura pas de Championnat du Monde toutes les semaines, il faut aussi être réaliste. Mais on a quand même la chance d'augmenter nos chances d'avoir des courses à suspense. Moi, je regarde souvent les courses sur les écrans et sur HBO. Sur HBO, vous pouvez avoir trois ou quatre courses en même temps. Je suis désolé, mais si on zappe de l'une à l'autre, on a la même course en fait. On a des courses stéréotypées, un peloton qui fait rouleau-compresseur, qui rejoint les échappés dans les derniers kilomètres et un sprint. 80 % des courses, c'est ça. Ce n'est pas bon pour le spectacle, ce n'est pas bon pour l'audience. Donc si on arrive à développer autre chose en termes d'attractivité pour nos courses, on sera tous gagnants.

 

"Je n'ai pas de critique particulière à faire sur le comportement de l'équipe de France"

Côté français, on n'a pas réussi à faire mieux qu'une 15e place avec Paul Seixas, qui s'est énormément montré pendant la course. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'on peut appeler ça un fiasco pour les Français ?

Non. Le Championnat du Monde, c'est une course d'un jour. Pour gagner, il faut que toutes les planètes s'alignent et elles se sont alignées cette année pour McNulty et les Américains. Tant mieux pour eux. On sait ce qu'est un Championnat du Monde, on sait ce que c'est une course d'une journée, où tout peut se jouer. Et c'est justement l'intérêt d'un Championnat du Monde : tout peut basculer à tout moment. On l'a vécu ce dernier week-end. Je n'ai pas de critique particulière à faire sur le comportement de l'équipe de France. Seixas a donné ce qu'il pouvait donner. Ça n'a pas suffi, il n'a pas gagné. Mais il reviendra l'année prochaine.

 

Tactiquement, il n'y aurait quand même pas quelques erreurs à relever ?

Vous avez les jambes où vous n'avez pas les jambes. Je n'ai pas envie de rentrer dans ce débat : il fallait faire ci, il fallait faire ça. La course, les coureurs l'ont faite. Ils ont perdu, ils ont perdu. S'ils avaient gagné, ils auraient gagné. Mais il faut accepter d'être battu. Ça aussi, ça fait partie du deal. Quelque part, aujourd'hui, on n'accepte plus la défaite. Je suis désolé, être battu, ça fait partie de la course. On peut être battu. On se bat pour gagner, on essaie de gagner, on fait ce qu'il faut pour essayer de gagner, mais il faut accepter d'être battu parfois.

 

Mais il faut aussi réfléchir à pourquoi on a été battu.

Évidemment. Mais ça, c'est de la cuisine interne.

 

"Je ne suis pas un fan absolu des Championnats d'Europe"

Maintenant, on s'attaque aux Championnats d'Europe qui vont commencer ce week-end en Slovénie. Avec pas mal d'absences du côté français, on n'aura pas Paul Seixas et évidemment pas Pogacar non plus. Qu'attendez-vous de ces Championnats d'Europe ? Un peu un sens de décompression après les Mondiaux, une séance de rattrapage ?

Moi, je ne suis pas un fan absolu des Championnats d'Europe. Je trouve que ça vient un peu en surplus après les Championnats du Monde. Bon, elle est là, cette course, faisons-la, mais je ne vais pas avoir la même excitation sur un Championnat d'Europe que sur un Championnat du Monde.

 

Pourtant, vous avez un des leaders de votre équipe, Romain Grégoire, qui sera au départ...

Oui, mais je serais très content que Romain puisse s'imposer, je serais le premier réjoui. Mais il faut être honnête, on n'a pas la même excitation pour les Championnats d'Europe que pour les Championnats du Monde. Voilà, c'est tout. Mais ça n'enlève rien à la qualité du vainqueur.

 

Un maillot bleu étoilé  à la Groupama-FDJ United, vous ne direz pas non ?

On est les premiers, on prend tout, nous. Vous savez, tout le temps, quand on peut gagner, n'importe où, n'importe quand, n'importe comment, on prend.

 

En même temps, on a aussi les classiques italiennes qui commencent. Quels sont vos objectifs avec la Groupama-FDJ United sur ces classiques ? Ensuite, bien sûr, on aura Paris-Tours, le Tour de Lombardie et le Tour de Guangxi pour finir la saison.

Aller chercher des résultats. On a besoin de points, comme tout le monde. Tout le monde se bat pour les points. Donc, être opérationnels aux Championnats d'Europe et sur les courses italiennes, c'est important pour nous, notamment pour Romain Grégoire. Et puis la même chose sur Paris-Tours, qui est une course très attractive et que j'adore. J'espère qu'on va réussir, un peu à l'image de ce qu'on a fait à plusieurs reprises ces dernières années sur Paris-Tours, à être dans le match pour la gagne.

 

L'UCI va implémenter dans son système de points UCI les courses hors route. Des coureurs qui vont faire du cyclocross, de la piste, du VTT... pourront rapporter des points à leur équipe, qui est une équipe de route. Est-ce que vous avez déjà des explications sur le pourquoi du comment ? Et quel est votre avis ?

On est dans la course aux points. C'est pour donner un coup de pouce au cyclocross, au VTT et à d'autres disciplines, en donnant des points sur ces mêmes épreuves qui profiteraient aux équipes ayant des coureurs dans ces disciplines-là. Je pense que ça vaut le coup d'être essayé, tenté, et puis on verra ce que ça donne. Après, je ne sais pas quelle cotation de points il y aura. À suivre !

 

Par exemple, pour des coureurs comme Benjamin Thomas, qui fait de la piste, Adrien Boichis, en VTT, ou Léo Bisiaux, qui fait du cyclocross, est-ce que cela va augmenter leur valeur pour des équipes comme la vôtre, qui cherchent notamment beaucoup de points ?

Tout dépendra de la cotation des points qu'il y aura.

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