Mathys Rondel : «Oui, on aura de la liberté sur ce Giro d'Italia»
Tour d'ItalieÀ l'approche du départ du Tour d'Italie 2026, Mathys Rondel (Tudor Pro Cycling Team) s'est confié sur ses ambitions pour son premier Grand Tour. Révélé au plus haut niveau par sa prometteuse 8e place sur Paris-Nice en mars dernier, le grimpeur français de 22 ans explique sa préférence pour le romantisme du Giro : "Les Français aiment le Tour de France et les Italiens aiment le vélo". Entre deux entraînements, celui qui vient de prolonger son contrat jusqu'en 2030 cultive son équilibre dans sa ferme entouré de ses animaux, une passion pour la nature qui n'est pas sans rappeler celle de Thibaut Pinot.
Mathys Rondel avec Cyclism'Actu la veille du grand départ de ce Giro
"Je serai un support pour Michael Storer dans les étapes"
C'est ta première expérience sur trois semaines. Quels sont tes objectifs personnels ?
Oui, c'est ma première expérience sur 3 semaines. L'objectif sera de voir comment la forme évolue sur cette durée. Personnellement, c'est aussi apprendre à devenir un coureur pour le classement général, ce pour quoi je suis « destiné » pour le futur. En parallèle, je serai un support pour Michael Storer le plus longtemps possible dans les étapes.
Justement, Michael Storer est la chance numéro 1 et toi le numéro 2. As-tu quand même de la liberté sur certaines étapes ?
Oui, on aura de la liberté. Dans les derniers cols, ce sera à la jambe, donc il n'y aura pas forcément un coureur plus protégé que l'autre à ce moment-là. Michael est le leader principal, et on avisera en dernière semaine selon l'état du classement général de chacun. On a une structure à suivre sur les deux premières semaines, puis on s'adaptera.
Le parcours du Giro 2026
"Les Français aiment le Tour de France, alors que les Italiens aiment le vélo"
Tu as souvent dit que tu préférais le Giro au Tour de France. Pourquoi, en tant que francophone, ce choix ?
Le Tour de France est une énorme machine. Je sens plus de passion dans le Giro. Pour moi, la grosse différence est que les Français aiment le Tour de France, alors que les Italiens aiment le vélo. On ressent vraiment cet esprit-là, même si le Tour reste la plus belle course au monde.
Depuis tes débuts chez Tudor l'an dernier, on voit de nets progrès. Comment juges-tu ta progression qui t'amène aujourd'hui parmi les candidats au top 10 du Giro ?
C'est une progression linéaire. On a pris le temps avec l'équipe, étape par étape, sans aller trop vite. C'est ce qui fait qu'on m'annonce pour un potentiel top 10 dès mon premier Giro, même si je ne regarde pas forcément ça. J'essaie de faire au mieux chaque jour. J'apprends sur chaque course et j'applique les leçons à la suivante.
"Je pense que le cyclisme amateur est parfois trop formaté"
Ta 8e place sur Paris-Nice en mars a marqué les esprits. Est-ce que cela a changé ton statut dans l'équipe ?
Non, ça ne change quasiment rien. Ce sont des confirmations. Ça montre aux coéquipiers que leur travail paye à la fin. Pour moi, c'est un résultat logique dans ma progression, mais il faudra faire mieux les années prochaines. L'équipe sait que je suis régulier et solide, ce qui est positif.
Tu es arrivé relativement tard au cyclisme. Quels sont les avantages et les inconvénients selon toi ?
En désavantage, il y a le fait de rouler en peloton. Même si j'avais l'habitude avec le roller, manier un vélo qui est large et long, connaître les « us et coutumes » du peloton ou des gestes simples comme prendre un bidon, c'est quelque chose qu'il faut apprendre vite. En avantage, je pense que le cyclisme amateur est parfois trop formaté, avec des erreurs répétées de génération en génération. Ne pas avoir eu ça tôt m'a permis de ne pas me mettre de limites, d'avoir l'esprit ouvert et critique sur tout ce que je fais.
"C'est un parcours spécial. La dernière semaine sera intense, comme d'habitude"
Quel regard portes-tu sur le parcours de ce Giro, avec beaucoup d'arrivées au sommet mais aussi un très long contre-la-montre ?
C'est un parcours spécial. La dernière semaine sera intense, comme d'habitude. Il y a plus d'arrivées au sommet sans grandes difficultés avant, ce qui change des autres années. Le chrono est très long, on n'en avait pas vu de tel depuis longtemps, ça va être spécial.
Tu as prolongé ton contrat jusqu'en 2030. Que signifie cette confiance ?
C'était logique pour moi. Je vois les choses sur le long terme. L'environnement chez Tudor est le meilleur pour moi, ma progression est linéaire et j'ai encore de la réserve. L'équipe investit beaucoup dans le matériel et la recherche, c'est ce dont j'avais besoin. La confiance est réciproque.
"En termes de puissance pure, c'est déjà bon car le chrono est comparable à une ascension"
Le contre-la-montre n'est pas ton point fort actuel. Souhaites-tu le travailler pour le futur ?
Oui, il faut consolider ses points forts et développer ses points faibles. En termes de puissance pure, c'est déjà bon car c'est comparable à une ascension. C'est surtout la position et le maintien de celle-ci qu'on doit travailler. Ce chrono de 40 km sur le Giro sera un excellent exercice en conditions réelles pour tirer des enseignements.
Comment l'équipe voit-elle ton rôle à moyen terme ? Seras-tu leader unique sur un Grand Tour dès 2027 ?
L'équipe a des plans, même s'ils s'adaptent à mon évolution. Cette année, j'ai déjà été leader unique sur des courses comme Paris-Nice. Sur les prochaines années, le but est d'être leader unique plus souvent sur de grosses courses avec une équipe solide autour. Dès 2027, je pense que ce sera le cas.
"Mes animaux se fichent que je finisse dernier ou premier du Giro"
Qu'est-ce qu'il te manque pour aller chercher ta première victoire pro ?
Peu de choses et beaucoup à la fois. À Majorque, j'étais proche tactiquement en suivant Remco Evenepoel en descente, ce que je n'aurais pas fait il y a quelques années. Après, c'est du physique : être au poids de forme un peu plus tôt. C'est encourageant d'être proche du podium dès les courses de préparation.
Tu as emménagé dans une ferme avec des animaux. Qu'est-ce que cela t'apporte ?
Ce n'est pas proprement dit une exploitation, mais j'ai du terrain et des animaux. Ça m'apporte l'équilibre dont j'ai besoin. D'un côté le vélo à 100%, et de l'autre une vie calme. Mes animaux se fichent que je finisse dernier ou premier du Giro ; il faut quand même les nourrir et nettoyer. Ça garde les pieds sur terre et me permet de ne pas attendre la fin de ma carrière pour vivre ce que je veux.
On pense forcément à Thibaut Pinot avec cette passion pour les animaux. C'est un exemple pour toi ?
Sur certains aspects, oui. S'il gagne des courses sans émotion derrière, une carrière est un peu plate. C'est pour ses émotions qu'on retient la carrière de Thibaut. J'espère vivre ce genre d'émotions, avec peut-être un peu moins de « bas » que lui.
"J'aimerais vraiment faire une préparation spécifique pour le Tour de Lombardie"
Pinot a gagné le Lombardie. Te verra-t-on sur cette course cette année ?
Je vais le demander à l'équipe, c'est dans les plans. L'an dernier c'était trop tôt, mais j'aimerais vraiment faire une préparation spécifique pour le Tour de Lombardie.
Cela signifie-t-il que tu ne feras pas la Vuelta ?
Faire deux Grands Tours pour une première année, c'est peut-être trop. Il y a une petite probabilité pour la Vuelta, mais elle n'est pas grande. L'équipe a d'autres bons coureurs qui doivent aussi se développer. On avisera selon le programme.
"Ma progression continue et j'ai forcément des objectifs sur les Grands Tours"
Comment se passe la cohabitation avec des coureurs d'expérience comme Matteo Trentin ou Julian Alaphilippe ?
Très bien. En course, l'expérience et le positivisme de Matteo nous aident énormément, surtout sur des épreuves de haut niveau comme Paris-Nice. Je m'inspire beaucoup d'eux, en les observant ou en leur demandant conseil.
Que souhaites-tu accomplir dans le futur ? Vises-tu une victoire sur un Grand Tour ?
Je ne me fixe pas de limite. Ma progression continue et j'ai forcément des objectifs sur les Grands Tours et les classiques. C'est pour cela que je fais du vélo. Si je savais que ce n'était pas possible, j'aurais déjà arrêté.
"On a une superbe génération avec Lenny Martinez ou Paul Seixas"
Les championnats du monde 2027 auront lieu en France. Est-ce un objectif ?
C'est un gros objectif, on en a déjà discuté avec l'équipe Tudor. Ce sera un parcours pour grimpeurs. On a une superbe génération avec Lenny Martinez ou Paul Seixas. Je ferai en sorte d'avoir la meilleure préparation possible. Si je suis le meilleur, j'espère qu'on bossera pour moi, sinon je serai le meilleur coéquipier possible pour qu'on gagne à la fin.
En quoi te sens-tu un peu « Suisse » dans cette équipe internationale ?
La montre Tudor à mon poignet me le rappelle ! Plus sérieusement, c'est dans la rigueur et l'organisation que l'on sent la « patte » suisse. C'est ce mélange de culture internationale et de rigueur suisse qui fait que ça se passe bien.