Marc Fayet : «J’ai la prétention d’affirmer que.... »
ChroniqueVous aimez les billets d'humeur de Marc Fayet, alors on a remis ça pour toute cette saison 2026 et cela devrait continuer en 2027 ! Vous avez pu le découvrir et le lire sur Cyclism'Actu depuis quelques temps déjà avec sa chronique et/ou plutôt sa rubrique "Les carnets secrets". Pour rappel, Marc Fayet, né en 1961, est un homme du théâtre et de la scène. Acteur et metteur en scène, mais aussi passionné de vélo, Marc s'est toujours investi : il écrit, commente, agit autant qu'il le peut dans le cyclisme, notamment sur le Tour du Finistère dont il est aujourd'hui et depuis 2021, le président du comité d'organisation. Marc Fayet et "ses" carnets secrets, ça continue toute cette saison sur Cyclism'Actu. Bonne lecture.
Vidéo: Marc Fayet et... Vincent Lavenu au micro de Cyclism'Actu !
"L'Alerte... "
La fonction de chroniqueur cycliste on le sait, a ses embûches, ses laudateurs et ses détracteurs, surtout lorsqu’il prend le risque de franchir les limites de l’intouchable, en écrivant ce qu’il pense. En a-t-il la légitimité lorsqu’il n’est pas du giron, qu’il n’est ni ancien coureur, ni journaliste, ni patron d’équipe, ni spécialiste reconnu ? J’ai la prétention d’affirmer que oui car il peut être la voix de ses semblables, il s’agit de tous les passionnés de ce sport, de ses défenseurs et plus même, ses organisateurs, car je suis l’un d’eux. A l’heure où les difficultés s’accroissent d’une allure qu’on ne peut imaginer face à ce cyclisme qui évolue mondialement pour mieux l’écraser localement, ils sont quelques dizaines de mes semblables à continuer de s’investir bénévolement au mépris de leur priorités qu’elles soient familiales, professionnelles, médicales ou bien seulement de l’ordre de la raison.
Face à l’immense incertitude qui plane sur la gestion du cyclisme professionnel dont la Fédération Française de Cyclisme veut s’approprier toute la gouvernance en sacrifiant la Ligue Nationale de Cyclisme, il y a de quoi s’inquiéter plus que de raison. Plus encore, constatant le relatif mépris de l’Union Cycliste International pour les épreuves de notre catégorie appelées Classe 1 (Faudrait vraiment changer cette appellation qui ne veut rien dire… Il suffit de dire à haute voix « WORLD TOUR » effectivement ça en jette ou « PRO SERIES » ça fait très pro, mais dès qu’on dit « CLASSE 1 » on pense hôtel ou train, donc ça pète pas du tout ) les miens commencent à comprendre que le souci de l’instance internationale est surtout de faire grandir sur la planète la formidable manne financière que peuvent représenter les épreuves World Tour et en degré moindre les Pro Séries, celles pour lesquelles on déroule des tapis rouges ou jaunes.
Face à ce progressif abandon, il y en aurait certains qui pourraient d’ores et déjà jeter l’éponge et pourtant ils tiennent. Mais s’ils maintiennent cette force, cette rage, cette envie démesurées, c’est grâce à leur exigence et leur inconscience aussi et ils veulent que les professionnels se montrent à la hauteur de leur propre abnégation, de leur enthousiasme irraisonné. Cette abnégation qui n’est pas que l’apanage des bons équipiers, elle est aussi celle des organisateurs besogneux. Les organisateurs sont des animateurs de territoire, des partageurs de culture, des rêveurs, des idéalistes. Ils prennent la chose très au sérieux dans un monde qui a perdu le sien et ne trimballe que sa morgue, ses rumeurs nauséabondes. Ils désirent offrir aux coureurs et aux équipes cette rencontre avec le public qui est là, près d’eux, pressés qu’ils sont de les approcher et manifester leur admiration.
"Je revendique comme eux cette liberté de s’exprimer qui est celle de celui qui donne face à celui qui vend"
Ils y contribuent souvent anonymement, évitant de se mettre en avant mais toujours à l’affut de l’actualité cycliste au plus haut niveau, même s’ils sentent parfois trop de condescendance à leur encontre. Cette alerte n’est pas une simple formule ; Comme toute société qui évolue trop vite, à l’heure où l’intelligence artificielle est devenue une véritable menace pour le futur, où les médias dans leur toute puissance, choisissent leurs têtes de gondoles, la fonction d’organisateur ne l’a jamais autant placé sur la sellette ou mieux sur l’arrête d’une falaise. Il est en danger, comme les équipes qui longtemps sont venues étoffer son plateau et dont certaines disparaissent injustement, ou plus justement parce qu’on leur fait comprendre qu’il n’y a point de salut en dessous de quelques millions. Alors oui ! Parce que les organisateurs que nous représentons et qui furent soutenus si ardemment par la Ligue Nationale de Cyclisme sentent la tempête se préparer, parce qu’ils sont contraints à une remise en question constante, à une auto critique obligatoire, je revendique comme eux cette liberté de s’exprimer qui est celle de celui qui donne face à celui qui vend.