Julien Jurdie : «Paul Seixas ne fait pas partie des favoris»
Tour de FranceSixième du contre-la-montre par équipes inaugural, la Decathlon CMA CGM a bien lancé son Tour de France. Satisfait d'avoir atteint les objectifs fixés avant le départ, le directeur sportif Julien Jurdie a salué la performance collective de son équipe et la prestation de Paul Seixas, désormais dixième du classement général. Au micro de plusieurs médias, dont Cyclism'Actu, il est également revenu sur les ambitions de son jeune leader et sur la gestion de l'effervescence qui entoure ses débuts sur la "Grande Boucle".
Vidéo: Julien Jurdie en interview après cette 1ère étape
"On est pile là où on pensait être"
Julien, racontez-nous ce chrono.
Je vais commencer par la fin, avec le résultat : une belle sixième place. C'est exactement ce qu'on était venu chercher. On s'était fixé une fourchette entre la cinquième et la septième place, donc on est pile là où on pensait être. Au niveau du temps, on visait un écart d'une trentaine de secondes avec les favoris du Tour. On est à 38 secondes de Jonas Vingegaard, un peu moins de 30 secondes de Tadej Pogacar et des autres principaux favoris. Il y a donc beaucoup de satisfaction. C'est un contre-la-montre que l'on avait très bien préparé. On avait une certaine confiance avant le départ, même si c'est un exercice qui génère beaucoup de stress et qui demande une vraie gestion des émotions. Honnêtement, l'équipe a très bien roulé. Les relais étaient homogènes et il y a une vraie satisfaction de voir le groupe terminer sixième au sommet de Montjuïc.
Paul Seixas restait sur une chute au Tour Auvergne-Rhône-Alpes. Le voir terminer très fort dans la montée finale est-il rassurant ?
Oui, c'est rassurant, mais on n'avait pas énormément de doutes sur son état de forme. Lors des derniers entraînements, les sensations étaient vraiment très bonnes. On savait que ce serait notre leader dans cette dernière montée. Il y a eu une bonne gestion de la première bosse. C'était très important de préserver les coureurs qui devaient rester avec lui, et ça a été parfaitement exécuté avec Aurélien Paret-Peintre, Matthew Riccitello et Tiesj Benoot. Honnêtement, il n'y a pas de surprise. On savait que Paul avait de très bonnes jambes. Ça confirme simplement que c'est un futur très, très grand champion.
Il y a aussi une petite surprise : Tadej Pogačar n'est pas en jaune...
Je n'avais pas forcément imaginé Pogacar en jaune ce soir. Je pensais plutôt à un coureur d'INEOS. Finalement, c'est Jonas Vingegaard qui prend le maillot, ce qui n'est pas non plus une énorme surprise. On va débriefer tranquillement tous les écarts. Ce qui nous intéresse surtout, c'est que Paul est dixième du classement général. On sait que le Tour est une longue histoire de trois semaines. Il est important de bien commencer, car cela a aussi un impact psychologique. On aurait été déçus de finir huitièmes, neuvièmes, dixièmes ou onzièmes. On aurait pris un petit coup sur la tête. Là, avec cette sixième place, on est exactement dans les objectifs que l'on s'était fixés avant le départ. C'est donc une vraie satisfaction de voir Paul dixième du général ce soir.
Vous pensez déjà à la deuxième étape ?
Oui. Le début du Tour est toujours très particulier et très nerveux. Demain, on aura un circuit vraiment difficile, donc on s'attend à une belle bataille. Le résultat d'aujourd'hui nous permet d'aborder cette étape dans de bonnes conditions. On sait que certains favoris vont déjà tenter quelque chose dans la bosse finale. Des puncheurs comme Mathieu van der Poel seront là, tout comme les favoris du classement général. On s'attend à une très belle bagarre.
"Je pense que Paul est vraiment satisfait du groupe"
Vous parliez de gestion des émotions. Pourtant, Paul semble très calme dans ses réactions...
Oui, c'est son caractère. On commence à bien le connaître, vous aussi. Il sait exactement ce qu'il veut. Je pense qu'il est satisfait de sa performance, mais aussi de celle de l'équipe. Il ne faut jamais oublier que le cyclisme est un sport individuel qui se pratique en équipe. Aujourd'hui en est la parfaite illustration. Il est rassuré par le travail de ses équipiers, qui ont réalisé un excellent travail sur les 19,6 kilomètres. Je pense qu'il est vraiment satisfait du groupe.
Il y a une énorme attente autour de l'équipe. Comment la gérez-vous ?
On s'y est préparés. Ce n'est pas une surprise pour nous. On sait que pendant trois semaines, ce sera comme ça. Tout le staff s'est préparé et nous sommes prêts à gérer cette période sur le plan émotionnel.
Cela entre aussi en compte dans votre discours avec Paul ?
Oui, bien sûr. Il découvre le Tour de France, qui est une caisse de résonance très particulière. Il y a énormément de médias et de public. C'est un coureur qui gère très bien ses émotions, mais notre rôle est aussi de le protéger. On l'a fait avant le Tour, on le fera pendant et on le fera après. On sait que ces trois semaines seront particulières. Il y a beaucoup d'effervescence, et c'est plutôt bon signe. Maintenant, on va se concentrer sur la deuxième étape.
Vous avez connu Jean-Christophe Péraud et Romain Bardet. Qu'est-ce qui est différent avec Paul Seixas ?
C'est avant tout la qualité du bonhomme. On a affaire à quelqu'un de vraiment particulier. Paul est très, très fort, mentalement comme physiquement. On est sur un autre niveau. Sur ce Tour de France, il est dans une phase d'apprentissage et de découverte. On espère obtenir le meilleur classement possible à Paris, mais il reste encore trois semaines et tout peut arriver. On sait simplement que l'on accompagne un garçon extraordinaire, capable de nous surprendre. Personnellement, j'ai connu deux podiums avec Romain Bardet et un avec Jean-Christophe Péraud. À l'époque, on savait que la bataille serait difficile. Avec Paul, on sait que tout peut arriver, même s'il ne fait pas partie des favoris. J'insiste là-dessus. Les favoris restent Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar. Nous, nous sommes dans un rôle d'outsider. On observe, on apprend, et chaque opportunité qui se présentera sera saisie pour aller chercher le meilleur classement général possible.