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La première montée de l'Alpe d'Huez ? Qui va prendre «sa fessée» ?

Tour de France
Mis à jour le par Nathan DELODDERE
Photo : Cyclism'Actu

Ce vendredi 24 juillet 2026, les vingt et un lacets de l'Alpe d'Huez s'offrent de nouveau aux martyrs du Tour de France pour l'un de ces rendez-vous qui façonnent la légende. Pourtant, au moment de se jeter au cœur du sanctuaire isérois, les géants du peloton ne tremblent ni face à la pente ni face au dénivelé, mais face au vertige d'une foule en démence. Entre effluves d'alcool, hurlements sourds et promiscuité étouffante, le pèlerinage de la Grande Boucle flirte dangereusement avec le chaos. De Remco Evenepoel au jeune Paul Seixas, en passant par les patrons d'équipes, une angoisse poignante habite les esprits : celle de voir le destin d'un Tour de France basculer sur l'inconscience d'un supporter.

Vidéo: Christophe Riblon vainqueur sur l'Alpe d'Huez en 2013

 

L'arène du carnaval et le fantôme tragique de Vincenzo Nibali

L'Alpe d'Huez n'est plus seulement une ascension mythique du cyclisme moderne, elle est devenue une arène à ciel ouvert où la ferveur populaire bascule parfois dans une forme d'hystérie collective incontrôlable. Dès les premières lueurs du jour, les vingt et un virages se changent en un chaudron en ébullition où la bière coule à flots bien avant que le premier maillot ne se dessine à l'horizon. Ce spectacle, s'il fait la joie des télévisions, glace le sang des directeurs sportifs. Manager de la Visma | Lease-a-Bike, Richard Plugge n'a pas caché son exaspération face à cette dérive sur le site In de Leiderstrui : "À l'heure actuelle, il y a beaucoup de gens qui pensent que c'est le carnaval. Ils passent toute la journée à boire de la bière et, à un moment donné, ils ne savent plus ce qu'ils font. Ça devient un vrai problème et il est temps de restreindre l'accès à ces ascensions." Dans toutes les mémoires, un traumatisme demeure gravé au fer rouge : celui de l'édition 2018. Ce jour-là, dans le final asphyxiant de l'Alpe, au milieu de la fumée opaque des engins pyrotechniques, le cintre de Vincenzo Nibali s'était accroché dans la lanière de l'appareil photo d'un spectateur imprudent. Le Requin de Messine, vertèbre thoracique fracturée, quittait le Tour de France le soir même dans un drame absolu. C'est cette même épée de Damoclès qui hante le jeune prodige français de Decathlon CMA-CGM, Paul Seixas, aujourd'hui en lutte pour le sommet du classement général : "J'espère que tout va bien se passer sur l'Alpe d'Huez, parce que ça peut vite être très dangereux là-bas. Mon seul souhait, c'est de ne pas tomber à cause d'un spectateur."

 

Remco Evenepoel en apnée : quand les champions réclament des barrières

Face à ce volcan humain qui ne s'ouvre qu'au tout dernier millième de seconde devant la roue avant, le sentiment de vulnérabilité est total. Les coureurs ne se battent plus seulement contre l'acide lactique ou leurs rivaux, ils doivent fendre une muraille humaine sans la moindre garantie de sécurité. Dauphin au classement général et visage incandescent de cette Grande Boucle, le champion belge Remco Evenepoel, leader de la formation RedBull Bora Hansgrohe, ne masque plus son inquiétude à l'idée d'aborder la rampe Iséroise. "J'espère surtout qu'ils mettront des cordes et des barrières sur les cinq derniers kilomètres... On verra bien à quel point c'est extrême", confiait le Flamand, réclamant presque le secours de la raison à l'organisation. L'appel à la prudence placardé par la direction de course "Ne faites rien de stupide ! Ce sont les coureurs qui doivent passer à la télé, pas vous !" résume à lui seul la nervosité ambiante. Pour un maillot jaune, un maillot blanc ou un simple équipier au bout de ses forces, le faux mouvement d'un supporter trop euphorique, éméché ou absorbé par son téléphone portable peut anéantir des mois de sacrifices en un millième de seconde. Les spectateurs un peu trop enivrés pourrait aussi peser dans le classement général, que ce soit involontaire comme pour le malheureux Vincenzo Nibali ou un geste beaucoup moins fair-play pour ralentir un coureur, le peloton se doit de rester sur ces gardes alors que l'effort sera maximal.

 

Une cheminée de chair, de sueur et d'effluves : le calvaire sensoriel des pèlerins

Au-delà de la menace permanente d'une collision dévastatrice, l'Alpe d'Huez inflige aux organismes une torture psychologique et sensorielle d'une violence inouïe. Engagés à bout de souffle dans des rampes implacables, les héros de la route doivent traverser un couloir vivant d'une densité étouffante, presque claustrophobique. L'ancien maillot jaune Stéphane Heulot aujourd'hui manager général chez TotalEnergie, interrogé par Philippe Court journaliste chez Le Dauphiné Libéré, a su dépeindre avec des mots magnifiques cette épreuve hors du commun où le corps du coureur devient une éponge à émotions brutes : "Les sens du coureur sont exacerbés dans cette ascension. C'est une sensation terriblement oppressante : vous êtes au rupteur, à bout de souffle, et vous prenez de plein fouet les cris hurlés à quelques centimètres des oreilles, l'odeur persistante de la sueur de la foule, les arrosages d'eau ou de bière sur le dos, et même ces tapes gênantes sur les fesses." Dans ce huis clos suffocant fait de bruits, de fureur et d'odeurs d'alcool, le coureur n'a plus d'espace pour respirer. Il avance au courage, les yeux rivés sur le bitume, en priant pour que la passion du public ne se transforme pas en un tragique fait divers. Rappelons nous aussi la réaction de Kevin Vauquelin, pensionnaire chez Netcompagny INEOS, à l'arrivée de l'étape 14 : "Il y avait tellement de monde, à la fin je n'ai pas pédalé" qui en dit long sur le pouvoir du public.

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